Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

Je suis autiste ou Asperger, j'aimerais partager mon expérience. Je ne suis ni autiste ni Asperger, mais j'aimerais comprendre comment ils fonctionnent en le leur demandant.
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Geogaddi
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Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#1 Message par Geogaddi » jeudi 28 février 2019 à 20:04

Bonsoir à tous,

Je viens vers vous pour trouver des conseils adaptés. Pour faire court, un très bon ami est autiste Asperger + THQI. Il est relativement "intégré", dans le sens où il a une situation professionnelle. En revanche, il a un problème avec les autres et ça me fait beaucoup de peine. Il n'arrive pas à garder de relation amoureuse, les filles qu'il rencontrent le voient une fois ou deux et le "retirent" de leurs réseaux sociaux ensuite, il a peu d'amis qui sont pour la plupart soulés de lui dans son dos, et même sa famille commence à le mettre à l'écart. Il a conscience qu'il y a un soucis car il me dit ne pas comprendre pourquoi il n'arrive pas à garder les relations, ça le gêne mais ça ne va pas plus loin.

La raison pour laquelle les gens l'évitent est qu'il n'a pas beaucoup conscience des normes sociales: il ne pose jamais de questions à l'interlocuteur, est très très franc, ne parle que de ses intérêts restreints sans sembler porter attention à l'interlocuteur (il passe vraiment 3/4h à parler non-stop), il n'a aucune conscience des "signes" d'ennui de l'interlocuteur (donc il a tendance à s'éterniser chez les gens, à être un peu envahissant).

Je suis embêtée car on a un entourage commun qui me met la pression pour que j'agisse. J'ai été comme lui quand j'étais enfant et ado puis à force d'observation j'ai compris la très grande majorité des conventions sociales (pour passer inaperçue quelques heures au moins), ses amis et sa famille veulent que je le prenne entre 4 yeux pour lui dire clairement ce qui gêne les autres et comment il doit faire pour y remédier.

Si vous pensez qu'il faut lui en parler, comment? J'ai peur d'être blessante, de ne pas savoir comment faire. Je lui ai bien sûr conseillé doucement d'aller voir un psy spé TSA (puisque ce n'est pas mon rôle non plus, je ne suis pas formée pour ça) mais il ne veut pas, pour lui c'est aux autres de s'adapter, pas à lui.

Bref je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas si je dois dire à l'entourage de le laisser tranquille ou s'il vaut mieux insister pour l'aider à sociabiliser plus. Il ne dit ne pas savoir ce qu'il veut quand je lui en parle. Je n'ai pas envie de faire n'importe quoi ou de le faire souffrir, ce n'est pas parce qu'on est autistes tous les deux que l'on fonctionne pareil.

Merci d'avance ! :)
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lulamae
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Re: Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#2 Message par lulamae » jeudi 28 février 2019 à 20:21

Si je comprends bien, l'"aide" que tu envisages serait de le pousser à demander un diagnostic ? Mais on ne sait pas s'il est autiste, finalement ?
Ca me paraît difficile de le mettre face à ce type de révélation, il vaudrait mieux que le questionnement vienne de lui, non ? Est-ce qu'il souffre de cet état de fait (vie sentimentale) ?
En revanche, ça me paraît "casse-gueule" pour votre amitié de faire le tampon entre lui et ses soi-disants amis hypocrites. Par contre, tu serais fondée à les envoyer promener quand ils le critiquent dans son dos (grr... S'il y a bien un truc que je n'aime pas, c'est qu'on critique quelqu'un que j'apprécie devant moi, ça doit te mettre mal à l'aise !). Ils te délèguent le sale boulot, en quelque sorte.
Je vois ça de l'extérieur, je ne sais pas comment tu le ressens, mais tu n'es pas obligée d'intervenir pour lui demander de changer, en somme. Je ne sais pas quoi dire de plus. :innocent:
Diagnostic TSA en cours à l'hôpital Sainte-Anne depuis juillet 2018 ; recherches génétiques à l'hôpital Necker (éventuel SED) ; HPI en 2016.

"We're all in the gutter, but some of us look at the stars." Oscar Wilde.

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freeshost
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Re: Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#3 Message par freeshost » jeudi 28 février 2019 à 20:31

A-t-il été diagnostiqué ? Connaît-il le spectre autistique ?

Il y a des adaptations dans les deux sens à faire. :mrgreen:

Si ni A ni B ne sont prêts à faire des concessions et autres efforts d'adaptation (par exemple parce qu'ils se croient les rois), ils ne vont pas avoir beaucoup de vie commune. :lol:

Si A fait beaucoup d'efforts pour s'adapter à B tandis que B ne fait pas d'effort pour s'adapter à A, B risque d'en avoir sa claque tôt ou tard.

Si tant A que B font un peu d'efforts pour s'adapter l'un à l'autre, les deux champs d'intérêts se développent et ont alors éventuellement des chances de trouver des points communs.

Les personnes spectro-autistes ne sont pas forcément spécialistes de la réciprocité sociale, de la communication et des interactions sociales. :lol:

Ça ne va pas être facile ni dénué d'efforts pour adapter son expression à chaque autre personne. Ce n'est pas impossible. Cela dit, on n'est pas obligé de placer la barre trop haut. On peut commencer à s'entraîner avec une seule personne, qui connaît le spectre autistique et tout ce qu'il peut impliquer avec, voire qui a une source de motivation commune (un intérêt spécifique commun) avec soi.

Vouloir développer une relation amoureuse, ce n'est pas ce qu'il y a de plus facile. Et ça demande des efforts d'entretien (de la relation). :mrgreen: Ça demande aussi des sentiments naturels et forts dans les deux sens, et pas juste de petites accointances. :lol:

Une des difficultés de beaucoup de personnes spectro-autistes est le small talk.

Tu peux aussi l'amener sur cette page, sur le forum Asperansa. :mrgreen:
Pardon, humilité, humour, hasard, confiance, humanisme, partage, curiosité et diversité sont des gros piliers de la liberté et de la sérénité.

- Ah ! j'ai été diagnostiqué Asperger Haut Potentiel à Cery (CH) en l'été 2014, mais tu le savais. :)

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Re: Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#4 Message par olivierfh » jeudi 28 février 2019 à 21:12

Geogaddi a écrit :
jeudi 28 février 2019 à 20:04
un très bon ami est autiste Asperger + THQI.
[...] il me dit ne pas comprendre pourquoi il n'arrive pas à garder les relations, ça le gêne mais ça ne va pas plus loin.
[...] ce n'est pas parce qu'on est autistes tous les deux que l'on fonctionne pareil.
Si son diagnostic Asperger ne lui a pas indiqué de pistes d'intervention et si tu n'en connais pas parce que toi tu as pu sans ça faire l'apprentissage des conventions sociales, alors en effet ce n'est pas à toi de lui apprendre et c'est plutôt à des endroits comme le CRA ou les associations locales de lui dire qui fait ce genre d'interventions éducatives.
Ou aussi par lui-même il peut s'intéresser à des livres sur cette question comme
"[Livre] Comprendre les règles tacites des relations sociales (Temple Grandin, Sean Barron)".
Ma présentation - HQI (11/2016), TSA de type syndrome d'Asperger (03/2017).
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Re: Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#5 Message par Geogaddi » dimanche 3 mars 2019 à 4:47

lulamae a écrit :
jeudi 28 février 2019 à 20:21
Si je comprends bien, l'"aide" que tu envisages serait de le pousser à demander un diagnostic ? Mais on ne sait pas s'il est autiste, finalement ?
Ca me paraît difficile de le mettre face à ce type de révélation, il vaudrait mieux que le questionnement vienne de lui, non ?
Par contre, tu serais fondée à les envoyer promener quand ils le critiquent dans son dos
Je vois ça de l'extérieur, je ne sais pas comment tu le ressens, mais tu n'es pas obligée d'intervenir pour lui demander de changer, en somme. Je ne sais pas quoi dire de plus. :innocent:
Effectivement, en gros ça fait des années qu'il va de psys en psys jusqu'à passer par les urgences psychiatriques par fois (dépressif chronique et très impulsif), et ça fait plus de 10 ans que la question du TSA est soulevée par plusieurs psys (je veux pas m'avancer mais quand on voit la galère pour trouver qqun de compétent, pour que ça revienne plusieurs fois, c'est que ça doit être assez flagrant...). Je ne suis pas psy mais effectivement, il remplit tout le "tableau clinique" si je puis dire, et je le trouve largement plus en difficulté que moi qui suis diagnostiquée. Il n'a pas été diag officiellement car ses parents sont dans le déni (pour eux il est juste "surdoué"), et il est adulte mais très dépendant de ses parents affectivement, donc s'ils le poussent jamais il ne prendra l'initiative.

Là où c'est compliqué justement c'est qu'il a un questionnement et qu'il en souffre. Il se demande pourquoi les filles le rejettent, pourquoi ses amitiés restent superficielles etc. Quand j'essaye de lui sous-entendre un diag ou juste ses difficultés (de manière très subtile pour pas être blessante donc bon, ça reste peu précis) il est sur la défensive en reconnaissant qu'il est sûrement autiste mais "c'est comme ça et il ne changera pas pour les gens". Là où je ne sais pas où me situer c'est que je vois bien que sa façon de communiquer met vraiment un malaise et un froid à chaque fois, que c'est très unilatérale et qu'en l'état, il ne pourra pas améliorer ses relations. J'arrive pas à imaginer un juste milieu correct entre "une sociabilisation un peu forcée" et le laisser tel qu'il est, au risque que rien ne s'arrange. Et justement, je trouve que ça, ce n'est pas de mon ressort mais de celui de qqun de spécialiste.

Il est évident que je prends sa défense quand les autres le critiquent et que j'appelle à l'indulgence :)

Bref, je suis tiraillée entre l'envie de l'aider car c'est un cercle vicieux, il ne peut pas s'intégrer, donc il est seul, donc il est malheureux mais en même temps s'il rejette un quelconque changement en bloc, je n'ai pas envie d'aller contre sa volonté... Compliqué et paradoxal.
Femme, 24 ans, IDF. Diagnostiquée autiste en février 2019.

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olivierfh
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Re: Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#6 Message par olivierfh » dimanche 3 mars 2019 à 7:50

Geogaddi a écrit :
dimanche 3 mars 2019 à 4:47
il est adulte mais très dépendant de ses parents affectivement, donc s'ils le poussent jamais il ne prendra l'initiative.
[...] il est sur la défensive en reconnaissant qu'il est sûrement autiste mais "c'est comme ça et il ne changera pas pour les gens".
Il semble avoir besoin que tu le pousses par ton expérience du diagnostic, qui ne permet pas de devenir quelqu'un d'autre mais de comprendre pour s'organiser/s'adapter.
Ma présentation - HQI (11/2016), TSA de type syndrome d'Asperger (03/2017).
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misty
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Re: Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#7 Message par misty » dimanche 3 mars 2019 à 13:16

Geogaddi a écrit :Je suis embêtée car on a un entourage commun qui me met la pression pour que j'agisse. J'ai été comme lui quand j'étais enfant et ado puis à force d'observation j'ai compris la très grande majorité des conventions sociales (pour passer inaperçue quelques heures au moins), ses amis et sa famille veulent que je le prenne entre 4 yeux pour lui dire clairement ce qui gêne les autres et comment il doit faire pour y remédier.
Gros piège à mon avis, et situation qui part d'un raisonnement totalement biaisé. Ce n'est pas parce que tu as reçu un diagnostic TSA que tu es (ou as été) comme lui, et à te lire tu ne lui ressembles pas du tout, vous n'avez en rien la même lecture de votre environnement donc vraiment rien à voir. A partir de là, tu n'es pas mieux placée que n'importe qui d'autre.

La position peut te sembler valorisante (vu la manière dont tu expliques le tout), les personnes qu'on sollicite ainsi se sentent parfois importantes ou "chargées d'une mission qu'elle rempliront mieux que les autres car blablabla...". En réalité c'est juste une manière de trouver quelqu'un pour se défausser de ses responsabilités, rien de plus rien de moins.
Je connais cette position car on a essayé de me la faire tenir (dans une autre configuration, et surtout en jouant sur ma grosse tendance à culpabiliser et à porter les ratages de tout le monde), et heureusement que j'avais des professionnels autour de moi pour entraver ma gourde attitude totale. C'est une configuration très toxique à la fois pour toi et pour cette personne dont il est question.
Tu parles de séjours aux urgences psychiatriques, de dépression chronique et d'impulsivité: ça indique une situation très à risque qui peut tourner très mal très vite. Si tu acceptes cette pression et ce rôle qu'on veut te donner, sache que si ça tourne mal tu devras vivre avec un sentiment de culpabilité écrasant dans la mesure où personne ne portera le chapeau à part toi. A mon avis c'est alerte rouge et recadrage impératif avec ces personnes qui te prennent pour une bille.

Il manque beaucoup d'éléments dans ce que tu évoques, donc difficile de dire vraiment, mais il faut savoir que les professionnels donnent rarement un diagnostic à quelqu'un de très fragile qui évolue dans un environnement destructeur pour lui. De ce que tu dis, des parents dans le déni qui comptent sur une bonne poire pour régler les problèmes de leur fils et des amis qui parlent dans son dos et font également appel au 1er "dompteur de fauves" qui passe (sans jamais se mouiller) c'est ce que j'appelle un environnement destructeur. Il me paraît judicieux de garder ça à l'esprit.

D'autre part, je trouve très violent que tu considères cet ami autiste et que tu parles de lui en ces termes alors qu'il n'est pas diagnostiqué. Des personnes ont agi comme ça avec moi et ça m'a fait beaucoup de mal. Vous le considérez tous comme autiste alors que d'une part il se peut toujours qu'il soit autre chose, et d'autre part c'est en contexte médical (et dans certaines conditions) qu'on pose un diagnostic. Cette sorte de "jury informel et profane" c'est très violent à vivre, je peux en témoigner l'ayant vécu.
Il faut aussi se rappeler que même si ce sont des considérations totalement invisibles sur le "web (pseudo)autistique", pour beaucoup d'autistes diagnostiqués adultes le diagnostic TSA est un tremblement de terre, surtout à cause de ce qu'il implique de prise de conscience de soi et des autres. Passer d'une lecture très naïve des interactions sociales à un raisonnement plus éclairé sur ce qu'il y a derrière de malhonnêteté, de mécanismes de manipulation (pas forcément conscients ni voulus), d'hypocrisie et de fossé entre ce qui est dit et ce qui est pensé, c'est juste le monde qui s'écroule totalement.
Ce n'est pas parce que ce n'est pas visible dans les médias et sur les réseaux sociaux que ça n'existe pas.

Concrètement ce que je me permettrais de te conseiller c'est déjà de sortir de cette optique de "civiliser le bon sauvage" que je trouve insultante au possible pour lui, de mettre les points sur les i à ces personnes qui te prennent pour une quiche, et surtout d'accompagner rapidement et efficacement cet ami vers un vrai suivi psy dont il a plus que besoin. Il suffit d'un bon psy, parce que même n'étant pas spécialiste TSA un bon psy l'orientera correctement (vers un diagnostic probablement, mais après avoir préparé le terrain de façon professionnelle), et surtout l'aidera à sortir de l'emprise de ses parents. C'est pratique un enfant fragile parce qu'il a besoin de ses parents et qu'on peut ainsi en faire ce qu'on veut (des psys m'ont expliqué et démontré que cette configuration là est très majoritaire/classique dans les cas de troubles psys divers). Des parents qui veulent garder la main sur leurs enfants n'ont aucun intérêt à leur trouver de l'aide/des solutions pour qu'il s'épanouisse (loin d'eux et de leur emprise, forcément).

Quel âge a-t-il? Lui as-tu parlé du forum?
*Diag TSA*

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Re: Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#8 Message par Geogaddi » dimanche 3 mars 2019 à 17:15

misty a écrit :
dimanche 3 mars 2019 à 13:16

La position peut te sembler valorisante (vu la manière dont tu expliques le tout), les personnes qu'on sollicite ainsi se sentent parfois importantes ou "chargées d'une mission qu'elle rempliront mieux que les autres car blablabla...".
Je me suis surement mal exprimée (j'ai du mal avec ça, je m'exprime souvent mal, désolée), mais je ne trouve pas du tout la situation valorisante ni chargée d'une mission, je te rejoins totalement, je trouve la situation très toxique, je dis d'ailleurs plusieurs fois que c'est du ressort d'un spécialiste car on est différent.
misty a écrit :
dimanche 3 mars 2019 à 13:16
Il manque beaucoup d'éléments dans ce que tu évoques, donc difficile de dire vraiment, mais il faut savoir que les professionnels donnent rarement un diagnostic à quelqu'un de très fragile qui évolue dans un environnement destructeur pour lui.
J'ai évité de donner trop de détails pour pas que le message soit trop long, mais malgré ces phases dépressives, il y a aussi de grandes phases d'accalmie. Les médecins ayant évoqué le TSA ou n'ayant pas nié la probabilité d'un TSA quand mon ami en parlait de lui-même étaient bien sûr des médecins qui le suivaient depuis des mois voire des années et quand il était dans une phase plutôt "bonne". Ce ne sont bien sûr pas des psys d'urgences psy qui ont évoqué cela :) La probabilité avait été évoquée au début de son adolescence et il a grandi avec cette idée-là.
misty a écrit :
dimanche 3 mars 2019 à 13:16
D'autre part, je trouve très violent que tu considères cet ami autiste et que tu parles de lui en ces termes alors qu'il n'est pas diagnostiqué. Cette sorte de "jury informel et profane" c'est très violent à vivre, je peux en témoigner l'ayant vécu.
D'accord avec toi, aussi pour ça que j'insiste plusieurs fois sur le fait qu'il devrait consulter. Ceci étant je tiens à préciser que c'est LUI qui m'a parlé d'autisme et qu'il dit tout le temps "je suis autiste, donc...". Autrement dit, nous ne nous sommes pas érigés en jury à lui "imposer" le diagnostic genre "regarde, tu es autiste", c'est lui qui en parle et le dit, mais pour lui, il n'a pas à changer pour les autres. On est d'accord que ça n'enlève rien au fait qu'il lui faut un diagnostic officiel pour être sûr que c'est ça et pas autre chose (et j'avoue qu'à force je tombe aussi dans le travers à le considérer comme autiste, à force qu'il me le répète et que je retrouve beaucoup d'éléments probants, mais je suis pas spé). Mais voilà, je voulais préciser qu'on est pas en train d'essayer de lui ouvrir les yeux sur son potentiel autisme.

misty a écrit :
dimanche 3 mars 2019 à 13:16
Concrètement ce que je me permettrais de te conseiller c'est déjà de sortir de cette optique de "civiliser le bon sauvage"


C'est totalement ce qui me gêne, j'espère m'être exprimée suffisamment correctement sur le forum pour avoir fait passer ce que je pensais, mais c'est justement ce qui me dérange énormément dans la démarche, le fait de vouloir le "normaliser", comme je le dis dans mes posts, je n'ai pas envie d'aller contre sa volonté et de le forcer à faire certaines choses.
misty a écrit :
dimanche 3 mars 2019 à 13:16
Quel âge a-t-il? Lui as-tu parlé du forum?
Il a 26 ans. Oui, il ne veut pas en entendre parler. (J'ai du mal à le cerner là-dessus, même s'il se dit autiste, peut-être que commencer à fréquenter des forums spécialisés etc deviendrait trop "concret" pour lui, je ne sais pas).

Pour préciser ma pensée, je n'ai pas du tout envie de le faire entrer dans une norme neurotypique dont il ne veut pas, je ne cherche pas à me donner le bon rôle ni quoique ce soit. Je suis d'accord avec le fait que si ça se passe mal, ce sera de ma faute (raison de plus pour qu'il aille consulter), mais l'argument contraire est aussi évoquée, en gros: "tu vois qu'il souffre de sa situation et tu ne lui donne aucune clé pour s'en sortir". Pour ça que je suis coincée.

Même si on est différents, je me rappelle du moment où j'étais un peu pareil à pas du tout comprendre les gens autour de moi et pourquoi tout le monde me rejetait, et je suis tombée ensuite sur un ex-copain et qq amis bienveillants qui m'ont littéralement tout appris et expliqué pourquoi ça ne marchait pas, et je leur en suis reconnaissante.

On est d'accord que c'est bien différent de lui mettre ses 4 vérités en face à face, ça c'est violent et exclu, on est d'accord. J'ai cependant peur de le laisser galérer les bras croisés et qu'il m'en veuille plus tard (c'est un peu le genre sans rentrer dans les détails). Comme il dit il souffre de sa situation mais ne sait pas ce qu'il veut, il "attend un signe", bref, du coup je me retrouve au milieu à culpabiliser de ne pas l'aider plus tout en trouvant ça malsain.
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Re: Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#9 Message par misty » dimanche 3 mars 2019 à 17:37

Geogaddi a écrit :mais l'argument contraire est aussi évoquée, en gros: "tu vois qu'il souffre de sa situation et tu ne lui donne aucune clé pour s'en sortir"
Mais les clés tu n'en as aucune toi-même, donc tu n'as aucune raison de culpabiliser. Et attention à ce "je me rappelle du moment où j'étais un peu pareil", parce que tu peux avoir des perceptions erronées à la fois de ce que tu étais et de ce qu'il est lui.
Comme il dit il souffre de sa situation mais ne sait pas ce qu'il veut, il "attend un signe", bref, du coup je me retrouve au milieu à culpabiliser de ne pas l'aider plus tout en trouvant ça malsain.
Je trouve ça très malsain aussi, et avec les précisions que tu viens de donner je me demande franchement s'il est vraiment autiste ou en tout cas s'il n'a pas un trouble important associé. Ou tout simplement été habitué à ce que tout le monde dise amen devant lui et le critique dès qu'il a le dos tourné (ce qui arrive extrêmement souvent avec des personnes difficiles et impulsives, ce qui fait qu'ils ne peuvent pas comprendre ce que personne ne leur explique en face).
J'ai cependant peur de le laisser galérer les bras croisés et qu'il m'en veuille plus tard (c'est un peu le genre sans rentrer dans les détails).
Il semble participer à ce chantage qui t'est fait, ce que je ne trouve ni autistique ni sain pour toi et pour votre relation.

Si tu consultes toi-même un thérapeute je pense que tu pourrais lui en parler pour avoir son avis, en tout cas perso je te conseillerais de t'éloigner de ces gens. Tu as tout à perdre et rien à gagner car on ne peut pas aider quelqu'un qui ne s'aide pas lui-même, encore moins s'il n'y a que toi qui te mouilles dans l'histoire pendant que les lâches regardent ce feuilleton à l'issue incertaine.
*Diag TSA*

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Re: Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#10 Message par Tea Bo » dimanche 3 mars 2019 à 19:34

Vraiment difficile la situation que tu décris .

Le fait que son entourage attente qq de toi n'est pas effectivement sain. A tout le monde de réfléchir à la situation . Pas à toi uniquement . Je suppose que ses amis savent pour ton diagnostic et donc pensent de fait que tu es la personne habilitée à gérer cette situation ? Beaucoup de poids sur tes épaules .

Si lui aussi est versatile, à tendance à refuser les chose en blocs quand on lui tend la main puis ensuite peut rejeter la faute sur toi, cela peut être aussi difficile à gérer.


Le point positif là dedans pour moi, c'est déja que lui mème est à minimum ouvert là dessus sur le sujet de l'autisme . Le problème étant que d'après ce que tu dis, il ne veut pas aller plus loin pour l'instant et reste visiblement dans l'étape du "je suis peut être autiste, et bien, c'est comme cela et ce sont les autres qui doivent s'adapter à moi" .
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Re: Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#11 Message par Geogaddi » dimanche 3 mars 2019 à 19:52

Oui effectivement, les personnes qui me mettent un peu la pression à son sujet savent pour moi et pensent donc que je peux le "comprendre" et que comme je suis "passée par là", mes conseils seront les bons, puisque eux, je cite "n'ont pas les codes". (Encore une fois on en revient à cette idée que les autistes auraient soi-disant un mode de communication complètement différent des neurotypiques et fonctionneraient tous pareil, ce qui n'est pas le cas. Je peux cependant comprendre qu'ils soient perdus aussi.)

Oui exactement ça, pour lui il l'est très probablement, mais il ne fera pas d'effort pour s'adapter. J'ajoute qu'il est THQI évalué selon les courbes comme faisant partie des "1% les plus intelligents" (évidemment je ne suis pas d'accord avec ça et ai beaucoup de mal pour ça avec l'espèce d'idéal autour du QI mais là n'est pas le sujet), donc en gros son discours c'est "je suis surement autiste, mais c'est aux autres de s'adapter, et en plus comme je suis un génie prouvé, je considère que c'est moi qui ai raison et que ce sont les autres qui sont cons" (sic) (je pense d'ailleurs qu'une part du rejet des autres vient aussi du fait qu'il est très arrogant concernant son statut de THQI, donc ça ne doit pas aider, mais bon)

Après moi je veux juste l'aider et ne pas avoir de remords s'il vient à faire une connerie (car on en est vraiment à ce stade d'avoir peur qu'il se mette en danger) à me dire ensuite "merde, si je lui avais donné des conseils, il aurait pas agi ainsi" blabla. Mais bon je pense que si lui n'est déjà pas réceptif au fait que non, les relations ne sont pas unilatérales et qu'effectivement, une fille qui se retrouve avec un garçon qui ne la calcule pas et ne parle que de lui et de son QI supérieur, n'aura pas forcément envie de poursuivre la relation, je ne peux pas faire grand chose d'autre.

Les amis sont je crois normalement également là pour donner des conseils et aider à se sortir de situations (enfin, dans ma conception en tous cas) mais là comme il a été dit plus haut, je pense qu'il a un profil psy vraiment compliqué qui va au-delà de simples conseils et qui nécessite une prise en charge. C'est un très bon ami, je l'aime beaucoup et ne veux pas le laisser tomber, mais il est vrai que j'avais peut-être sous-estimé la toxicité de la situation.
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Re: Comment aider un ami autiste à s'intégrer?

#12 Message par Evy » dimanche 31 mars 2019 à 21:12

Je dirai que le plus important c'est de savoir comment lui se sent avec cette situation. Lui ne se rend certainement pas compte de la situation, lui en parler ou pas est un choix à faire et personne d'autres ne peut faire ce choix. La question, selon mon point de vue, n'est pas de savoir ce que pense l'entourage qui ne lui explique pas. S?ils voulaient vraiment régler le problème ils pourraient le faire eux-mêmes, mais est-ce que je préfère laisser vivre mon ami dans une illusion qui peut être rassurante ou est-ce que je lui dis la vérité quitte à lui faire mal?

C'est un choix dur et je ne peux donner que mon avis. Je prends l'exemple de mon père qui est aussi asperger, il parle facilement de ses sujets de prédilection mais socialement s'en sort difficilement. Il n'avait pas d'ami jusqu'à son divorce où il a décidé de rencontrer des gens et ces gens lui ont dit certaines choses, comme par exemple que quand il parlait de ses sujets de prédilections il avait tendance à monopoliser la parole. Étonnamment, il l'aine pris et essaye d'y faire attention maintenant. C'est un exemple, mais ce n'est pas parce que ça marche dans un cas, que ça marche dans tout les cas.

Je trouve que l'idée du psy est bien, mais ça comporte une donnée que nous ne savons pas, c'est: de quoi va-t-il parler avec le psy, car ce n'est pas le psy qui lui dira comment se comporter sans qu'il le cherche, la thérapie est en grande partie faite de ce que la personne y met dedans. Il se peut très bien qu'il parle de tout autre chose, des choses qui lui posent problème à lui.

En aucun cas, mon avis n'est pertinent pour que je puisse dire quel choix faire, mais espère que mon commentaire fera réfléchir à la situation.
Je suis Asperger, diagnostiquée depuis plus de 10 ans, je suis aussi HPI

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