L'autisme autrement: l'approche psychosociale de Julie Dachez

Je suis autiste ou Asperger, j'aimerais partager mon expérience. Je ne suis ni autiste ni Asperger, mais j'aimerais comprendre comment ils fonctionnent en le leur demandant.
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SanGoku
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L'autisme autrement: l'approche psychosociale de Julie Dachez

#1 Message par SanGoku » dimanche 23 décembre 2018 à 15:35

Je poste ici-même une partie de la conclusion de la thèse de doctorat de Julie D.

Vous pouvez bien entendu réagir et répondre comme bon vous semble à ce texte, je trouve que cela a le mérite d'enlever certaines œillères tout en restant proche de la " problématique ":


" Envisager l'autisme autrement : une approche psychosociale Another way of looking at autism: a psychosocial approach "

Nous le disions en introduction, alors que le néolibéralisme atteint son paroxysme, il nous semble que les frontières qui relèvent de la psychiatrie revêtent plus que jamais un enjeu politique. C'est d'ailleurs le propos de la psychologie critique (critical psychology), un contre-courant qui vise à mettre en lumière le rôle politique de la psychologie (Fox, Prilleltensky, & Austin, 2009). Selon ce courant de pensée, les pratiques et connaissances produites par la psychologie alimentent un statu quo en faveur des dominants. Il convient donc de prendre conscience du rôle politique de la psychologie afin de la mettre au service de l'émancipation humaine et de la justice sociale. Ainsi, plutot que de faire peser sur l'individu le poids de sa souffrance et de ses problèmes, il s'agit de remettre en cause le système en place. Cela rejoint notre propos qui consiste à dire que l'autisme n'est pas problématique en soi. Ce qui est problématique est la façon dont l'autisme est perçu, ainsi que l'incapacité des institutions qui nous régissent à accueillir la différence, quelle qu'elle soit. Nous rejoignons ainsi totalement l’analyse de Labouret (2008) qui dénonce l’individualisation de la souffrance, totalement coupée des enjeux sociopolitiques qui la sous-tendent. Il critique également l’orientation gestionnaire de la politique de soins et la psychiatrisation sécuritaire de la délinquance et de la déviance. Selon Labouret (2008, p. 1) « L’évolution comportementaliste et scientiste (neurobiologique et génétique) de la psychiatrie contemporaine répond aux intérêts du néolibéralisme. Elle autorise ainsi une dérive gestionnaire et sécuritaire visant à renforcer la conformité de chacun et de tous aux normes dominantes. »

La sortie du DSM 5 a d'ailleurs suscité de vifs débats au sujet de la psychiatrisation des différences. Allen Frances (2013), directeur de la rédaction du DSM-IV, a fourni une analyse très critique du DSM-5 dans son ouvrage Saving Normal: An Insider’s Revolt Against Out-of-Control Psychiatric Diagnosis, DSM-5, Big Pharma, and the Medicalization of Ordinary Life (« Sauver le normal : la révolte d’un initié contre les diagnostics psychiatriques incontrolés, le DSM-5, Big Pharma et la médicalisation de la vie ordinaire »). Il dénonce la psychiatrisation outrancière de difficultés qui relèvent en fait de la vie courante, et les risques de surdiagnostic et de surprescription de médicaments que cela entraine. Selon Frances, le DSM-5 a été trop loin en élargissant toujours plus les critères diagnostiques, tout en abaissant les seuils et en ajoutant de nouvelles maladies qui n’en sont pas, comme l’hyperphagie incontrôlée, qui désigne une prise alimentaire importante sur un laps de temps court. En nous inspirant de la psychologie critique, nous pouvons y voir une volonté de normaliser l’individu, de s’assurer qu’il soit fonctionnel économiquement, afin qu’il puisse vendre sa force de travail et consommer.

Notre recherche, ainsi que les éléments de réflexion dont nous venons de nous faire l'écho, doivent nous permettre d'envisager l'autisme autrement. Peut-être pourrions-nous nous nous extraire d'une vision médicale et déficitaire de l'autisme pour le considérer comme un mode de fonctionnement cognitif différent qui doit être respecté en tant que tel. Attention : cela ne signifie pas qu'il faudrait laisser les personnes autistes s'empêtrer dans leurs difficultés, mais simplement que le suivi mis en place ne doit pas se faire dans le but de normaliser l'individu mais bien de l'accompagner vers plus d'autonomie et d'épanouissement. Ainsi, si nous nous intéressons un instant aux prises en charge comportementales de type ABA qui visent notamment à gommer les comportements socialement inadaptés, comme le flapping (battement accéléré des mains), nous sommes en droit de nous interroger. Pourquoi vouloir empêcher un enfant autiste de faire du flapping? Pourquoi chercher à supprimer un comportement qui est pour lui une autostimulation sensorielle agréable et rassurante? Simplement parce que cela ne se "fait pas"? Ne vaudrait-il pas mieux éduquer le reste de la population à plus de tolérance à l'égard de tout ce qui s'écarte de la norme? Ainsi, plutôt que de vouloir "guérir" la personne autiste, nous pourrions conjuguer nos efforts pour changer le regard sur l'autisme et réformer le système dans lequel nous vivons, afin d'avancer vers plus d'inclusion et de respect.


Merci à/pour elle.
Non diagnostiqué, soupçons personnels. RdV avec un premier psychiatre fixé en mars 2019 selon les directives du CRA pour déposer un dossier.

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