Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

Je suis autiste ou Asperger, j'aimerais partager mon expérience. Je ne suis ni autiste ni Asperger, mais j'aimerais comprendre comment ils fonctionnent en le leur demandant.
Message
Auteur
Avatar du membre
PaterFamilias
Habitué
Messages : 77
Enregistré le : dimanche 21 octobre 2018 à 6:23
Localisation : Toulouse

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#16 Message par PaterFamilias » mercredi 12 juin 2019 à 12:03

Hello,

De mon côté (je rappelle que je ne suis pas diagnostiqué), je n'ai pas de problème par rapport au changement, et je n'ai pas de routine (sauf pour des raisons d'organisation) ; j'ai un sens de l'humour développé, porté sur l'humour noir.
C'est plutôt du côté de mes interactions sociales que mon côté potentiellement Asperger peut se retrouver.
Geogaddi a écrit :
lundi 10 juin 2019 à 22:28
...
-Je lis souvent que les autistes ont besoin d'une vie routinière, craignent le changement. Ce n'est pas du tout mon cas.
...
-Je lis aussi souvent que les autistes ne comprennent pas l'humour réciproque ou le sarcasme. J'ai toujours compris l'humour réciproque, ri aux mêmes blagues que les non-autistes. Le seul soucis a été le sarcasme, que j'ai appris mécaniquement, ce n'était pas inné, mais à présent je le comprends et l'applique sans problème quelle que soit la situation...
Y a-t-il des gens dans mon cas?
Premières démarches en cours
HPI d'après ma psy, père de deux HPI (un en cours de diag Aspie)

Space
Habitué
Messages : 93
Enregistré le : samedi 26 janvier 2019 à 10:54

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#17 Message par Space » mercredi 12 juin 2019 à 12:25

Es-tu perméable à tous types de changements Géogaddi ? Mon côté HQI veut que je ne supporte pas la routine dans mon travail (gestes répétitifs, journées toutes tracées... sauf si cela touche un centre d'intérêt) mais paradoxalement j'ai une aversion pour les changements sociaux (nouveau collègue, nouvelle fille dans l'équipe de foot...), d'ordre organisationnel (modification d'une méthodologie...) et de dernière minute (réunion annulée/décalée...).

Quant au sarcasme, personnellement je ne le comprends pas dans le sens où je ne le partage pas (je distingue "comprendre = décoder" et "comprendre = partager/être d'accord"). Je suis incapable d'en être l'auteure et je reste fermée lorsque j'en suis témoin. Le respect est une valeur fondamentale à mes yeux.
10/2019 : diagnostic TSA-Asperger (psychiatre)
09/2019 : pré-diagnoctic syndrome Asperger (psychologue)
12/2016 : diagnostic (T)HQI

Avatar du membre
misty
Forcené
Messages : 4358
Enregistré le : vendredi 23 janvier 2015 à 18:16

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#18 Message par misty » jeudi 13 juin 2019 à 13:32

Geogaddi a écrit :Je comprendrai que tu n'aies pas envie de développer, mais j'avoue ne pas avoir vraiment compris ce qui était choquant.
J'ai personnellement de gros soucis avec le changement (même microscopique), mes routines m'empoisonnent la vie et j'aimerais bien arriver à apprendre à détecter qu'on se moque de moi avant mes 80 ans.
Quand j'ai vu le titre du topic, j'ai directement pensé que j'y lirais des solutions, des pistes, ou des liens vers des analyses pertinentes à ce sujet. Donc j'ouvre, et je commence à lire.

Et en réalité, je vois (résumé un peu grossier): "bon, alors moi en fait, ces difficultés là, je ne les ai pas, celles là non plus, celles là non plus, celles là non plus, non plus, non plus... Ca je gère hyper bien, ça aussi, ça aussi, ça aussi... Tel truc ne me pose aucun souci non plus, tel autre est ok, tel autre aussi... ...Mais je suis fatiguée (ah ben merde alors! :innocent: )"
=>"Mais comment ça se fait que j'ai reçu un diagnostic d'autisme, du coup?" (au hasard: parce que tu es allée le chercher activement et que tu t'es entêtée après un 1er avis négatif argumenté?)

Et le pompon:
mais j'ai du mal à m'y retrouver du point de vue identitaire.
Le fameux "point de vue identitaire". Celui qui me passe à 40 km au dessus de la tête, que je n'arrive pas malgré mes efforts à voir autrement que comme une sorte de "souffrance de l'automoi-sclérosé", et qui cause tant de dégâts dans la perception de l'autisme.
Celui qui fait qu'encore de nos jours des parents s'entendent dire qu'ils "font des histoires/se montent la tête/raisonnent trop en termes de cases-étiquettes" alors qu'ils s'épuisent juste à tenter de faire comprendre les difficultés réelles et majeures de leurs enfants.
Celui qui renvoie les autistes adultes demandant la prise en compte de leurs particularités en contexte pro direct dans leurs buts au motif que "oh hein ça va tout le monde a mal au ventre vous êtes pas le centre du monde/yen a marre de vos jérémiades et revendications d'enfants gâtés/tout ça pour se mettre en avant et faire son intéressant franchement c'est lamentable/etc...etc...etc..."

Imagine toi quelqu'un qui a juste un peu de mal à marcher, à qui on livre (à sa demande) un fauteuil roulant, et qui vient dire "ah quand même ce fauteuil roulant j'ai du mal à m'y identifier d'un point de vue identitaire". C'est pas un peu indécent?

Le malentendu majeur, c'est que le diagnostic autisme c'est une métaphore du fauteuil roulant. Le diagnostic permet d'identifier des choses in-améliorables sans prise de conscience/psychoéducation en amont (ex: quand j'ai découvert la notion de mentalisation via U.Frith et que d'un coup la lumière s'est allumée), c'est sa raison d'être. Et tout ce qu'on met en place par la suite seul ou accompagné représente une sorte de "fauteuil roulant invisible" qui va nous permettre d'évoluer un minimum dans le monde au lieu de se contenter d'y survivre (ou de s'en exclure totalement et volontairement pour les lassés de la "mission survie" permanente).

Les non-autistes projettent tout un tas de choses absurdes sur les autistes, une des pires me semble être ce fameux "point de vue identitaire". A la fois c'est un peu risible, parce que maintenant que les connaissances ont évolué, des aidants/pros se retrouvent à devoir essayer de convaincre des autistes "flagrants" mais qui traînent des diags lourds/hyperstigmatisants mais boiteux genre "schizophrénie atypique/asymptomatique" d'aller chercher un vrai diag (peu y vont parce qu'en fait ils s'en tapent copieusement, des diagnostics et des considérations identitaires); et à la fois les conséquences ne sont pas du tout risibles parce que c'est l'argument majeur quand on veut décrédibiliser un autiste. Autiste qui le plus souvent s'en tape aussi, du diagnostic et de la "composante-automoi", mais qui a besoin d'aide adaptée.

Ce qui me choque c'est ça, et le fait que plus ça va plus je considère que ces questions identitaires ne sont rien d'autre que des projections de non-autistes (hors codes sociaux/normatifs la notion d'identité n'a pas vraiment de sens en soi).
Que quelqu'un vienne ici vampiriser le temps et l'énergie de parents et d'autistes adultes qui galèrent déjà à mort avec de telles considérations superficielles et contextuellement absurdes me dérange. Que ce soit fait de manière aussi décomplexée, sur un topic qui annonce totalement autre chose (littéralement, en tout cas), me choque carrément.
Voilà, désolée. :innocent:
*Diag TSA*


"You, sent out beyond your recall,
go to the limits of your longing.
Embody me.
Flare up like a flame
and make big shadows I can move in.
Let everything happen to you: beauty and terror.
Just keep going. No feeling is final..."

EnHans
Forcené
Messages : 1057
Enregistré le : lundi 19 septembre 2016 à 9:43

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#19 Message par EnHans » jeudi 13 juin 2019 à 15:08

Je comprends tout à fait Misty. J'espère que l'auteur du topic aura le recul nécessaire. C'est délicat de donner le fond de sa pensée... sans blesser autrui. C'est difficile pour tout le monde, autiste ou nt. Je maintiens mon impression que Geoggadi peut avoir une mauvaise perception : parfois on peut croire réussir un entretien d'embauche alors que non... on peut croire avoir des amis alors qu'ils te trahissent sans scrupules aucun... Par contre pour le fait de garder un travail, en effet, c'est factuel. Ou alors je me trompe complètement sur le sa, c'est possible aussi.
début d'une démarche diag pour moi
un enfant diag en 2012

Avatar du membre
hazufel
Modératrice
Messages : 3508
Enregistré le : vendredi 17 mars 2017 à 15:06

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#20 Message par hazufel » jeudi 13 juin 2019 à 15:56

Quand ton entretien d'embauche débouche sur un poste, c'est que tu as réussi. Si tu n'as pas le poste, tu ne dis pas que tu as réussi l'entretien d'embauche :innocent:
Pour les amis, l'évocation du sujet par Peter Vermeulen est intéressante, car il cite des autistes qui viennent à ses ateliers et qui disent avoir des amis. Ensuite quand il leur demande, combien de fois avez-vous été invité à un anniversaire / repas chez eux cette année ? Ou sinon depuis quand l'avez-vous été ? Ben, là d'un coup, tu te rends compte si tu as des amis dans ta tête ou en vrai... Parce que les réponses sont en général, très loin de la réalité de ce qu'on imagine être de l'amitié. Parce qu'il n'y a aucune invitation dans l'année, voire dans les cinq précédentes...
Là, la réalité tu l'as en direct.
Diagnostiquée TSA type Asperger,
3 fils dont des jumeaux diagnostiqués TSA type Asperger.

EnHans
Forcené
Messages : 1057
Enregistré le : lundi 19 septembre 2016 à 9:43

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#21 Message par EnHans » jeudi 13 juin 2019 à 16:59

Bonjour Hazufel, pour moi, c'est possible de réussir un entretien d'embauche et de ne pas avoir le poste... pour x raisons : un meilleur candidat (ce qui ne signifie pas nécessairement que tu as échoué, il y a juste quelqu'un d'un peu meilleur), le choix peut se porter, en partie, sur autre chose que l'entretien en lui même... Puis ça reste un choix humain : Loin de moi l'envie de remettre en cause la qualité des tous les drh/recruteurs ou autres mais parfois j'ai constaté des choix dénués de bon sens. J'ai discuté quelque fois avec des gens qui faisaient passer des entretiens d'embauche, j'en ai déduit que c'était aléatoire parfois.
Parce qu'il n'y a aucune invitation dans l'année, voire dans les cinq précédentes...
Là, la réalité tu l'as en direct.
En effet
début d'une démarche diag pour moi
un enfant diag en 2012

Avatar du membre
hazufel
Modératrice
Messages : 3508
Enregistré le : vendredi 17 mars 2017 à 15:06

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#22 Message par hazufel » jeudi 13 juin 2019 à 18:32

Mikkel, si tu n’as pas le poste tu ne peux pas savoir si tu as réussi l’entretien. Si tu dis l’avoir réussi c’est que tu as eu le poste. :innocent:
Le recruteur te donnera jamais la vraie raison de toute façon...
Diagnostiquée TSA type Asperger,
3 fils dont des jumeaux diagnostiqués TSA type Asperger.

Avatar du membre
Zebra3
Fidèle
Messages : 134
Enregistré le : samedi 31 décembre 2016 à 18:57

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#23 Message par Zebra3 » dimanche 16 juin 2019 à 0:35

Il parle du ressenti perso, pas de s'i la le poste ou non. Parfois on sent si on n'a pas été bon (dire une connerie, aligner des blancs à répétitions, transpirer, etc) ou au contraire si on a été à l'aise (connaissance du poste, aisance sans se laisser aller, etc), ce qui ne signifie pas pour autant qu'on aura le poste.

Vous n'avez pas la même approche du mot "réussir" dans le cas présent :wink: .
Un peu comme gagner la course ou, sans forcément gagner la course, battre son propre record.
Statut : Proche d'éventuel(s) aspie(s) et/ou TDA/H. Personnellement, probable tendance TDA, doué, zébré :mryellow: éventuellement tendance aspie. Je vais peut-être faire un bilan neuropsy...

EnHans
Forcené
Messages : 1057
Enregistré le : lundi 19 septembre 2016 à 9:43

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#24 Message par EnHans » dimanche 16 juin 2019 à 7:44

J'aime beaucoup ta référence au sport :D
début d'une démarche diag pour moi
un enfant diag en 2012

Gianna
Fidèle
Messages : 131
Enregistré le : jeudi 31 août 2017 à 23:43

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#25 Message par Gianna » dimanche 16 juin 2019 à 18:09

Geogaddi a écrit :
lundi 10 juin 2019 à 22:28
J'ai été diagnostiquée autiste récemment, et je suis encore dans cette phase où je lis des témoignages pour essayer de me retrouver et m'approprier ce nouveau diagnostic.
Je me reconnais sur cet aspect là de ton témoignage car moi aussi mon diagnostique est récent.

Après la stupeur et le choc de la restitution, et pour moi ça a été très violent, il y a le temps de l'assimilation et ce n'est pas si facile que ça. Il m'arrive souvent de me réveiller le matin et d'avoir l'impression que ce n'a été qu'un mauvais rêve, qu'en fin de compte je me trouve assez normale et que même sur tel ou tel point je ne m'en sort pas si mal que ça. Ceci dit la journée commence et dans le déroulé du quotidien, chaque jour, je pourrais même dire chaque heure, mes difficultés me sautent à la figure et me ramènent au réel et je ne peux plus nier ce qui par les faits redevient évident.

Et pourtant le lendemain matin à nouveau le tout peut recommencer à me sembler comme irréel. Je me dis que je ne perçois mes difficultés qu'une par une, lorsqu'elles surviennent, alors je n'arrive pas encore bien à en avoir une vue d'ensemble et à les rattacher au TSA comme tel. Mais le bilan diagnostique sert à ça, à lister toutes les difficultés rencontrées, à objectiver le tout et à en donner un compte rendu global. Il faut y revenir, le relire même si ça fait mal et l'intégrer petit à petit.

Là ça n'engage que moi et je ne sais pas si tu es concernée, mais je pense aussi que la tentation du déni n'est jamais loin, surtout quand on a grandi dans un milieu plus ou moins élitiste, où la réussite sociale est (sur)valorisée. Au delà de la négation pure et simple du diagnostique, le déni peut prendre des formes plus subtiles, du genre : "Ok je suis autiste mais je peux tout faire comme les autres (ou presque)" ; ou bien "L'autisme c'est quelque chose de glamour" ; ou encore : "L'autisme ce n'est pas vraiment un handicap mais ce n'est qu'une différence comme tant d'autres etc. blablabla".

En tout cas comme d'autres l'ont déjà dit, le voyage ne semble pas en totale contradiction avec le TSA (cf. Josef Schovanec et ses récits de personnes autistes en voyage). Pour la petite histoire lorsque j'avais la vingtaine j'ai voyagé seule au Proche Orient, et ensuite j'ai toujours beaucoup voyagé. Par contre j'ai vécu mon dernier déménagement comme un véritable cataclysme et 5 mois plus tard je ne m'en suis pas encore remise.
Diagnostiquée TSA

Clovis
Forcené
Messages : 510
Enregistré le : samedi 2 mai 2009 à 20:36
Localisation : Ouest

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#26 Message par Clovis » dimanche 16 juin 2019 à 18:53

Ton message me touche beaucoup Gianna.

Ces difficultés qu'on voudrait nier après avoir travaillé si dur à les résoudre et à les cacher mais qui malgré tout vous reviennent sans cesse en pleine figure... C'est à désespérer. Je crois pourtant avoir fait beaucoup pour y croire, ne pas sombrer dans l'aigreur, la misanthropie ou la haine de moi...

Je crains parfois d'en devenir vraiment fou, de ne plus arriver à tenir le masque, de sombrer pour de bon. C'est ce qui ma fait franchir le pas de la démarche diagnostic.
Pré-diagnostic va dans le sens du TSA, en attente restitution bilan psychomoteur et sensoriel, rendez-vous psychiatre en janvier 2020.

Gianna
Fidèle
Messages : 131
Enregistré le : jeudi 31 août 2017 à 23:43

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#27 Message par Gianna » lundi 17 juin 2019 à 0:06

Courage Clovis, tiens bon, de ces luttes intérieures je trouve qu'on apprend aussi beaucoup, même si parfois en apparence on ne faisait que tourner en rond. C'est pas la peine de culpabiliser en plus de ça :kiss:
Diagnostiquée TSA

Avatar du membre
lulamae
Forcené
Messages : 3250
Enregistré le : dimanche 25 février 2018 à 15:10
Localisation : Nantes (44)

Re: Autisme et crainte du changement, routines et sarcasme

#28 Message par lulamae » lundi 17 juin 2019 à 0:28

Clovis a écrit : Je crains parfois d'en devenir vraiment fou, de ne plus arriver à tenir le masque, de sombrer pour de bon. C'est ce qui ma fait franchir le pas de la démarche diagnostic.
Même combat… Mais c'est pire depuis que j'ai eu les bilans neuro-psychologiques. Avant je n'avais pas du tout conscience de me perdre, porter un masque, etc... J'ai vécu dans une totale cécité mentale sur mon fonctionnement, à peine si je me sentais "habiter" en moi, je guettais tout à l'extérieur pour essayer de savoir "ce" (ou "qui") j'étais. Et évidemment je me laissais raconter n'importe quoi sur moi.
Cela alternait toutefois avec des moments de lucidité aiguë, mais toujours un peu à côté de la plaque. Franchement, j'ai l'impression de démarrer ma vie, d'avoir encore deux ans d'âge mental. :innocent:
Et ça crée un grand décalage avec mon âge réel, ça aussi, j'ai du mal à le vivre, je me sens ridicule.
Diagnostic au C3RP (Sainte Anne) le 31/07/2019 : indication d'autisme de haut niveau.

"We're all in the gutter, but some of us look at the stars." Oscar Wilde.

Répondre