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Discussions portant plutôt sur le point de vue des parents d'enfants autistes ou Asperger, par exemple : j'ai un problème avec mon enfant, que puis-je faire ?
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Jean
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ITEP

#1 Message par Jean » lundi 29 juin 2009 à 22:44

Les Instituts Thérapeutiques, Educatifs et Pédagogiques (ITEP)
Les Instituts Thérapeutiques, Educatifs et Pédagogiques (ITEP) sont des établissements médico-éducatifs qui ont pour vocation d’accueillir des enfants ou des adolescents présentant des troubles du comportement importants, sans pathologie psychotique ni déficience intellectuelle. Ce sont les anciens Instituts de Rééducation (IR), ou Instituts de Rééducation Psychothérapeutique (IRP), réformés par le décret n° 2005-11 du 6 janvier 2005. L’accueil se fait en internat ou demi-pension. L’enseignement est dispensé soit dans l’établissement par des enseignants spécialisés, soit en intégration dans des classes, ordinaires ou spécialisées, d’établissements scolaires proches.
Source : http://dcalin.fr/itep.html

"Il convient de remarquer que d’une façon générale, les ITEP ne sont pas adaptés à l’accueil d’enfants et adolescents autistes ou présentant des troubles psychotiques prédominants, ou des déficiences intellectuelles importantes, qui requièrent d’autres modes d’éducation et de soins, et qui pourraient souffrir de la confrontation avec des jeunes accueillis en ITEP."
Circulaire interministérielle DGAS/DGS/SD3C/SD6C n° 2007-194 du 14 mai 2007

La lettre d'Autisme France de février 2009 (p.9) rappelle ces dispositions. Elle s'appuie sur la posiiton de l'association des ITEP, l'AIRE.
http://www.aire-asso.com/

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#2 Message par Jonquille57 » mardi 30 juin 2009 à 4:42

Florent a été dans un institut de rééducation près de Saumur quand il avait 13 ans : cela a été un fiasco... :?

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Jean
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#3 Message par Jean » lundi 7 septembre 2015 à 12:10

La position de la CNSA (caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, qui coordonne le réseau des MDPH) sur les ITEP : http://extranet.cnsa.fr/visuQR.php?id=731
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meï
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#4 Message par meï » lundi 7 septembre 2015 à 15:57

nous avons fait une demarche dans ce sens il y a quelqus années, perdus, pour Y avant que je ne sois moi même diag aspie et qu'il soit encore soupçonné de tsa.(je ne connaissais pas encore l'autisme.)
je ne sais plus qui, (un quelquonque psy de cmp ou autre) nous avait orienté vers l'ITEP lorsque la scolarité devenait problématique....je ne connaissais absolument rien de tout ça encore (psykk, etc.)
j'ai un souvenir affreux du premier RV j'ai du les rencontrer en tout 2 ou 3 fois avant de ne plus jamais revenir (et dire que ça ne nous convenait pas....ouf!)
le psychiatre avait tout de la caricature du psykk!! petite barbichette..regard mielleux brillants...petites questions (idiotes) aux parents, regulières...

ils proposaient des trucs qui ne m'allaient pas du tout, interventions à l'école, à la maison etc..(je ne supportais ps l'idée que quelqu'un d'exterieur vienne chez moi regarder comment nous vivons etc.insupportable.)
ce truc aurait j'en suis sure démoli pour de bon mon fils qui aujourd'hui est certes très spécial mais va bien et est bon élève!!
du coup aujourd'hui je me dis qu'on a eu chaud.

mais les parents qui eux n'ont rien d'autre de proposé.... :innocent: se retrouvent vite coincés.
Maman 44 ( Aspie, hpi, diag CRA 2012) de 3 garçons (20, 18( [trans hpi ) ,16 ans( hpi, TSA aspie diag cra 2016)) et d'une puce 4 ans ( hpi[) .
http://folensemble.fr
https://cieharmonieautiste.jimdo.com/

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Re: ITEP

#5 Message par Jean » mardi 3 mai 2016 à 19:33

Exemple d'un enfant avec dyspraxie et TDA H orienté en ITEP :
https://informations.handicap.fr/art-ec ... 4-8785.php
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#6 Message par L'espion du coin » mardi 3 mai 2016 à 23:05

meï a écrit :nous avons fait une demarche dans ce sens il y a quelqus années, perdus, pour Y avant que je ne sois moi même diag aspie et qu'il soit encore soupçonné de tsa.(je ne connaissais pas encore l'autisme.)
je ne sais plus qui, (un quelquonque psy de cmp ou autre) nous avait orienté vers l'ITEP lorsque la scolarité devenait problématique....je ne connaissais absolument rien de tout ça encore (psykk, etc.)
j'ai un souvenir affreux du premier RV j'ai du les rencontrer en tout 2 ou 3 fois avant de ne plus jamais revenir (et dire que ça ne nous convenait pas....ouf!)
le psychiatre avait tout de la caricature du psykk!! petite barbichette..regard mielleux brillants...petites questions (idiotes) aux parents, regulières...

ils proposaient des trucs qui ne m'allaient pas du tout, interventions à l'école, à la maison etc..(je ne supportais ps l'idée que quelqu'un d'exterieur vienne chez moi regarder comment nous vivons etc.insupportable.)
ce truc aurait j'en suis sure démoli pour de bon mon fils qui aujourd'hui est certes très spécial mais va bien et est bon élève!!
du coup aujourd'hui je me dis qu'on a eu chaud.

mais les parents qui eux n'ont rien d'autre de proposé.... :innocent: se retrouvent vite coincés.
Moi quand j'étais accompagné par une Assoc' médico-sociale de mes deux, il était question de visiter ma chambre... : le tutoiement, ça va sans problème, puisqu'entre mes origines campagnardes d'un côté comme de l'autre, en plus de mon communisme, anarchisme bref mon esprit de camaraderie et plus, ben je fraternise assez vite... !
:mryellow:

Mais visiter ma chambre, ça tu peux toujours courir...

Les amis peuvent visiter ma chambre... : le reste, hop ! Du balai...
^^
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#7 Message par Jean » samedi 19 novembre 2016 à 1:10

un article des ASH
itep-ASH.pdf
(432 Kio) Téléchargé 57 fois
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Re: ITEP

#8 Message par Jean » vendredi 2 décembre 2016 à 0:14

HUGO DUPONT : « NI FOU NI GOGOL »
PUBLIÉ LE VENDREDI 28 OCTOBRE 2016 PAR FRANCK LOUREIRO
http://www.sgen-cfdt.fr/actu/ni-fou-ni-gogol/

Hugo Dupont est sociologue à l'université de Poitiers. Il travaille actuellement sur les normes et les déviances, l'éducation et l'école, la santé mentale et le handicap. Il est l'auteur du livre Ni fou, ni gogol adapté de sa thèse.

POURQUOI LE TITRE NI FOU, NI GOGOL ?
Je voulais d’emblée livrer au lecteur ce cri poussé par les jeunes orientés en institut thérapeutique éducatif et pédagogique (Itep).
Rappelons que pour qu’un jeune intègre ce type d’établissement, son comportement scolaire ne doit pas être simplement « déviant » sur le plan de l’ordre ou du respect du règlement, mais également être l’expression d’une souffrance psychique.

Cet enfant ou cet adolescent n’est dès lors plus perçu comme animé d’une volonté de nuire (refus de l’autorité et des apprentissages, violence verbale ou physique, etc.), mais comme un individu avec une souffrance psychique et des symptômes à soigner au moyen d’un accompagnement particulier. Est généralement posé le diagnostic de trouble du comportement, lequel relève des troubles mentaux reconnus par la Classification française des troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent (CFTMEA).

Pour les jeunes concernés, ce diagnostic est synonyme de « folie ». D’autre part, ils doivent être orientés vers un Itep par une maison départementale des personnes handicapées (MDPH) et donc devenir officiellement handicapés (1). Or ils associent le handicap soit à une difficulté motrice – dont ils ne souffrent pas –,soit à une déficience intellectuelle qu’ils désignent, dès lors, par le mot « gogol ». Ils n’ont de cesse de répéter et de tenter de faire la preuve qu’ils sont « ni fous, ni gogols » en s’engageant dans ce qu’Erving Goffman appelait un processus de « normification » (2) : ils ont conscience d’être perçus comme anormaux et mettent tout en oeuvre pour démontrer que ce n’est pas le cas et que l’orientation en Itep est injustifiée.

QUEL REGARD DE CHERCHEUR PORTEZ-VOUS AUJOURD’HUI SUR L’INCLUSION SCOLAIRE ?

L’inclusion diffère de l’intégration en ceci qu’elle renverse la notion d’inadaptation. Dans un processus d’inclusion, ce n’est plus à l’élève présentant une déficience de s’adapter à la « forme scolaire », de se présenter comme scolairement correct, c’est à la forme scolaire de s’adapter à l’enfant présentant une déficience. Cela engage l’École à se rendre accessible à tous les élèves, quels qu’ils soient, quelles que soient leurs difficultés. La notion même d’élève handicapé perd alors de sa pertinence et est à remplacer par celle d’élève à besoins éducatifs particuliers.

Bien entendu, notre société n’en est pas là. En outre, l’accessibilité scolaire dont les ministres de l’Éducation nationale se vantent à chaque rentrée – l’occasion de nous livrer le nombre toujours plus élevé d’élèves handicapés accueillis en école « ordinaire » – est à mon sens ambiguë. J’ai eu l’occasion d’expliquer dans un ouvrage collectif (3), chiffres à l’appui, que si le nombre d’élèves handicapés accueillis à l’école ordinaire ne cesse de croître, celui des élèves « exilés » dans des institutions spécialisées de type institut médico-éducatif (IME) ou Itep stagne depuis plusieurs années.

Qui sont donc ces élèves handicapés accueillis en plus grand nombre chaque année en école ordinaire ? Certainement des élèves qui n’étaient auparavant pas reconnus comme handicapés et qui, de toute façon, ne relèvent pas d’un établissement spécialisé…

Ceux qui étaient exilés le sont toujours, et le constat d’une école qui serait de plus en plus inclusive est donc à relativiser.

Ajoutons, enfin, que si certains élèves handicapés sont mieux accueillis qu’auparavant à l’école ordinaire, d’autres ne sont toujours pas les bienvenus : tout dépend de leur déficience et de l’expression de celle-ci.

AUJOURD’HUI, NOMBREUX SONT LES ACTEURS SCOLAIRES À ÉLABORER DES ADAPTATIONS COMME ILS PEUVENT, AVEC LEURS MOYENS…

QUELLES SONT VOS PRÉCONISATIONS ?
À mon avis, ce qui doit fondamentalement changer, c’est le recours au diagnostic et son utilisation, la médicalisation ou l’« handicapisation » trop systématique de la difficulté scolaire. Je pense qu’il faut cesser de porter une telle importance à l’origine de la difficulté – d’ailleurs souvent externalisée par l’École, qui renonce dès lors à la traiter elle-même.

Parfois l’École se montre incapable de percevoir qu’élèves valides et élèves déficients présentent la même difficulté face à certains apprentissages, difficulté surmontable grâce à une adaptation pédagogique qui serait finalement bénéfique à tous les élèves. L’admettre participerait à la «déstigmatisation» des élèves handicapés qu’on cesserait alors de ne percevoir qu’à travers le prisme de leur handicap, lequel n’est pourtant qu’une partie seulement de leur identité tout aussi riche et complexe que celle de n’importe qui. Le fait d’être en situation de handicap ne doit plus suffire pour identifier un élève et définir ses besoins éducatifs.

Tout cela demande bien entendu quelques changements dans l’organisation scolaire. Par exemple, les équipes pédagogiques doivent s’étoffer et être pluridisciplinaires (enseignants, psychologue, infirmière, éducateurs, parents d’élèves, et d’autres encore) pour pouvoir répondre à tous les besoins éducatifs particuliers de tous les enfants, sans exception. La forme scolaire doit également gagner en souplesse dans la mesure où il faut être capable de s’adapter à chacun des élèves, et apprendre à évaluer l’adaptation mise en place pour éventuellement la faire évoluer – ce qui veut dire être capable de remettre régulièrement en question ses pratiques sans jamais se dire que l’École ne peut pas, sans recours systématique à une externalisation de l’origine de la difficulté.

Aujourd’hui, nombreux sont les acteurs scolaires à élaborer des adaptations comme ils peuvent, avec leurs moyens, tout en s’efforçant de faire preuve d’imagination. Des passerelles sont également jetées entre certains établissements spécialisés et des établissements scolaires. Tout ne fonctionne pas toujours – d’ailleurs ces expériences sont souvent méconnues et disparates, et les bonnes volontés s’essoufflent par manque de moyen, de temps et de reconnaissance –, mais il faut continuer d’essayer et de remettre en cause les pratiques routinières…

—————-
1. Pour paraphraser la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, ce placement correspond à une restriction de participation à la scolarité en raison d’une altération de fonctions psychiques.
2. Voir Erving Goffman, notamment Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Éditions de minuit, coll. « Le sens commun », Paris, 1975 (1963).
3. « La loi de 2005 et l’accessibilité scolaire : une certaine ambiguïté », in Joël Zaffran (sous la dir. de), Accessibilité et Handicap, PUG, coll. « Handicap, vieillissement, société », Grenoble, 2015.
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Re: ITEP

#9 Message par Jean » vendredi 2 décembre 2016 à 0:15

« Des difficultés scolaires et familiales à la prise en charge totale  : le cas des jeunes orientés en Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique »
Hugo Dupont
Lien social et Politiques, n° 70, 2013, p. 227-240.
http://www.erudit.org/revue/lsp/2013/v/ ... 1165ar.pdf
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Re: ITEP

#10 Message par Jean » dimanche 8 janvier 2017 à 15:10

Avis du CNCPH sur le projet de dispositif intégré concernant les ITEP : la CDAPH n'aurait plus besoin d'être saisie pour passer du SESSAD en ITEP.

Vote contre d'Autisme France.

Décret non publié pour l'instant.

http://www.gouvernement.fr/sites/defaul ... _sante.pdf
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#11 Message par cuillère » mardi 20 juin 2017 à 20:06

J'ai passé 10 ans en ITEP, de 7 ans jusqu'à 17 ans.
Comme convenu, je vous dis comment ça s'est passé. (en espérant que ce témoignage servira)


Quand j'étais scolarisé en CE1, en plus de poser problème dans la classe ou la cour avec mon comportement, j'avais fait des choses dans la cour qui étaient préjudiciables à mes petits camarades (en particulier à une camarade me semble). Naturellement, les parents d'élèves ont fait une pétition pour que je quitte l'école, et la directrice a agi dans l'intérêt de son établissement. Résultat, on m'a orienté dans un ITEP (où la rumeur disait qu'il y avait une grande variété d'individus, variété au sens péjoratif )

A l'époque, comme j'étais du genre suspicieux après ce qui m'était arrivé (manque de compréhension des règles sociales), j'en ai déduit que mes parents faisaient cela pour me punir de ce qui s'était passé. J'ai pris ça comme une honte qu'il fallait affronter en pleine face. Des personnes m'ont reçu, etc. Fort heureusement, le pensionnat ne ressemblait pas à une prison, il y avait un immense parc tout autour, et on avait des chambres individuelles (dans le cas contraire, je n'aurais pas tenu un mois ). On avait aussi une équipe de cuisine qui faisaient des choses merveilleuses à manger, rien à voir avec la cantine.

La structure était un bâtiment assez spacieux, parmi d'autres bâtiments qui accueillaient d'autres mineurs. J'imagine qu'ils les dispatchaient en fonction de leur "profil". Le bâtiment où j'étais accueillait une large tranche d'âge : de 4 à 17 ans. Ce qui donnait une promiscuité assez... déroutante. A 7 ans, j'étais le plus petit, il y avait des ados, des enfants, à 90 % des garçons. La première semaine à été très difficile. On a fait un "camp de départ", une sorte de rituel censé, je ne sais pas, renforcer la cohésion sociale ? Dans un gîte, la nuit, on dormait dans la même pièce, avec nos sacs de couchage, un enfer :evil: Je n'ai pas osé me lever et déranger les autres, pour aller aux toilettes. Et puis la première semaine, très dure, loin de ma maison.

Comme il y avait une large tranches d'âges, et comme les mineurs étaient à la base plus perturbateurs qu'on ne voulait bien le dire, des clans se formaient, soi par âge : ados, enfants, tous petits toujours avec la même éducatrice..., soi par école. Parfois les clans se jouaient des tours, des taquineries. Naturellement, j'étais le seul à n'être dans aucun clan, et l'âge avançant, ça n'a rien changé. Car par incapacité à assumer mes échecs sociaux, j'avais décidé de n'en avoir aucun. D'ailleurs, l'honnêteté me contraint à dire que je les méprisais, certains m'ont tapé dessus au départ. Après l'âge de 10 ans, nettement moins. Bien entendu la violence physique était clairement punie. La violence verbale moins. Au départ, on cherche à tout rapporter, l'ennui, c'est que au bout d'un moment, les éducateurs se lassent, et vous aussi.

Evidemment, je suis devenu cynique. Mon immaturité me poussait à mépriser par-dessus tout les éducateurs, eux qui semblaient si incompétents pour les faire devenir de bonnes personnes. En fait, ils faisaient ce qu'ils pouvaient, tout simplement. A l'adolescence, j'étais très mal dans ma peau. Habitué aux moqueries et aux chuchotements dans mon dos, haïssant le monde qui m'avait créé. Dans le déni, l'exaspération, ressassant sans cesse des idées noires. Même si ça n'était pas très beau à voir, je continuais la scolarité malgré tout.

Habitué aussi aux méprises et aux incompréhension de la part des éducateurs. On devait manger tous ensemble sur deux tables, une douzaine environ, ça dépend des jours. Passe-moi le pain, discussions exaspérantes, je re-veux du dessert ! , bla bla bla... Et le bruit également, qui fait souvent serrer les dents, les poings. Le bruit était d'ailleurs une grosse méprise, car je me contenais longtemps avant d'être agressif. Ceux à quoi, un éducateur me criait parfois littéralement à la figure. Une fois, j'ai même giflé un éducateur à cause de cela. :oops: C'était ridicule, je me suis senti bête. Il n'avait pas eu mal, mais le geste était grave. On m'a puni, je ne me suis pas justifié par dépit.

Ils organisaient également des sorties, on m'à contraint à participer à la plupart. Le "camp garçon" était une tradition de fin d'année, où tous les garçons du bâtiment et les éducateurs hommes faisaient une sortie à la belle étoile. Le tout dans une ambiance macho-man (que j'ai toujours détestée). Chaque année, je savais que j'allais passer un moment pas terrible. Il y en a d'autres où j'ai réussi à profiter, comme un parc d'attractions assez particulier, ou bien une fois un parc animalier.

La plupart des mineurs restaient juste 2 ou 3 ans. A force d'être devenu l'ancien du bâtiment, j'avais une réputation de fou (traduction du terme "triso" qu'on me donnait à l'époque). Dans ma dernière année, le psychiatre de la structure que je rencontrais quelquefois m'avait dit - alors que je lui disais que ça faisais longtemps que je ne voulais plus venir ici - :"Mais enfin, sache que tu ne peux pas être mieux qu'ici !". Bon, maintenant j'ai compris que l'accompagnement n'était pas adapté, mais à l'époque je n'en croyais pas mes oreilles.

Pour finir, j'ai quitté l'Itep à 17 ans. J'étais alors tombé d'épuisement, et on pensait depuis quelques temps déjà à me réorienter. Curieusement, lors de mon tout dernier jour à l'ITEP, l'éducatrice en chef de longue date J. me regardait émue, et je ne l'ai pas regardée, pas adressé la parole. Et je suis parti sans me retourner. J'aurais dû me retourner. Même si la structure ne me convenait pas, elle m'a accueillie avec ses moyens, ce n'est pas rien.


Globalement, l'accompagnement à duré longtemps, et n'était pas adapté, mais comme j'arrivais malgré tout à continuer les cours, tout allait un peu près. Sinon, pour l'épanouissement personnel, ç'aurait pu être mieux...
Effectivement, les iITEP ne sont pas adaptés aux gens avec autisme. (précisons au passage que cet ITEP avait une bonne réputation, ç'aurait pu être pis) Je souhaite bien du courage aux familles qui n'ont pas eu le choix de mettre leur enfant ici.
Modifié en dernier par cuillère le mercredi 28 mars 2018 à 20:00, modifié 2 fois.
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#12 Message par Jean » mardi 11 juillet 2017 à 10:41

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Re: ITEP

#13 Message par gog » mardi 11 juillet 2017 à 11:23

J'ai passé une partie de mon adolescence en foyer de l'ASE et ce que tu décris, notamment au niveau de l'ambiance (réfectoire, conflits, relation avec les éducateurs,etc.) me fait vraiment penser à ça, sauf qu'en foyer il a beaucoup plus de promiscuité (pas ou peu de chambres individuelles, 3 wc pour 20 personnes et ce genre de chose), et la scolarité se passe à l'extérieur.
ça ne fait pas rêver.
Merci pour ton témoignage.
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Re: ITEP

#14 Message par cuillère » mardi 11 juillet 2017 à 22:45

Merci beaucoup pour vos messages. :D

Le témoignage de Marie-Ange et Benjamin est encore plus épique que le mien. Il a en tout cas le mérite d'être très instructif (!)

Mention spéciale à ce passage :
Pour revenir à sa sortie de T(irp/itep).... la psychologue m'a dit: "çà nous a fait mal que vous enleviez Nicolas, car il était quelqu'un d'important pour l'établissement" ..... tiens donc!!!!!! pendant 6 ans, il n'a pas été traité avec cet égard!!!!
C'est tout à fait comparable à ce que m'avait dit le psychiatre.

Finalement, là où les professionnels sont véritablement incompétents, c'est quand il ne disent jamais qu'ils ne savent pas quoi penser d'un cas particulier. A la place, ils se disent que ce n'est pas possible, qu'ils ne peuvent pas se tromper, et donc c'est de la faute des autres, naturellement. Les professionnels qui avouent leur impuissance quand c'est nécessaire sont des gens compétents.
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Re: ITEP

#15 Message par Jean » jeudi 12 octobre 2017 à 15:18

Enquête statistique sur les personnes suivies dans un établissement ou service médico-social au 31/12/2014 (ES-2014) :

Annexes du rapport de l'IGAS sur le 3ème plan - Tableau 20 - page 113

8% des 28 964 enfants ayant un diagnostic de TED ou de psychose infantile sont dans des ITEP (soit 2300 à 2400 enfants)
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