Couple Aspies*2

Je suis autiste ou Asperger, j'aimerais partager mon expérience. Je ne suis ni autiste ni Asperger, mais j'aimerais comprendre comment ils fonctionnent en le leur demandant.
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Meddio
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Re: Couple Aspies*2

#16 Message par Meddio » mercredi 2 mai 2018 à 18:07

Artelise a écrit :
Et dans tous les cas, pour moi, c'est la même problématique : s'il n'est pas là, ce que je regarde perd cruellement de son intérêt ! :yawn:
Pour moi c'est limite : je profite moins du film avec quelqu'un mais je le fais pour l'aspect être ensemble et références communes.

Après, j'ai un rapport particulier ("obsessionnel" dixit ma femme) avec certains films que je regarde depuis l'enfance à une très haute fréquence et que je continuerai de regarder avec ou sans elle.

Après, la lecture, pour moi c'est exclusivement individuel, je suis incapable de lire dans la même pièce que quelqu'un.


Mais par contre, j'adore les jeux (société, videos) et ça, je trouve que c'est une chouette activité de couple même si ça peut être conflictuel ("fais-ça" "attention !" "mais qu'est-ce que tu fais ?" il paraît que je suis coutumier de ce genre de phrases !)
Modifié en dernier par Meddio le mercredi 2 mai 2018 à 18:10, modifié 1 fois.
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perdue
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Re: Couple Aspies*2

#17 Message par perdue » mercredi 2 mai 2018 à 18:08

Artelise a écrit :
Après, les centres d'intérêts et activités que l'on peut partager avec une autre personnes sont vraiment légions et certaines ne demandent pas forcément de discuter (pendant ou après). La pratique de la randonnée par exemple peut très bien être considéré comme une activité de couple, même si pendant la randonnée on reste silencieux, l'essentiel étant de parcourir le même bout de chemin en même temps, de découvrir des paysages ensemble et de partager le même plaisir d'être dans la nature.

J'irais même jusqu'à dire (d'aucuns pourront penser le contraire, je le sais) que lorsque un couple s'installe chacun de son côté sur un fauteuil pour lire un livre (même pas le même), c'est une activité de couple. Puisque d'une certaine façon, sans forcément lire la même chose, au moins ce couple partage un moment de tranquillité partagée, chacun apportant par sa simple présence une sorte de réassurance, de réconfort. Partager le même espace avec l'assurance que l'autre comprend le besoin de silence et de tranquillité de l'autre, c'est apaisant comme ambiance, je trouve.

L'essentiel, à mes yeux, c'est le fait "d'être ensemble" et chacun est libre de vivre ces instants comme il le souhaite. :)
Pour la nature et la lecture, je pense exactement comme ça. Pour moi, être prêt de mon conjoint en lisant quelque chose qui me plait même si lui fait autre chose, ça me convient parfaitement. Cependant pour lui, ce n'est pas vraiment faire quelque chose ensemble. Il a besoin de communiquer pour dire qu'on partage quelque chose.
En attente de rendez-vous au CRA (délai d'attente de 18-20 mois...)

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Anahata
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Re: Couple Aspies*2

#18 Message par Anahata » mercredi 2 mai 2018 à 20:10

Arrivez-vous à leur rendre la'pareille question 'bavardage' ? Je crois que personne ne pourrait supporter mon silence quasi monastique... :(

Quand je lis vos témoignages... Je me dis que peut être je suis plus faite pour être avec un aspie.... Je pourrais pas avoir quelqu'un qui n'est jamais satisfait parce que je parle pas assez ou n'en fais pas assez etc etc. Et franchement, j'aime pas trop me leurrer. Et c'est sûr que ce sera vécu ainsi par l'autre. Pas assez de gens à la maison, pas assez de soirées, pas assez d'amis, blablabla. Pas assez de bruit, etc etc
Avec moi, c'est la thérapie par le vide. Venez me voir, pas besoin de retraite spirituelle. Ahah
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Re: Couple Aspies*2

#19 Message par Artelise » mercredi 2 mai 2018 à 20:34

au niveau bavardage, avec Zhom, ça va. Il n'est pas vraiment du style bavard. C'est plutôt moi qui bavarde parfois un peu trop surtout si je tombe soudain sur un truc qui éveille ma curiosité.
J'ai notamment un don pour trouver des questions bizarres du genre : "j'ai entendu à la télé qu'ils avaient mis au point telle ou telle technologie ? tu en as entendu parler ? ça fonctionne comment ???" Et comme mon homme est du genre à aimer les sciences (il n'est pas ingénieur chercheur pour rien), je m'attends évidemment à ce qu'il s'intéresse à la question autant que moi. Ce qui n'est pas toujours le cas. :lol:
Je suis parfois pire que nos gamins avec les questions de ce genre.

Non, le problème pour moi, ce qui est difficile à gérer et qui m'épuise, se sont les conversations toutes banales que l'on est censé avoir avec les autres. Les autres étant : les voisin(e)s, les autres mamans à la sortie de l'école, les copines, les amies... Et le fait que je connaisse bien la personne et que je la considère comme une personne proche, une copine voire une amie, ne change rien à l'affaire. J'ai du mal à trouver mes mots et maintenir une conversation devient vite une véritable gageure.

Dans mon couple, il n'est pas vraiment questions de conversations "banales" de ce genre, donc ça va.
Et/Ou alors ça vient du fait qu'on se connait bien désormais. Parce que, à bien y réfléchir, au début de notre relation j'étais souvent nerveuse et maladroite. Ne sachant pas de quoi parler pour être "intéressante". Et j'étais d'autant plus angoissée qu'il avait prit de l'importance pour moi et que j'avais vraiment peur qu'il sorte de ma vie comme d'autres personnes l'avaient déjà fait avant. Et puis le temps passant, ça a été mieux. Les choses se sont en fait nettement améliorées le jour où il m'a dit :"c'est pas grave, si on parle pas" (on était en voiture et j'essayais désespérément de faire la conversation). Je ne vous dit pas le soulagement que j'ai ressenti ce jour là ! J'ai continué d'être mal à l'aise encore quelques temps, notez. Mais au fil du temps, comprenant qu'il était sincère, je me suis détendue en sa présence.
---------------------------------------
Maman d'un Asperger de presque 12 ans.
Très probablement Asperger moi-même, c'est la psy qui a diagnostiqué mon fils qui le dit.

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Re: Couple Aspies*2

#20 Message par Anahata » mercredi 2 mai 2018 à 20:40

Top tout ça :) top :)
Lol je comprends ces questions. Maintenant que je m'en souviens, j'avais tendance à faire ça avec mes parents et une amie. :)
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Re: Couple Aspies*2

#21 Message par Epiceanne » mercredi 2 mai 2018 à 21:14

Oui, effectivement,
Moi je rame, enfin je rame toute seule, récemment tombée sous le charme d un aspie, bah c juste mission impossible...?
Aspie diagnostiquee 2017
La vie n est pas une fête perpétuelle, merci pour les roses, merci pour les épines. Jean d’O.?

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Re: Couple Aspies*2

#22 Message par Anahata » mercredi 2 mai 2018 à 21:18

Hiiiiii je compatis je compatis (je suis pas en train de critiquer l'autre aspie hein, j'imagine que c'est aussi dur de l'autre côté)
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Re: Couple Aspies*2

#23 Message par Epiceanne » mercredi 2 mai 2018 à 21:24

? superbe vidéo, merci! Un peu d espoir, c est vraiment un très beau couple☀️
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Re: Couple Aspies*2

#24 Message par lulamae » jeudi 3 mai 2018 à 7:51

Artelise a écrit : Dans mon couple, il n'est pas vraiment questions de conversations "banales" de ce genre, donc ça va.
Et/Ou alors ça vient du fait qu'on se connait bien désormais. Parce que, à bien y réfléchir, au début de notre relation j'étais souvent nerveuse et maladroite. Ne sachant pas de quoi parler pour être "intéressante". Et j'étais d'autant plus angoissée qu'il avait prit de l'importance pour moi et que j'avais vraiment peur qu'il sorte de ma vie comme d'autres personnes l'avaient déjà fait avant. Et puis le temps passant, ça a été mieux. Les choses se sont en fait nettement améliorées le jour où il m'a dit :"c'est pas grave, si on parle pas" (on était en voiture et j'essayais désespérément de faire la conversation). Je ne vous dit pas le soulagement que j'ai ressenti ce jour là ! J'ai continué d'être mal à l'aise encore quelques temps, notez. Mais au fil du temps, comprenant qu'il était sincère, je me suis détendue en sa présence.
Ca fait du bien de lire ça @Artelise, c'est mignon. :D

Il y a une qualité de silence à deux qui n'est pas pesante, un peu comme de méditer à plusieurs dans une pièce, ça dégage même une énergie, on est bien. Ce qui n'est pas la même chose que le silence lourd de sous-entendus, de reproches, d'incompréhension, l'absence de partage qui s'installe parfois entre les êtres (couples ou non). J'ai connu ça 18 ans, et j'apprécie d'avoir trouvé une personne avec qui je suis juste bien, je me sens moi-même et non jugée.
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Re: Couple Aspies*2

#25 Message par lulamae » jeudi 3 mai 2018 à 7:52

Epiceanne a écrit :Oui, effectivement,
Moi je rame, enfin je rame toute seule, récemment tombée sous le charme d un aspie, bah c juste mission impossible...?
Tu rames pour entrer en relation avec lui, ou tu es déjà en relation ? Bon courage en tous cas ! :)
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Re: Couple Aspies*2

#26 Message par lulamae » jeudi 3 mai 2018 à 8:00

Anahata a écrit :Arrivez-vous à leur rendre la'pareille question 'bavardage' ? Je crois que personne ne pourrait supporter mon silence quasi monastique... :(

Quand je lis vos témoignages... Je me dis que peut être je suis plus faite pour être avec un aspie.... Je pourrais pas avoir quelqu'un qui n'est jamais satisfait parce que je parle pas assez ou n'en fais pas assez etc etc. Et franchement, j'aime pas trop me leurrer. Et c'est sûr que ce sera vécu ainsi par l'autre. Pas assez de gens à la maison, pas assez de soirées, pas assez d'amis, blablabla. Pas assez de bruit, etc etc
Avec moi, c'est la thérapie par le vide. Venez me voir, pas besoin de retraite spirituelle. Ahah
De ce que tu décris, ça paraît l'idéal ! J'ai horreur d'être absorbée dans un truc et qu'on me parle, ça me stresse. Je connais peu de personnes qui fonctionnent comme moi, et j'arrive de moins en moins à faire l'effort de bavardages vains en famille, je les refuse, je n'arrive plus à me concentrer dessus, mon cerveau ne peut pas...
@Anahata, je ne pense pas qu'un Aspie te reproche ton silence ! :) La difficulté en couple, c'est de trouver le bon moment où les deux ont envie de parler, ou un signal permettant de savoir si on ne dérange pas l'autre. Et compter sur la franchise de l'autre pour te dire quand il a besoin de solitude, pour ne pas te le reprocher ensuite.
Il faut beaucoup se connaître soi-même, et avoir une expérience du couple, même un échec, pour réussir un meilleur couple... Ce n'est pas une généralité, on peut apprécier sa chance quand on a trouvé du premier coup, c'est peut-être un espoir plutôt. :D
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Re: Couple Aspies*2

#27 Message par Anahata » jeudi 3 mai 2018 à 11:50

Bonjour lulamae,

Beaucoup se connaître soi-même. Sans doute oui. Y a t il une règle de mesure pour affirmer que l'on se connait 'assez' ?
C'est gentil de me dire que ça paraît idéal. Alors si mon silence est idéal, pourquoi serais je inquiète.
Je suis dans une famille de suradaptés, qui communiquent à voix haute énormément. Sauf les hommes. Les hommes ne parlent pas ou peu et fuient rapidement la salle commune. Je me sens mieux avec eux. Les femmes semblent angoissées par le vide ensemble alors que les hommes soufflent et du coup initient deux ou trois mots en ma présence alors que ce sont des taiseux. Sans doute suis je troublée par mes références féminines.

Je crois que vivre toute une vie sans savoir qu'on est autiste créé des comportements qui n'ont rien à voir avec la personne initiale. Ou alors c'est une affaire de personnalité. Certaines aiment être dans la lumière, briller de mille feux, se sentir 'integrees' etc. (Même si je ne peux m'empêcher de penser à une sorte de mensonge que l'on se fait à soi-même dans ces cas-là, à chaque fois) C'est étrange ce décalage perçu encore une fois. Je n'ai jamais eu l'impression'qu'on pouvait être heureux dans le 'faste', l'engouement médiatique etc.
Quand je vois Josef shovanec sur les plateaux télé, je le vois en suradaption, à répondre à chaque question, attendre son tour, affronter cette solitude humaine même sur un plateau télé ou tout le monde nous accueille entre crainte et admiration. Recevoir des compliments qu'on ne sait pas endiguer. Ce sont des situations extrêmes. Pour moi tout cela fait partie des dommages collatéraux. Quand bien même de l'intérêt et parfois de l'affection semblent être manifestés, malheureusement ce sont des problèmes supplémentaires à gérer.

Bon je suis partie loin sur le silence mais je crois que c'est un sujet important en couple. Accepter de n'avoir rien à dire. Même si on en a plein la tête. Accepter d'être 'inintéressant' puisque c'est ce qui me pend au nez à chaque fois que je me tais.
Car encore une fois ce n'est pas un manque d'esprit, où peut être, mais en premier lieu, une incapacité physique, je dirais. Pas de mots. Et en plus de ça, une irritation extrême au blabla de l'autre. Hum hum.... Lol
Avec une grosse envie débordante de lui dire de se taire, pour rester poli.

J'ai toujours su qu'il me fallait aimer un ermite. Sans connation religieuse. Un barbu pas bavard qui chouchoute ses fleurs et esquisse un beau sourire quand il me voit arriver, en se précipitant pour me faire un café dans le silence de ses vieux murs. Deux ou trois phrases éjectées comme des bouchons de champagne, pour montrer l'intérêt, dire ce qu'on va faire, et basta.

Bonne journée.
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Re: Couple Aspies*2

#28 Message par Epiceanne » jeudi 3 mai 2018 à 21:13

Bonsoir,
Je rame pour qu il comprenne mes sentiments, pour alimenter une conversation... je l ai dans la peau et il est en train d avoir la mienne! Mais j ai encore un peu d espoir...
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Alceste
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Re: Couple Aspies*2

#29 Message par Alceste » vendredi 4 mai 2018 à 10:04

une vision du couple ... écrite par quelqu'un qui fait du bien au mien (de couple) (Aspie + NT)
*******************************************************************************************************
:D


Le couple : amour et paradoxe

"L’amour c’est donner ce que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas." Jacques Lacan

Dans cet article, j’aimerais tenter de vous partager ma propre représentation de ce que signifie le couple, je dirais d’un point de vue psychothérapeutique. Et pour cela, la notion de paradoxe me semble au cœur de la réflexion.

Commençons donc d’abord par un bref point lexical. Qu’est-ce qu’un paradoxe ? C’est un fait ou une idée qui semble défier la logique car comportant deux propositions apparemment contradictoires (exemples: la victoire du plus faible, il est interdit d’interdire, ne jamais dire jamais, si tu m’aimais vraiment tu aimerais la soupe…). Ensuite, qu’est-ce que j’entends par « couple » ? Je pense au couple en tant que 2 personnes majeures, de même sexe ou non, engagées dans une relation sentimentale privilégiée et notoire (autrement dit, deux amants clandestins, à mes yeux, ne font pas couple ou en tout cas pas encore).

De nos jours, l’idée du couple est chahutée. Le bouleversement des schémas familiaux et la part belle faite à l’individu peuvent pousser à remettre en cause la raison d’être du couple. Sa pertinence, son utilité, son symbolisme, sa légitimité,…en un mot : son sens. Et l’allongement de la durée de la vie n’arrange rien à l’affaire: auparavant, c’était souvent la mort qui mettait fin au couple. Désormais, la question se pose pour de vrai : comment pourra-t-on passer 20, 40, 60 ans ensemble !?…Aimera-t-on encore ? En sera-t-on encore capable ? La question peut réellement créer la panique. Alors on peut être tenté de balayer d’un revers de manche ce truc un peu trop « gnan-gnan . Ou encore se la jouer cynique en décrétant que faire couple c’est dépassé, « has-been ».

Pour autant, désolée, je ne prendrai pas tout à fait le contrepied de cette position. Je ne clamerai donc pas que le couple est la clé du bonheur, de l’épanouissement. J’ignore si le couple est LA solution. Mais c’est UNE solution. Et c’est cette forme relationnelle que j’ai plaisir à accompagner. Ni plus, ni moins.

Revenons-en maintenant au paradoxe. Le couple, c’est du paradoxe à haute dose, nous sommes bien loin des concentrations homéopathiques. Au sein du couple, les paradoxes s’empilent. Une thérapie en couple –non pas une thérapie de couple-, c’est se mettre face à ces paradoxes auxquels on ne peut pas se soustraire. Et je vais tenter de vous exposer l’un de ces paradoxes fondamentaux, en vous en présentant les deux propositions apparemment antagonistes.

Proposition 1
Le couple, c’est LE lieu de la confrontation

En effet, le couple, c’est le lieu de la différence, de l’altérité, de l’incompréhension, de la rivalité. Et c’est tous les jours. Couple ne signifie pas clone. C’est un appel à la remise en cause permanente. Tandis que quand je suis seul(e), je souffre peut-être de cette solitude mais je peux me raconter toutes les histoires que je veux sur qui je suis. Il n’y a personne pour me contredire. Je peux tenir ma subjectivité pour la réalité, sans rencontrer trop de protestations. Je ne suis pas non plus dérangé(e) par des sempiternelles séances de négociations. Avouons qu’il y a bien un côté commode et confortable…

Alors le couple, non, ça ne va pas de soi. En dépit de toutes les historiettes romantiques qui nous disent que s’il y a de l’amour alors les choses s’en suivent naturellement. On peut s’aimer et souffrir d’être ensemble.
Ou alors, à travers le couple, on cherche à retrouver la fusion originelle (à plus d’un titre, le couple rejoue notre relation primordiale avec notre mère ou la personne qui a tenu ce rôle maternant). La fusion éviterait la question de la place : tu es moi, je suis toi, nous ne faisons plus qu’un donc pas besoin de lutter pour savoir qui a la place puisqu’on l’a tous les deux ensemble…Jolie tentative d’esquive…qui échoue tout le temps. Même en fusion, il faut bien 2 chaises pour s’assoir ! Au mieux, cela peut fonctionner un temps, pendant la lune de miel, collés-serrés comme des ventouses… Et puis surtout, dans la fusion, on est face à un autre problème : fusionné, nous sommes menacé d’être englouti, effacé. Si je suis toi, comment je fais pour rester moi ?

Le couple, ce n’est pas non plus une solution clé en main, une ardoise magique qu’il suffit de secouer pour effacer ce qu’il y avait avant. On arrive dans le couple avec nos « casseroles ». Nos souffrances ne vont pas se dissoudre dans le couple par enchantement. Le conjoint n’est pas un super héros qui répare les blessures historiques. Au contraire, nos apprentissages relationnels vont jouer plein pot et le couple va jouer caisse de résonance, amplifier un phénomène qui pourrait passer inaperçu.

Voilà pourquoi, on peut oser parler de confrontation. Le couple nous confronte. A nos ambivalences, à nos limites, à nos croyances, à nos réactions plus ou moins ajustées, à nos peurs, à nos espoirs.

Proposition 2
ET, en même temps, le couple est un lieu de développement, de croissance

Car justement, en nous renvoyant en continu nos comportements, nos attitudes, nos défenses, notre partenaire sollicite notre conscience réflexive, notre appétence psychique à comprendre ce qui se passe. Le travail de thérapie est un chemin individuel. On le fait pour soi. C’est nous qui bougeons. Le couple ne peut et ne doit pas être la condition à notre mieux être psychique et relationnel. Le partenaire ne peut pas être le dépositaire d’une partie de notre psychisme (comme le fut notre mère pendant de notre courte vie de nourrisson). Le couple mis au travail, c’est vraiment comme la cerise sur le gâteau. Il faut donc d’abord s’occuper du gâteau, c’est-à-dire de soi-même.

Le couple ainsi envisagé devient donc un espace de croissance individuelle. Il s’agit de penser son couple. Ce n’est pas une entité qui existe intrinsèquement dès lors que 2 personnes décident de devenir partenaires. Le couple n’existe pas de fait. C’est seulement la production des deux protagonistes. Et on ne peut pas faire couple pour 2 (à moins d’être d’accord consciemment pour ce « deal »). Quel sens je souhaite donner à ma relation de couple ? Quelle vision de notre couple pouvons-nous co-construire ?

L’intimité prend alors toute l’envergure de sa signification. Notre partenaire, c’est celui à qui on se révèle le plus, volontairement ou non. En acceptant cette réalité et en s’y jetant pleinement, comme on se jette dans le courant de la rivière: se dévoiler et accueillir le dévoilement de l’autre. C’est dans cette intimité partagée que le couple croît, ainsi que chacun de ses membres, dans la recherche conjointe de la satisfaction de chacun. Et en tenant compte des fragilités respectives. Ainsi, je peux supposer que si moi je bataille avec des conflits internes, l’autre a sans doute aussi son lot.

Bien sûr, c’est une prise de risque, une proximité comme avec aucune autre personne. C’est aussi une construction. C’est d’une alliance. C’est redonner toute son envergure à la notion de « partenaire ». Et dans cet engagement réciproque où l’on recherche ensemble un mieux-être individuel et mutuel, le mien, le tien, le nôtre, on œuvre à donner une autre épaisseur au mot amour. L’amour est l’étincelle de notre couple mais il en devient aussi le fruit, charnu et juteux.

Alors, par-delà le paradoxe, faire couple, c’est quoi ? Vous l’aurez deviné, il n’y a pas de réponse qui aille de soi. Il faut une vie commune, de quelques années ou de plusieurs décennies, pour construire la réponse, unique à chaque fois.

par Séverine
Je ne cherche pas le bonheur,
je le construis.

* Diagnostic Aspie 01/2018. Bilan réalisé par un psychiatre "spécialiste" *

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Anahata
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Re: Couple Aspies*2

#30 Message par Anahata » vendredi 4 mai 2018 à 10:42

Merci pour ta réponse Alceste !

Quand ça fait du bien, alors c'est 'tout bénéf', comme on dit.

Je ne vais pas developper sur ce texte assez analytique. Mais que j'ai lu en entier.

Elle dit très bien sa vision de ce qu'est faire un couple. (Bien qu'elle s'en défende à la fin)

Une bonne journée
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