Travail : dois-je dire que je suis autiste Asperger ?

Je suis autiste ou Asperger, j'aimerais partager mon expérience. Je ne suis ni autiste ni Asperger, mais j'aimerais comprendre comment ils fonctionnent en le leur demandant.
Message
Auteur
Ivanovna
Fidèle
Messages : 139
Enregistré le : vendredi 16 février 2018 à 12:48

Re: Travail : dois-je dire que je suis autiste Asperger ?

#31 Message par Ivanovna » dimanche 2 janvier 2022 à 14:54

FloretteRanou a écrit :
dimanche 2 janvier 2022 à 12:07
Je suis confronté à ce même dilemme.
Je pense que je vais être obligée de le dire parce que je suis trop épuisée et j'ai besoin d'aménagements.
Le dire, c'est peut-être s'exposer à de la discrimination.
Mais ne pas le dire, ça peut aussi vouloir dire sacrifier sa santé.
Je vis un enfer depuis que je suis entrée dans le monde du travail en 2013 : insomnie sévère et épuisement quasi-continu, aucune vie en dehors du travail car il me prend toute mon énergie.
Me suis retrouvée dans cette situation et j'ai tout déballé à cette occasion. C'est sûr que dans ce cas, il faut voir ce que l'on peut changer dans notre vie.

Si c'était à refaire, j'expliquerais les problèmes, proposerais les solutions à essayer, veillerais à ce qu'elles soient effectivement et scrupuleusement appliquées. En plus de mettre en place un suivi avec des personnes compétentes bien sûr.
Mais surtout, je ne préciserais jamais le handicap ; les gens en ont une compréhension toute biaisée et ne feront pas l'effort de se renseigner. En parler à quelques personnes de confiance est nécessaire mais ces personnes se comptent sur les doigts d'une main. Les autres sont n'ont pas à savoir plus que l'aménagement.

Moi maintenant je dis aux collègues ce dont j'ai besoin et les préviens que si ce n'est pas respecté, je vomis partout (sur le ton de la plaisanterie mais pas tant que ça, en ce moment mon masking est pas trop mal). Au moins ils s'en souviennent. Et puis en ce moment, ils télétravaillent, c'est beaucoup plus facile pour eux de respecter le silence, vu que j'ai débranché mon téléphone.

Pense au temps partiel thérapeutique, ça a changé ces derniers mois dans la fonction publique. Ça peut te permettre de recharger les batteries. Tout le monde peut avoir un coup de mou, alors quand ton poste n'est pas aménagé...


Prends soin de toi !
Prends le temps de te retaper, ça vaut le coup. :kiss:
Diagnostiquée TSA sur le tard
RQTH

Une statistique sans son intervalle de confiance, c'est une insulte.

Longue vie et prospérité !

Ivanovna
Fidèle
Messages : 139
Enregistré le : vendredi 16 février 2018 à 12:48

Re: Travail : dois-je dire que je suis autiste Asperger ?

#32 Message par Ivanovna » dimanche 2 janvier 2022 à 15:27

Fluxus a écrit :
dimanche 2 janvier 2022 à 11:09
Mais comment c'est possible que les gens puissent en arriver à ça ?

Simple hypothèse, ça a peut-être être un lien avec :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Cloaqu ... rtemental
En particulier le paragraphe suivant :
Calhoun a fourni une cage à des rats avec de la nourriture et de l'eau en quantité suffisante pour soutenir toute augmentation de la population. En revanche la cage était fixée à une taille jugée suffisante pour seulement 50 rats. La population a culminé à 2200 rats pour une surface au sol de 6,25 m²[2]et, par la suite, a montré une variété de comportements anormaux, souvent destructeurs. Sa conclusion était que l'espace lui-même est une nécessité. Des études ultérieures impliquant les humains ont montré que ce n'est pas le simple manque d'espace qui provoque ce phénomène. C'est la nécessité pour les membres de la communauté d'interagir avec l'autre. Lorsque les interactions forcées dépassent un certain seuil, les normes sociales se cassent. Ainsi la densité sociale est considérée comme plus importante que la densité spatiale géométrique.

J'ai longtemps bugué sur ces comportements mais passer du temps là dessus est quand même une pente savonneuse. On en sort un peu poisseux, je trouve.
Se concentrer pour se sortir de situations toxiques est vital, c'est toute une éducation à faire (il y a quelques chaînes YouTube qui sont bien faites et synthétiques).
Mais maintenant je préfère utiliser mes ressources sur autre chose, notamment la préparation de ma reconversion professionnelle, toute seule dans mon coin, sans trop compter sur les programmes institutionnels. Et c'est là que mon autisme est bien pratique pour bien cloisonner et focaliser mine de rien.
Diagnostiquée TSA sur le tard
RQTH

Une statistique sans son intervalle de confiance, c'est une insulte.

Longue vie et prospérité !

Zuflane
Nouveau
Messages : 7
Enregistré le : jeudi 18 novembre 2021 à 14:25

Re: Travail : dois-je dire que je suis autiste Asperger ?

#33 Message par Zuflane » dimanche 2 janvier 2022 à 16:43

C'est une question intéressante effectivement et qui apparemment fait débat !
Pour ma part, je suis dans un nouveau boulot depuis juin 2020 et je termine un arrêt de travail du à un burn-out autistique. Arrêt de 4 semaines "seulement" mais qui me fait dire que je dois me protéger maintenant.
Entre les années où je ne le savais pas, les années où je le savais mais je ne me sentais pas légitime et ces derniers mois où je suis légitime mais je ferme ma bouche, et bien c'est tout pareil pour moi. Je suis toujours la même personne et je subis tout autant mon environnement, avec des conséquences parfois désastreuses pour moi pro et perso.
Alors comme je suis maintenant dans un boulot que j'aime vraiment, avec très peu de collègues et un cadre de travail vraiment cool pour moi, et bien je vais continuer dans cet élan et informer la présidente de mon asso, mon coordinateur et peut-être des collègues de mon handicap, en leur expliquant mes spécificités et mes besoins.
J'ai tout préparé, j'ai même rdv avec le médecin du travail mardi.
J'ai 50 ans et j'ai envie de bien vivre mes prochaines années au travail.
Alors Emmajoy, je ne sais pas si ma réponse t'aidera, mais je trouve que c'est plutôt cool d'avoir tous ces points de vue sur le sujet. Bon courage à toi
Diagnostic posé par le CRA de ma région: TSA sans déficience intellectuelle (novembre 2021)
HPI (octobre 2016)

point_virgule
Occasionnel
Messages : 29
Enregistré le : mercredi 22 juillet 2020 à 11:19

Re: Travail : dois-je dire que je suis autiste Asperger ?

#34 Message par point_virgule » mardi 11 janvier 2022 à 11:52

Ma situation évolue doucement.
J'ai proposé à mon encadrement une intervention d'un neuropsychologue dans mon équipe pour expliquer ce que sont les TSA et discuter en équipe sur les questions de travail en équipe, communication etc.
L'objectif est double: parler de mon cas et favoriser la prise en compte de mes particularités, ouvrir la discussion à d'autres fonctionnement pour s'améliorer tous en terme de vie d'équipe.
Ma proposition a été très favorablement accueillie.
Wais en 2004 - HQI
TSA confirmé par un psychiatre - juillet 2020

Avatar du membre
Controleur
Forcené
Messages : 564
Enregistré le : samedi 27 août 2016 à 18:09
Localisation : France(mobile)

Re: Travail : dois-je dire que je suis autiste Asperger ?

#35 Message par Controleur » samedi 15 janvier 2022 à 7:09

Il demeure toujours des professions ou c'est suicidaire de dévoiler qu'on est autiste. Je pense toujours à ces policiers et gendarmes dyspraxiques qui sont obligés de taire leur handicap sous peine de se voir retirer leur arme de service et leur habilitation à en avoir une et de se retrouver à faire un boulot dans l'administratif, stigmatisé comme jamais par leur hierarchie..
Diagnostique autiste par le CRA en mars 2009

Si vi pacem, para bellum

Traduction Latine: Si tu veux la paix, prépare la guerre

Contrôleur des finances publiques 2ème classe en trésorerie municipale.

Adepte de la course à pied.

Lili2019
Occasionnel
Messages : 13
Enregistré le : mercredi 19 janvier 2022 à 9:48

Re: Travail : dois-je dire que je suis autiste Asperger ?

#36 Message par Lili2019 » mercredi 19 janvier 2022 à 12:16

Bonjour,

Ton questionnement m'a beaucoup interpelée et je me permets de lancer des pistes à partir de ma propre expérience et d'échanges avec d'autres personnes ayant un TSA.

Plusieurs d'entre elles ont vécu ce que tu décris et pas seulement dans la sphère professionnelle. Dans leur couple (pour d'autres) ou en amitié (ce fut mon cas).

Dans le cadre professionnel, je l'ai toujours caché car si j'étais considérée comme très performante et respectée, mes prises de position contraignaient parfois mes supérieurs à devoir s'exposer et prendre des décisions (justifiées) qu'ils auraient souvent préféré éviter. Ma rigueur et ma persévérance associées à mon incorruptibilité les mettaient au pied du mur.

Donc, ma règle n°1 au travail a été : tant qu j'exerçais un métier où mon TSA pouvait être utilisé contre moi pour éviter à d'autres de se remettre en question, d'assumer des décisions qu'ils auraient préféré éviter d'assumer, d'user et abuser de mes particularités pour servir leurs intérêts ou me décrédibiliser, je n'en ai JAMAIS parlé.

Je savais que, du piédestal où on me plaçait à la fosse commune, il n'y avait qu'une hauteur de stèle que beaucoup de gens n'auraient pas hésité à franchir.

Dans le couple, où la question du pouvoir est très souvent présente aussi hélas, une personne que je connais a vécu une situation où son handicap a été instrumentalisé. Quand elle a eu son diag, son compagnon a été là pour elle tant qu'elle était sous le choc et vulnérable. Lorsqu'elle a commencé à récupérer et remettre en question la dynamique de son couple, je reprends ses termes, son conjoint lui a renvoyé son "TSA en pleine gu. . .".

Je suis entièrement d'accord avec Controleur, dans certaines professions (et à certaines personnes souvent peu au clair avec elles-mêmes, ce qui fait beaucoup quand tu regardes bien ) il est effectivement suicidaire de dire que nous avons un TSA.

En amitié, j'ai vécu la même chose à plusieurs reprises notamment si je pointais un sujet trop sensible pour autrui : "Ho mais toi tu n'as pas le même cerveau, tu ne peux pas comprendre", "Ho mais tu sais, la vie ne se gère pas comme des mathématiques (par la même personne qui 10mn après me confiait placer ses amis dans deux sous-ensemble, ceux avec lesquels s'amuser, ceux à qui se confier . . .)" etc. . .

Je n'a qu'un conseil à te donner : OBSERVE BIEN TON ENVIRONNEMENT ET LES PERSONNES QUI T'ENTOURENT.

Même si nous ne comprenons rien aux relations sociales et aux groupes, nous captons souvent les êtres dans leur individualité avec une acuité particulière en raison de notre sensibilité hors norme. Nous sommes "des bêtes" dès qu'il s'agit de repérer des incohérences également.

Reste à s'autoriser à accepter ce que nous percevons. Pour ma part, je captais souvent énormément de choses mais j'étais aveuglée par ma peur de l'isolement social ou mon idéalisme, parfois les deux.

Si je n'ai pas commis d'erreur au travail, c'est parce que j'avais été éduquée à être méfiante dans ce milieu là et à protéger farouchement ma vie privée, ce qui n'est absolument pas naturelle chez moi par ailleurs. Je travaille activement à étendre cette posture aux autres domaines de ma vie car elle me semble bien plus protectrice, mature et moins coûteuse en énergie à terme.

Par-contre, lorsque mon employeur m'aura placée dans un poste plus adapté à mon handicap, je compte bien en parler car la place que j'occuperai ne devrait déranger personne (derrière un bureau à classer des trucs probablement). Et je ne me gênerai pas pour acheter ma paix et avoir un maximum d'aménagements pour optimiser ma qualité de vie.

Il n'est pas fou non plus d'envisager de tirer partie de notre situation parce que je ne vois pas pourquoi cela ne devrait marcher que dans un sens, hein !

Dernière chose : je vais peut-être passer pour une cynique mais ne te fie pas aux réactions de façade de tes collègues. Il y a une injonction sociale à être gentil.le avec les "handicapé.e.s". Cela ne veut pas absolument pas dire que les gens l'acceptent profondément, sont prêts à changer leur attitude ou leurs pratiques de façon sincère.C'est une autiste introvertie, hautement intelligente et très observatrice qui m'a appris cela.

Ne te fie pas aux paroles ou aux déclarations d'intention. Observe les ACTES.

Je te souhaite que les choses évoluent favorablement pour toi.
TSA diagnostiqué

margotton91
Adepte
Messages : 236
Enregistré le : mercredi 17 juillet 2019 à 16:14
Localisation : Essonne (91)

Re: Travail : dois-je dire que je suis autiste Asperger ?

#37 Message par margotton91 » mercredi 19 janvier 2022 à 22:59

Bonsoir,

J'ai exercé pendant une vingtaine d'années dans différents postes administratif. Il n'y a qu'à la toute fin que je connaissais ma condition et sur mon dernier poste, elle m'a même permise d'être recrutée vu que les points forts connus pour les personnes comme nous étaient ce qui était recherché pour ce poste...

Attention : ce n'est pas parce que vous travaillerez dans un bureau que vous serez forcément confrontée à des collègues bienveillants et ouverts au handicap. D'autant plus que le nôtre est invisible et que l'immense majorité des gens ignore tout ou presque à son propos... Pour l'avoir expérimenté moi-même, dans les bureaux, c'est comme partout ailleurs, d'autant plus s'il n'y a que des femmes. Le fait de faire du classement n'y changera rien. Pour l'immense majorité des gens, le classement est perçu comme une tâche ingrate sauf que cela peut se révéler très intéressant, très instructif, à condition de ne pas le faire machinalement.

Comme vous l'avez si bien écrit vous-même, observer les gens et leurs actes sur une période relativement longue vous permettra, même dans un bureau, en faisant du classement, de vous faire une opinion de l'environnement en question...
Lili2019 a écrit :
mercredi 19 janvier 2022 à 12:16

Par-contre, lorsque mon employeur m'aura placée dans un poste plus adapté à mon handicap, je compte bien en parler car la place que j'occuperai ne devrait déranger personne (derrière un bureau à classer des trucs probablement). Et je ne me gênerai pas pour acheter ma paix et avoir un maximum d'aménagements pour optimiser ma qualité de vie.

Il n'est pas fou non plus d'envisager de tirer partie de notre situation parce que je ne vois pas pourquoi cela ne devrait marcher que dans un sens, hein !

Dernière chose : je vais peut-être passer pour une cynique mais ne te fie pas aux réactions de façade de tes collègues. Il y a une injonction sociale à être gentil.le avec les "handicapé.e.s". Cela ne veut pas absolument pas dire que les gens l'acceptent profondément, sont prêts à changer leur attitude ou leurs pratiques de façon sincère.C'est une autiste introvertie, hautement intelligente et très observatrice qui m'a appris cela.

Ne te fie pas aux paroles ou aux déclarations d'intention. Observe les ACTES.
Pré-diagnostic TSA asperger, de niveau faible à modéré, par psychologue clinicien en 03/2019
Confirmation par psychiatre en 04/2019, à 51 ans
Juin 2020 : tests du bilan diagnostic réalisés dans le privé - QI hétérogène

Lili2019
Occasionnel
Messages : 13
Enregistré le : mercredi 19 janvier 2022 à 9:48

Re: Travail : dois-je dire que je suis autiste Asperger ?

#38 Message par Lili2019 » jeudi 20 janvier 2022 à 13:24

Bonjour

Merci pour ce retour d'expérience. Je vous avoue que je ne pensais pas tant aux collègues qu'au moyen d'obtenir un maximum de confort de vie : emploi du temps aménagé, le moins de bruit et de lumière possibles . . .C'était stratégique.

Je note que vous avez noté l'aspect féminin du métier. Je parlerai pour moi mais c'est ce qui me stresse le plus car je ne suis pas à l'aise avec l'univers féminin tel qu'il se présente en général. Ca par-contre, ça m'inquiète :crazy:

Sinon, j'ai presque toujours été seule au travail, n'échangeant que sur des questions professionnels. Je ne me suis fait que 3 amis en 20 ans et 2 de ces relations n'ont pas résisté à l'après-diag.

J'ai l'habitude de tenir mes distances au travail. Et entièrement d'accord avec vous : je prendrai mon temps pour évaluer la situation et les gens.
TSA diagnostiqué

Répondre