Crises, meltdown/shutdown...

Je suis autiste ou Asperger, j'aimerais partager mon expérience. Je ne suis ni autiste ni Asperger, mais j'aimerais comprendre comment ils fonctionnent en le leur demandant.
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Aliocha1
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Re: Crises, meltdown/shutdown...

#211 Message par Aliocha1 » mardi 1 septembre 2020 à 23:12

Bonsoir,
Je me posais quelques questions à propos des meltdowns et je n'ai pour l'instant rien trouver de précis en faisant des recherches... Peut-être pourriez-vous m'aider à y voir plus clair. Je me demandais notamment si ces crises étaient toujours brèves ou bien si celles-ci pouvaient durer plusieurs jours ?
Aussi, est-ce qu'elles s'apparentent à une forme de dépression au niveau des symptômes ou bien cela n'a rien à voir ?
Merci d'avance pour vos réponses.
En questionnement.

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RedMacbeth
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Re: Crises, meltdown/shutdown...

#212 Message par RedMacbeth » mercredi 2 septembre 2020 à 21:58

Aliocha1 a écrit :
mardi 1 septembre 2020 à 23:12
Je me posais quelques questions à propos des meltdowns et je n'ai pour l'instant rien trouver de précis en faisant des recherches... Peut-être pourriez-vous m'aider à y voir plus clair. Je me demandais notamment si ces crises étaient toujours brèves ou bien si celles-ci pouvaient durer plusieurs jours ?
Je ne suis pas certain-e, mais il me semble que les meltdowns durent rarement plusieurs jours. La meilleure comparaison que j'avais vue était que ces crises étaient comme des volcans :
On a le grondement, évocateur, annonciateur de la crise. A ce stade, le meltdown est évitable, il faut trouver la cause et en éloigner la personne autiste/résoudre le problème. Bien sûr, ce n'est pas toujours faisable. On la sent plus agitée, plus irritable, prête à exploser.
Ensuite, l'éruption : la crise en temps réel avec cris, éventuels coups et violence... Il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre que ça passe.
Puis la phase de récupération : selon la personne, ça peut-être de s'isoler, de dormir, de culpabiliser...

C'est effectivement ce que je ressens pendant toute la phase "meltdown". Pour cette raison, je dirais que non, ça ne dure pas plusieurs jours. Déjà, parce que c'est complètement éreintant et que le corps n'aurait pas l'énergie. En revanche, ces meltdowns peuvent être quotidiens et durer deux heures, on peut monter à plusieurs par jour...

Je dirais en revanche qu'un état pré-meltdown peut durer plusieurs jours. Irritabilité, impossibilité de contrôler les émotions et réactions... Mais pas l'explosion en tant que telle.
Aliocha1 a écrit :
mardi 1 septembre 2020 à 23:12
Aussi, est-ce qu'elles s'apparentent à une forme de dépression au niveau des symptômes ou bien cela n'a rien à voir ?
Ah, la question est complexe. Ca dépend des symptômes de dépression dont tu parles. Une dévalorisation excessive peut me mener à un meltdown "Je ne sais rien faire de bien" => Explosion plus tard, automutilation, expliquer en détail et en cris pourquoi je suis une atroce personne.

En revanche, pour être aussi dépressive, je dirais que la dépression est plus vicieuse, plus latente, qu'elle donne une sensation de vide et d'inutilité quand le meltdown serait un trop plein d'émotions et de ressentis.
Officiellement diagnostiquée avec un Trouble du Spectre Autistique.
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piedsboueux
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Re: Crises, meltdown/shutdown...

#213 Message par piedsboueux » jeudi 3 septembre 2020 à 8:19

C'est ça le coco vide pour le jeu de mot de quelques post en arrière.
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C'est ce qui empêche le véritable contact social, un peu comme le covid, sauf que là c'est le coco-vide c'est pire.

C'est ce qui reste de la conscience une fois chargée la couche de compulsion de survie destinée à se montrer comme quelqu'un "de bien" au regard social, et se protéger contre les risques d'attachement affectifs et donc de souffrance émotionnelle en tant que révélation de soi: l'un des aspect de ce coco vide est "le fire wall anti amitié": éviter l'Amour dans l"'amitié" dont en rester à la relation "de travail" (c'est à dire sans attachement ni ressenti de dépendance ni confidence sur SOI),

Le meltdown était dans mon vocabulaire une "crise clastique"

La crise "pyroclastique" est une nuée ardente destructive, en mouvement, une "avalanche", cela signifie que "crise clastique" est une crise de destruction, effondrement, avalanche

C'est une décompensation de stress, qui survient peut être plus facilement dans des conditions propices à la décompensation, après plutôt que pendant l'exposition au stress, ou par accumulation.

Quand j'ai eu la chance d'accéder à la possibilité d'être serré fortement dans les bras, par l'aide d'un ami qui me fascinait par sa force (il était plus grand, plus fort et plus lourd que moi et était fascinant par son aptitude à être communiquant en société) pouvait me maintenir, je pouvais me débattre dans ses bras sachant qu'il me tiendrait toujours (sentiment de protection, de sécurité), je me suis débarrassé d'un contenu émotionnel très lourd associé à de la souffrance cumulée en enfance, c'est comme si c'était la première fois de ma vie que j'étais enfin consolé et mes crises se sont transformés en sanglot intensifs (peut mouiller 3 couches de vêtement, pas quelques larmes), et c'était une jouissance infinie plutôt que de la souffrance.

Mes demandes de pratiquer cela avec des thérapeutes aboutirent toujours à "tu ne peux compter que sur des amis" ou "il faut aller en inde".

Cela n'a pas réduit mon hypersensibilité sensorielle ni mes besoins de ressourcement, mais a changé pas mal de choses "psychologiques" du coté de l'urgence affective et du ressentiment global contre "tout". Le manque de ces étreintes et de contact fort subsiste avec moins d'urgence et j'aimerais le pratiquer encore régulièrement (par exemple une heure par semaine) mais je ne trouve pas d'autre aide (encore moins depuis le coco-vide) qui accepte de me serrer dans ses bras pour continuer pour de temps en temps décompenser du stress cumulé.
Il faut avant l'étreinte pratiquer une hyperventilation légère (pas au point de s'évanouir), si c'est répété quelques fois et se fait régulièrement ça me fait pleurer beaucoup me soulage.. Pour que ça marche il faut que ça soit régulier, comme pour prendre un rythme, ça ne doit pas être décousu.
Le temps a passé depuis que j'ai pu faire cela sérieusement, je ne sais pas si ça me ferait pleurer à nouveau.
Celui qui m'avait aidé miraculeusement était un étudiant en psychologie révolté par ses études et dégoutté de ce qu'il apprenait de la psychanalyse et on avait convenu, après l'expérience d'une consolation spontanée de sa part qu'il m'avait donné, de continuer cela à fond comme pour un jeu, pour faire le contraire d'une psychanalyse. Le problème d'en parler intellectuellement (en parler sans le faire carrément), c'est que c'était assimilé à de la psychanalyse et donc rejeté pareillement, en bloc.

Préparer cela demande peut être beaucoup de travail: pour ma part, j'ai fait quelques années de pratique de méditation, consistant à toujours recentrer sa vigilance sur les perceptions sensorielle du présent et considérer toute pensée développée comme distraction (cela ne résout pas l'hypersensibilité ni la fatigue, mais peut révéler la paranoïa perceptive qui s'associe, dans le cas d'une couche bordeline acquise): le désir sexuel est d'ailleurs à traiter de la même façon que la pensée verbale, il faut faire cette pratique pour en discerner la nature et ne pas en avoir peur, en parler n'aboutit à rien. Dans la pratique des étreintes, je me focalisais sur les perceptions en évitant la concentration sur un détail: tout ressentir sans fixation. Je ne sais pas si cette pratique des étreintes pourrait "fonctionner" sans cette pratique de méditation préalable acquise comme un réflexe.

Je connais cependant un jeune autiste qui s'est métamorphosé d'une pratique quotidienne des étreintes déclenché par mon "histoire" avec le compagnon (pas son père) de sa mère, il n'a pas spécialement fait de méditation, mais il accède aux étreintes à volonté, tous les soirs, ou dans la journée en cas de remontée de stress, sans manque, et à temps, à l'adolescence (c'est très tardif de le faire à 40-50 ans). Le changement a été tel (plus d'assurance dans la vie, réussites de projets au lieu d'être éternel aspirateur, changement d'apparence physique et de posture) que la mère veut en écrire un livre, on pourra peut être le citer dans l'avenir.
Diagnostiqué Asperger vers 37 ans (2007)

Aliocha1
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Re: Crises, meltdown/shutdown...

#214 Message par Aliocha1 » jeudi 3 septembre 2020 à 16:57

Merci pour vos précisions (et pour ton témoignage très intéressant sur les étreintes, piedsboueux). Il y a beaucoup de choses sur lesquelles j'aimerais rebondir mais j'ai du mal à faire le tri dans toutes ces informations. Je vais tout de même essayer :

Les meltdowns peuvent donc, selon la personne s'apparenter à des sortes de crises de fureur très brèves, c'est bien cela ?
Mais si vous pouvez pressentir qu'une crise peut potentiellement arriver (et donc faire en sorte de l'éviter), est-ce que pour autant vous êtes conscients du moment où s'opère la bascule ou c'est quelque chose qui fait littéralement irruption, à vos dépens ? (Je ne sais pas si ma question est très claire ?)

@piedsboueux : quel genre de méditation pratiques-tu si ce n'est pas indiscret ? Ça fait un moment que je songe à m'y essayer du fait de mon anxiété mais je ne sais pas trop par où commencer, je n'y connais pas grand chose.
En questionnement.

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piedsboueux
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Re: Crises, meltdown/shutdown...

#215 Message par piedsboueux » jeudi 3 septembre 2020 à 18:23

@piedsboueux : quel genre de méditation pratiques-tu si ce n'est pas indiscret ?
C'est shiné et Vipassana.
Shiné est juste pour le calme mental (ne pas penser, avoir le réflexe d'être vigilant sur sa respiration), Vipassana est l'attention vigilante qu'on peut maintenir après avoir fait shiné: la perception de tout ce qui présente quand on n'a pas un flux de pensée verbale qui occulte tout.

Je pense que c'est plus facile pour un autiste qu'une personne neurotypique en raison de la prédominance des perceptions.

Shiné est assez proche de la pratique de l'aviron (c'est une pratique de concentration sur sa respiration et la posture): ne pas faire "plouc", tenir la posture sinon le bateau n'est pas stable, synchroniser la respiration, j'ai d'ailleurs utilisé l'aviron pour "méditer".
La posture en lotus sert à maintenir la vigilance; tout relâchement corporel avertit qu'on devient distrait. Il ne faut pas tenter de le faire longtemps mais bien: c'est comme l'aviron, si on n'est pas dans un bon lotus c'est comme un bateau qui ne glisse pas bien, la différence c'est de ne pas faire de la concentration dans un but de compétition-performance mais d'accès à la sensation sans la recherche de performance.. Les sportifs passent de peu à coté car si ils pratique la concentration ils le font dans une identification à la performance qui occulte l'accès à la sensation-émotion (et fait écran et sert de pare-émotion salutaire quand on est en névrose mode "ne veut pas le savoir")

La différence qui est apparue avec les neurotypiques, c'est qu'ils occultent leur perceptions plus facilement par le mental ou s'induisent plus facilement des pseudo perception par le mental ce qui d'ailleurs est une autre forme de méditation pour déplacer ces émotions dans une symbolique pour les décharger plus tard avec des pratiques (visualiser des symboliques chargées émotionnellement par une pratique d'accumulation, associé à un mantra, des offrandes, visualiser le bouddha, la nature de bouddah), je ne pratique pas cela: en fait c'est une pratique de "transfert" pour avoir un langage émotionnel: ce n'était pas adapté à mon cas: cela est pour les non-autistes: il faut se servir d'une culture, d'une symbolique et de toute l'identification, je me suis vite rendu compte que ça ne pouvait pas fonctionner et que le seul truc qui semblait jouable était "le tantra"..

Les autistes se protègent des émotions plus par l'isolation mentale que par le refoulement. Pour se "protéger", il est "bon" d'utiliser un mantra: la répétition obsessionnelle de ce mantra associée à sa représentation symbolique est censé apporter un investissement affectif et émotionnel tel qu'une catharsis par accumulation peut être programmée à la récitation de la 100.000 eim répétition par exemple.
Mais l'erreur communément perpétrée, c'est de se servir du mantra comme pare-émotion et de je jamais placer dessus l'enjeu émotionnel, tout simplement par manque de passion, pour pouvoir se servir de son accumulation, et l'effet est alors contraire à celui-recherché, ça rend juste con.

J'ai mieux aimé l'idée d'associer un investissement émotionnel (le désir et donc l'émotion d'être serré dans les bras) à une sensation physique: la prosternation par exemple: avant de faire quelque chose d'important, il est d'usage d'en faire 100.000 pour se préparer, ce qui représente l'équivalent de 8500 km de pèlerinage en rythme de course de fond à pieds ou d'aviron à 70% du métabolisme maximal et à une véritable préparation physique qui a son importance.
J'ai utilisé cela en tant que sport d'intérieur ainsi qu'un ami: à elle seule la préparation physique peut préparer les conditions favorables à une catharsis, avec en prime, une condition physique qui rend prégnante la sensation car on perçoit mieux la sensualité en état athlétique). En passant j'ai crût remarquer que l'une des technique de pare-émotion associée au refoulement est de s'interdire un câlin par somatisation en devenant tout simplement gros (distance entre la peau et le corps, et une forme de surpoids particulière, être enrobé et bouffi de partout, pour moins sentir ce qui est impliquant, comme être habillé même tout nu).

Mais là aussi, le poids de l'imaginaire qui devrait être associé à toutes ses pratiques me manquent: c'est déroutant de voir comment les neurotypiques s'imprègnent de leur imagination pour se faire du bien avec "des idées". Pour le mantra j'ai plutôt choisi celui-là

Le "magnétiseur" -"Alors, ça y'est, tu l'as choisi, ton mantra".
Moi, "- oui"
Le "magnétiseur" surpris... "Ha? t'a trouvé... c'est lequel"
Moi, "- c'est pi"
Le "magnétiseur"... Et bien là, sur ce coup là tu m'a bien eu!


J'ai tenté le yoga du rêve, il n'est vite apparu que je n'était pas incarné même dans mes rêves et donc incapable jusqu'à là de concevoir la sensation d'un câlin, c'était typiquement autistique (vivre à coté de la vie même en rêve), je ne pouvais même pas concevoir la sensation d'un câlin au point de le "vivre" en rêve alors que j'en sentais le besoin, ce qui m'a incité à faire l'expérience réelle dans la vie, me faire serrer dans les bras tout en étant en méditation pour le recevoir au lieu de le ressentir par l'imaginaire et le rêve comme font les autres pratiquants qui se contente de cela pour ne dépendre de personne (j'ai même préparé la pratique de chialer-dans-bras par des jeun prolongé et des voeux de silence pour mieux ressentir ce que cela fait), on a un corps c'est le moment de s'en servir pour expérimenter la vie, et des étapes de la vie doivent être faite en impliquant sont corps, au moins pour se construire son expérience de vie: le tantra est une pratique physique de réparation codifiée pour des gens qui ont été massés enfants, ont eu des câlins dans la fratrie, et ont eu des expériences sexuelles dans une culture, ça ne m'a pas paru adapté, mais je l'ai expérimenté avec une amie quand même pour essayer, seule la partie dite "processus de naissance" me convient et ca laisse penser que ce qui doit être réparé est bien un trouble "péri-natal" (autour de l'expérience de naissance).

Il faut être pour tout ça en bonne santé, avoir un lieux de ressourcement pour faire cela, sinon, bien que c'est théoriquement possible d'éviter le stress par de telles pratiques, la pratique en elle même demande de la disponibilité et de l'énergie c'est pas pour rien qu'on fait les monastères dans des endroits calmes.

Le centre bouddhiste où j'ai eu cet enseignement construisait le centre de retraite de 3 ans, il y avait une VMC bruyante qui faisait entendre son moteur dans le temple, je doute de la qualité de la retraite, si je l'avais tenté ça aurait été un sérieux obstacle.... oublié l'idée en participant au chantier de construction de ce centre.
Diagnostiqué Asperger vers 37 ans (2007)

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