Evolutions de la classification - DSM V

Toutes discussions concernant l'autisme et le syndrome d'Asperger, leurs définitions, les méthodes de diagnostic, l'état de la recherche, les nouveautés, etc.
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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#91 Message par Jean » dimanche 3 avril 2011 à 23:01

manu a écrit :C'est tellement évident que les classement suivent à retardement l'histories des mises en évidences, une fois qu'elle sont bien considérées comme des évidence par une large majorité dans le milieux psychiatrique
Effectivement, c'est le principe de ces classifications de venir lorsque des évidences se sont dégagées (ils appellent çà un "large consensus").

Pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté (je peux me planter dans la traduction), je reproduis le texte original :
Both DSM IV and ICD 10 subdivided autism spectrum disorders (previously called pervasive developmental disorders) into several subcategories. The DSM V Child and Adolescent Psychiatry Working Party has recently suggested that all subdivisions be removed, leaving a single broad category of autism spectrum disorders (see Rutter, in press). They rightly argued that the sub-classification has not worked in practice. However, the removal of all subcategories presents difficulties.
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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#92 Message par manu » mercredi 6 avril 2011 à 10:09

Oui, mon inquiétude se confirme : Les travaux de Lorna Wing sont méconnu ou pire, ignoré!

Le texte original qui se veux hyper complet sur les références scientifiques n'en parle pas du tout...

L'actualité du DSM V c'est bel et bien l'intégration des travaux de cette dernière, à savoir la mise en évidence du syndrome d'asperger comme une entité distincte de celle identifié par kanner (1981) mais au sein d'une continuité identifié par les trois critères devenue critères de références (1983)

Pour mémoire Hans Asperger, lui, avait fait un travail semblable a celui de kanner, il avait historiquement œuvré a isolé un trouble distinct de la schizophrénie. Les deux était des troubles qualifiés avec l'adjectif autistique (pas autisme).

Comment un papier scientifique peut réfléchir sur le sujet sans même évoquer ces travaux?
Est-elle une paria? Ces travaux dérangent?
Ou il sont simplement méconnu alors même qu'il sont le fondement même des consensus actuels?
Je comprend pas.

Si quelqu’un à un début d’explication je suis preneur, par ce que c'est pas propre à ce papier cette position, et j'arrive vraiment pas à comprendre comment on puissse méconnaître a ce point le sujet qu'on traite.

J'ai peur en fait qu'il y ait une forte composante de dénie pour expliquer ça, mais le dénis de quoi et pour quel raison j'en ai pas la moindre idée...
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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#93 Message par manu » mercredi 6 avril 2011 à 11:20

Jean a écrit : Pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté (je peux me planter dans la traduction), je reproduis le texte original :
Both DSM IV and ICD 10 into several subcategories. The DSM V Child and Adolescent Psychiatry Working Party has recently suggested that all subdivisions be removed, leaving a single broad category of autism spectrum disorders (see Rutter, in press). They rightly argued that the sub-classification has not worked in practice. However, the removal of all subcategories presents difficulties.
Il n'y a pas d'ambiguïté de traduction sur ce que je relèves :
Il parlent bien de supprimer les subdivisions au sein du spectre autistique, or c'est faux.

" subdivided autism spectrum disorders (previously called pervasive developmental disorders) "
-> C'est actuellement, et pas dans le passé, qu'il est question de trouble envahissant du développement (pervasive developmental disorders).
-> Il est question justement d'avancer vers la notion de spectre autistique, donc de hisser le classement vers la notion de continuum mise en évidence pas Lorna Wing.

Le problème est limpide : le continuum est très clairement l'enjeu, et faire croire que le principe de spectre autistique est déjà en application dans les classement alors que c'est pas le cas permet de laisser croire que c'est déjà un acquis, et qu'il est en péril, or c'est précisément le contraire.

C'est en 2009 par exemple que autisme Europe a commencé a dire que le principe de trouble du spectre autistique tendais a s'installer. C'est en cours. C'est maintenant. C'est l'état actuel du consensus. C'est pas encore dans les classements.

Il y a surement des point important en cause, pointé par cette possibilité de perte de distinction clinique, je veux bien, mais c'est malhonnête et ça interdit toute réflexion sensé de laisser croire que le but est de casser les subdivisions au sein du spectre autistique. C'est faux faux et re-faux puisque cette notion de spectre autistique n'est pas actuellement dans les classement, ni CIM10 ni DSM_IV!
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#94 Message par Jean » mercredi 6 avril 2011 à 22:54

Tu as raison. Par contre, je ne vois pas en quoi ce raccourci inexact vise à accréditer une thèse.
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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#95 Message par manu » mardi 12 avril 2011 à 11:31

Accréditer une thèse je ne vois pas non plus.
Refuser d'en accepter une autre par contre ça colle parfaitement.

Ce qui est en cause ici, sans que personne n'ose le formuler clairement, c'est l'unité autistique comme effet adaptatif.

Une unité d'agencement particulière, plus ou moins fonctionnelle suivant les degrés et les situations, mais en tout cas distincte de la norme, et pas nécessairement lacunaire par nature.
C'est ça la boite de pandore qu'a ouvert Lorna Wing (selon ces propres mots) et qui a pour effets de révolutionner tous les cassements.

Cette unité démontre qu'il y a les cause d'un coté et les effets de l'autre.
C'est ça qui est refusé.
L'autisme, ou plutôt le spectre autistique est définie pas une triade mis en évidence en 1983.

Pourquoi les troubles dont on connais la cause (comme le syndrôme de Rett) devrais en être exclus?
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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#96 Message par Jean » mardi 12 avril 2011 à 20:20

manu a écrit :Pourquoi les troubles dont on connais la cause (comme le syndrôme de Rett) devrais en être exclus?
Parce que celà reste une classification des "troubles mentaux".

La trisomie 21 ne fait pas partie de cette classification pour le même motif.

Je pense que l'autisme disparaîtra de la DSM, comme l'homosexualité, mais avec quelques dizaines d'années de retard.
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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#97 Message par Jean » mercredi 13 avril 2011 à 22:05

Les connaissances génétiques commencent à diviser le diagnostic de l'autisme
Heger Monica in Nature Medicine, avril 2011
Traduction : G.M.
Des nouvelles commencent à se faire jour selon lesquelles l'Association Amércaine de psychiatrie envisagerait d'élargir sa définition de l'autisme afin d'inclure un plus large éventail de syndromes mentaux et développementaux dans la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Mais sans faire de vagues, les généticiens vont dans le sens inverse, et découpe le trouble en plusieurs sous-types spécifiques sur la base de son étiologie moléculaire.
suite : http://autisme-info.blogspot.com/2011/0 ... ncent.html
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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#98 Message par Jean » mardi 7 juin 2011 à 22:21

La CIM (Classification Internationale des Maladies) – publiée par l'OMS - est en cours de révision, comme le DSM. Intervention d'Emmanuel, pour SATedi, à ce colloque.

Mesdames, messieurs, merci de votre accueil.

Pour ceux qui ne me connaissent pas encore , je suis le président de l'association SAtedi qui est historiquement la première association francophone créée et gérée par des personnes atteintes d'un T.S.A. Nous sommes d'ailleurs toujours la seule association francophone dans ce cas, alors que plusieurs associations dans le monde anglophone existent depuis de nombreuses années.

Nous somme une association de patients , ce qui nous distingue des autres associations présentes dans cette salle qui sont des associations de parents – même si parmi ces dernières certaines ont intégré des adultes concernés personnellement par les TSAs.

A la différence d'autres associations, nous ne défendons pas une attitude communautariste qui à notre sens ne ferait que desservir la cause des personnes avec TSA. Contrairement à d'autres associations représentées dans cette salle, nous ne représentons pas non plus "la ou une" culture "TED/TSA" etc.

Nous parlons en effet de handicap, de trouble du développement interférant parfois très gravement sur notre qualité de vie, et pour ce que j'en sais il n'y a pas de mouvement de promotion de la culture cul-de-jatte.

Nous ne sommes pas là non plus pour apporter notre définition de ce que sont les troubles envahissants du développement et les TSA, nous laissons cela aux médecins et spécialistes qui depuis environ 70 ans s'y intéressent.

L'un des rôles que nous assumons est de sensibiliser et informer en apportant un "petit" plus en témoignant sur notre vécu – il était d'ailleurs temps que nous le fassions, car jusqu'à la fin des années 90, début des années 2000 il y avait un tas de gens qui parlaient de TSA, Troubles envahissants du développement, autisme en établissant des théories et des hypothèses parfois loufoques sur ce qui se passe dans nos têtes, sans être personnellement concerné ni toujours faire preuve de bon sens.

Vous nous demandez notre avis au sujet du travail fait à l'OMS sur les classifications – nous n'aimerions pas être à la places des membres des groupes de travail chargés à l'OMS de réviser la CIM. Dans le cas des TSA mais aussi d'autres chapitres de la CIM, modifier les classifications ne se résume pas juste à reclasser dans telle ou telle case divers symptômes et des pathologies.

Dans le cas des TSA, le diagnostic différentiel est quelque chose qui devient très compliquée avec des cas atypiques. C'est d'autant plus compliqué qu'il y a une grande hétérogénéité chez les patients atteints de TSA – les classifications ratissent large. Même chez les patients de Leo Kanner, il y avait une importante diversité parmi les patients.

Donald Tripplet, le Patient Zéro est un peu atypique dans son histoire tout en étant malgré tout un autiste bien typé. Son atypisme découle pour une bonne part de l'environnement et du succès de l'éducation qu'il a reçu.

Le terme "autisme" comme vous le savez, n'a pas été inventé par Leo Kanner, c'était en fait un terme s'appliquant à certains symptômes de la schizophrénie – un choix malheureux car il a probablement conduit à un impasse pour de nombreux patients pour qui l'institutionnalisation s'est avérée être (Kanner le dit lui-même) une condamnation à vie aggravée par les méthodes de prise en charge et les traitements de l'époque.

Lorsque l'on suit l'évolution des classifications, que ce soit celles faisant l'objet d'un consensus mondial comme la CIM ou bien de consensus dans des cercles un plus restreints comme le DSM et la CFTMEA, on se rend compte que les personnes qui ont créé les classifications ne l'ont pas fait en restant neutres par rapport aux écoles de pensées dont elles sont issues et c'est encore le cas aujourd'hui, mais ces classifications reflétaient aussi en partie l'état des connaissances à l'époque où elles ont été établies.

En tant qu'association de patients, nous sommes à l'affut de l'incidence qu'ont les classifications dans au minimum trois domaines :

· Les modes de prise en charge et d'accompagnement des personnes atteintes de TSA et par extension leur éducation, les types de soins employés.

· La manière dont les administrations tient en compte des diagnostics.

· La recherche, au travers des critères employés pour former des cohortes et les biais qui peuvent résulter des critères employés.

Les classification sont le résultat de consensus – ce qui ne veut pas dire que toutes les personnes qui travaillent à établir ces classifications soient du même avis. Comme cela a été expliqué par les intervenants qui m'ont précédé, des délibérations et des votes interviennent dans les processus de décision.

Il ne faut pas être connecté à Wikileaks pour comprendre que les enjeux sont non seulement médicaux, théoriques, moraux mais aussi financiers (la recherche, ça coûte, le mode de prise en charge aussi) et la tentation de "tirer la couverture vers soi", les démarches de certains lobbies à un moment ou l'autre peuvent menacer l'intégrité des processus réflexion et de décision – les médecins, les chercheurs sont des humains.

Les classifications valent ce qu'elles valent, elle donnent des noms à des groupes de symptômes, mais ce n'est pas un diagnostic qui doit décider du destin d'un individu – cependant les administrations s'appuient en partie sur ces classification pour diriger la vie des individus concernés par le handicap. Cela peut parfois causer des désastres personnels.

La question qu'on me pose : quel est notre avis sur le Syndrome d'Asperger qui devrait se fondre dans les TSA (troubles du spectre autistique) ?

D'abord, cela embêtera les associations qui ont choisi "Asperger" pour débuter leur nom. En réalité les implications sont plus vastes que ce que j'évoque par un trait d'humour.

On me fait remarquer que pour une oreille francophone, le terme "spectre autistique" évoque par exemple un "fantôme" – je répondrais que dans le dictionnaire pour traduire l'idée d'hétérogénéité de troubles avec une base de symptôme commune le mot anglais "Spectrum" est moins trompeur que "Continuum".

Le terme est en effet à l'origine d'un malentendu laissant croire qu'il y aurait une chaîne continue de profils entre les individus sur-handicapés et "l'humain idéal". "Spectrum", se réfère à l'idée de spectre de couleurs comme celui décomposé par un prisme ou encore dans un arc-en-ciel.

Ces classifications sont établies à l'intention des praticiens pour les aider dans l'exercice de leur métier (pour la plupart, c'est une branche de la médecine). Ces derniers ont leur langage d'initié, ce n'est pas un outil de vulgarisation pour le lecteur moyen de doctissimo.

Ce qui m'amène d'ailleurs à mentionner le problème des autos diagnostics et l'édulcoration dans l'esprit des gens de ce que sont les TSA. Les classifications lorsqu'elles sont placées en de mauvaises mains sont des supports pour de magnifiques exemples d'effet Barnum, ce qui n'est pas sans causer des soucis aux CRA's.

Le 21ème siècle est merveilleux dans le sens qu'il est devenu excessivement facile d'obtenir des informations à travers les média et notamment l'Internet. Beaucoup des personnes convaincues de leur SA suite à ce que j'assimile à l'effet Barnum ont voulu être diagnostiquées officiellement, certaines avaient des raisons légitimes, et d'autres pas. Cependant la légitimité n'est pas la question centrale.

Un problème auquel est souvent confronté le praticien qui doit réaliser un diagnostic différentiel, ce sont les simulateurs, et certaines personnes sont entraînées. Par « entraînées », j'entends par là qu'elles sont capables de passer chez 4 ou 5 praticiens différents et passer par le même nombre de parcours pour obtenir un diagnostic officiel de SA.
Certaines ont peut-être déjà au départ un "phénotype" d'Asperger (où plutôt le comportement "geek" que les média y collent depuis quelques années), mais le phénotype n'est pas le syndrome lui même.

J'ai observé les agissements de personnes qui ont cherché à obtenir un diagnostic et qui ont petit à petit composé un personnage de SA et si cela ne suffisait pas, de SA avec des handicaps prononcés, avec des problèmes d'élocutions qui n'existaient pas quelques mois avant, des difficultés de compréhension qui n'existaient pas non plus, en bref ces gens
s'entraînaient à avoir l'air de plus en plus "atteintes", parfois elles y arrivent vraiment au point de leurrer des psychologues cliniciens et des psychiatres en développant une personnalité de surface mais qu'elles rendent de plus en plus permanente - je ne doute cependant pas que parmi les lecteurs de ce papier, certains soient sont tout à fait aptes à les débusquer (ou alors je les surestime).

Certaines personnes ont vu des autistes à la TV dans des émissions sérieuses ou parfois dans des films comme Rainman... C'est pour ça que j'appelle cela le SDH (Syndrome de Dustin Hoffmann) ou encore SAS (Syndrome Actor Studio) car cela relève du travail d'acteurs de composition comme Hoffman, De Niro, Pacino qui se mettent à fond dans leurs personnages...du moins le temps de faire un film.

Ca ne m'empêche pas de redouter qu'un chercheur puisse (je ne vise personne) gonfler et fausser une cohorte pour une étude en y introduisant par exemple des personnes en mal d'un diagnostic mieux perçu par l'homme de la rue.

Les classifications décrivent en termes très dépouillés et sans fioritures, autours d'axes rigides. Il y a cependant de vastes espaces de non-dits et donc de liberté d'interprétation et notamment pour cette raison, elles ne permettent pas du tout de rendre compte de la gravité (certes variable) des TSA's et donnent même lieu à des jeux idiots consistant à diagnostiquer des célébrités vivantes ou mortes depuis bien longtemps, ou encore à inventer la notion de phénotype TED élargi (un ersatz de l'idée de Continuum ?).

Cela soulève la question du choix des outils employés pour l'évaluation des patients. Il y souvent des outils faisant l'objet d'un consensus, mais on constatera bien des différences, d'un pays à l'autre, d'un service à l'autre dans le même pays.

En ce qui concerne l'autisme... aucune caractéristique physique notable, vraiment rien de tout cela. Le diagnostic différentiel se base entre autres sur le comportement et l'historique de développement (qui est aussi l'évolution du comportement), sur foi des données fournies par les parents au travers notamment du questionnaire comme ADI-R et dans certains cas le patient (adulte). On tient aussi des données de type Q.I (Quotient Intellectuel).

Certains centres se risquent à répertorier des marqueurs génétiques, mais cela n'est pas si courant et il faudra peut-être probablement encore des années, avant d'avoir des résultats significatifs et pertinents pour un diagnostic différentiel. (J'étais cependant intéressé d'entendre l'exposé de S Tordjman qui m'a précédé qui a exposé quelques données). L'autisme est principalement diagnostiqué sur des bases comportementales ; la raison est simple, car le terme autisme qualifie un comportement - ensuite on affine par exemple en syndrome de Kanner ou d'Asperger.

En fait du début à la fin de la procédure de diagnostic - même dans les formes les plus poussées, on ne fait que mesurer des comportements, et un comportement, cela peut se corriger comme cela peut s'aggraver. Et un comportement, cela peut s'attraper et se "transmettre" (comme par exemple dans les cas d'hospitalisme).

Même les mesures de QI peuvent mener en bateau, car celui-ci évolue et est en partie tributaire du comportement qui est susceptible dans la durée en partie modeler le profil cognitif des individus.

On dit par exemple que les méthodes de type ABA travaillent sur le comportement - oui, le but avoué de l'ABA ( au moins dans ses premières moutures), c'est de permettre aux jeunes de vivre sans les comportements qui constituent en fait tout ce qui distingue en général un enfant "ordinaire" d'un enfant vivant avec un TED.

Une fois que vous avez balayé ces comportements, il ne reste plus grand chose de "TSA" en surface; pour ce qui est dans le cerveau de la personne concernée, c'est un peu plus compliqué, mais il y a bel et bien eu des changements, la personne n'a pas été transformée en "NT", mais elle a été adaptée pour vivre dans un monde "NT", et c'est bien. Cette adaptation a bien sûr des limites souvent causées par les handicaps collatéraux (exemple: épilepsie) et des surhandicaps.

Poser un diagnostic sur un enfant , c'est sans doute une nécessité pour sa future prise en charge. Mais faire cela sur un adulte qui n'avait aucun sérieux problème, a fondé une famille (même si dans certains cas l'enfant est concerné par le TED), a un job etc... c'est peut-être risquer de figer cette personne dans un diagnostic, greffer dessus des comportements et handicaps qui n'étaient pas les siens et de surcroît (peut-être) même la déresponsabiliser.

J'aurais encore beaucoup à dire mais je pense que nous pouvons passer à l'étape questions/réponses.

Merci encore pour votre attention.
Source : forum de SATedi – 5 juin 2011
http://www.satedi.net/forum/viewtopic.p ... =40#p98313

Date du texte : novembre 2010
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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#99 Message par Jonquille57 » mercredi 8 juin 2011 à 10:15

Je trouve super ce qu'a dit Emmanuel ! Vraiment ! :bravo:

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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#100 Message par Rose » jeudi 9 juin 2011 à 9:15

D'accord avec toi Jonquille, très bonne analyse et manière de parler du SA.
"Ne le secouez pas, cet homme est plein de larmes." Charles Dickens.

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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#101 Message par manu » jeudi 9 juin 2011 à 22:14

Oui, d'accord avec vous ... trois donc si j’inclus l'auteur ;-)

Expression précise et judicieusement orienté je trouve, bien que les sujets soient difficiles.

Quelques petites choses pour prolonger plus que répondre :

Le sujet est celui de qualifier par le visible une chose qui dépasse le spectre visible.
Toute la question est de savoir si on accepte de limiter la qualification au perceptible.
Les TSA ont une part apparente, perçue de l’extérieur, et une part interne, non perçue.

Le fantasme veux qu'on qualifie l'ensemble à l'aide d'une moité seulement, hors c'est pas possible.
Où on qualifie le perceptible, et alors on peut affirmer pleinement que tels critères font tels diagnostiques.
Où on qualifie un ensemble au delà du perceptible, et alors il faut accepter une marge de doute.

L'espace qui sépare les deux incarne l'espace de l'absence de savoir sur l'autre, il prouve l'altérité.
On sait, et il fait bien de le relever, que ce spectre fascine certain, au point d'être édulcoré (mot bien trouvé).
Il est aussi une "cache idéal" ou un Graal pour certains, qui jouent alors avec cet espace (c'est précisément ça qu'ils font)

Mais il ne sont pas les seules que cet espace rend fébrile, toutes difficulté a accepter l'altérité s'y confronte.
Une non évoqué est celle de qualifier son propre enfant, l'exposer et le décrire comme une sorte d'effet barnum par procuration . [phrase édité (reprise après envoie)]
Parfois c'est l'autre qu'on essaye de faire entrer dans la définition, son enfant qu'on veux a tout prix faire entrer dans une cote précisément taillé par les professionnel et dont on viens discuter les mensuration chez le tailleur.[phrase édité]

Son pendant médicale estla façon d'enfermer l'enfant dans un fantasme dont les défenseurs du packing sont les plus "illustres représentants".[phrase édité]
C'est sûrement pas commun, ni chez ceux qui se sentent et/ou se prétendent au moins en partie appartenir a ce monde (coucou), ni chez les soignant bien qu'une dérive dans ce sens ai été malheureusement assez courante a une époque (oui c'est la même cause à mon avis le refu de ne pas tout expliquer, savoir, etc...), ni chez les parents qui auraient une sorte de "münchhausen par procuration.[phrase édité]

C'est le tabou ultime, celui de cet espace, et s'il y a bien une chose a faire c'est de le sortir du non-dit, pour faire que les parasites de tous poils arrêtent de se placer dans ce recoin sensé ne pas exister, celui qui sépare ce qui est perçu de ce qui est.
Je pense que le discours d'Emmanuël allait délicatement dans ce sens, alors j'ai eut envie de le pousser un peut.
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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#102 Message par maho » vendredi 10 juin 2011 à 7:09

Excellent, vraiment excellent Emmanuel.
J'espere seulement que ce discours a eté aussi bien compris par les medecins, chercheurs, Spécialistes en tout genre NT, qui touche de prés ou de loin l'autisme.

L'effet Barnum, oui c'est une probleme, surtout ca sape le temps et les finances de ceux qui ont un vrai besoin. Faute de possibilité de reconnaitre les vrais signes par les Spés? Ou "tirer la couverture" comme dit Emmanuel, je pense qu'il y a surement les deux. Je pense que les sujets eux memes (on en a vu sur le forum) ont des vrais problemes, et certainement ont besoin d'attacher un "nom" a leurs difficultés.

Je suis tout a fait d'accord avec Emmanuel pour les "phenotypés" ce n'est pas le Syndrome Asperger, mais quelques traits (souvent legers) qui en general n'empeche pas d'evoluer dans un monde NT, d'ailleurs, je pense que les phenotypés sont souvent apte a faire le "pont" entre les deux mondes, et avoir une comprehension plus adapté.

Et je suis totalement d'accord sur les methodes (ABA est cité) on peut ameliorer et meme corriger les comportements, mais on ne corrige pas l'interieur, on ne peut pas changer l'etat fondamentale du sujet. (Tu dis a ton enfant qu'il doit faire la bise a son cousin Beurkkk, il va le faire, car c'est comme ca qu'on l'a eduqué, mais a l'interieur c'est contraire a tout ce qu'il ressens, et a chaque fois ca hurle a l'interieur de sa tete et son corps.)
Poser un diagnostic sur un enfant , c'est sans doute une nécessité pour sa future prise en charge. Mais faire cela sur un adulte qui n'avait aucun sérieux problème, a fondé une famille (même si dans certains cas l'enfant est concerné par le TED), a un job etc... c'est peut-être risquer de figer cette personne dans un diagnostic, greffer dessus des comportements et handicaps qui n'étaient pas les siens et de surcroît (peut-être) même la déresponsabiliser.
La aussi je suis d'accord, mais je pense que le diag adulte est encore plus compliqué. Comme le dit Emmanuel il y a des risques de figer cette personne. Le diag et surtout la prise en charge d'un adulte doit etre radicalement different (tout depends egalement de l'age, la situation et l'environnement de l'adulte)
Ici, je pense a Bernard, Luna, Scehade, Fredchris, et d'autres, tous des vies totalement differentes, avec des besoins differents. Bernard, qui a bien compris son SA, qui se demene a se renseigner a l'adapter a sa vie, et qui (grand soulagement pour sa femme :lol: ) mets en pratique tout ce qui est necessaire a sa vie. Il n'a pas besoin d'un bout de papier, ca ne changera rien a sa vie. Luna qui a aussi bien compris, aura plutot besoin de ce bout de papier, pour avoir une aide necessaire quand il y a besoin, mais qui a reussie (sans cette aide) a faire sa place dans ce monde NT, avec un job coach, ou un coach sociale, elle pourra se sentir mieux.
Bref, comme pour les enfants, chaque cas est different.

Encore une fois, bravo Emmanuel, :bravo:
Suzanne, la vieille qui blatere, maman de Loic 29 ans

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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#103 Message par Jonquille57 » vendredi 10 juin 2011 à 9:20

On sait, et il fait bien de le relever, que ce spectre fascine certain, au point d'être édulcoré (mot bien trouvé)
C'est quelque chose que j'ai remarqué mais que je n'ai jamais vraiment compris.... On vit tellement mieux sans ce fichu syndrome, que je me demande bien pourquoi certains se persuadent de l'avoir... et en tire presque une certaine fierté ! :roll:

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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#104 Message par manu » vendredi 10 juin 2011 à 13:11

Je crois que la façon dont je déroule le sujet peut répondre à cette question :
S'approprier l'espace entre ce qui est décrit et ce qui est c'est aussi en faire ce qu'on veux.

_En faire l’écrin de la "génialité" c'est facile et gratifiant, et voir en prime le reflets de petites difficultés propre dans des montagnes décrite en face aussi c'est gratifiant.

_L'inverse existe aussi, le dernier blocage de la page autisme sur wikipédia était le fait d'une personne qui voulait en faire une psychose nécessairement délirante.

Dans les deux cas ce qui est au delà de ce qui peut être perçut est utilisé, mis à profit.
D'un coté c'est pour le transformer en faire valoir : je suis pas moyen je suis un génie incompris qui surmonte des difficultés énormes.
De l'autre c'est un synonyme de débilité : ils sont dans le délire complet puisqu'ils ne pensent pas comme moi.
Mais toujours c'est l'espace entre le mot et la chose qui, comme il est renié, rend ces positions si recherchées, si confortable.

(Désolé d'en remettre une tartine, mais j'ai vraiment l'impression de toucher du doigt le cœur du problème, et on a causé de cette même question que pose jonquille hier, et comme j'y ai répondu sur la base de ce décryptage je ne pouvais m’empêcher de saisir l'occasion pour l'exposer ici.)
Reconnu humain à la naissance.
Aucun diagnostique plus pertinent depuis!


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Jean
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Re: Evolutions de la classification - DSM V

#105 Message par Jean » samedi 2 juillet 2011 à 14:09

Je viens de retrouver cet article qui m'avait très intéressé à l'époque (lors du débat sur la publication du Livre noir de la psychanalyse).

C'est une tribune de Philippe Pignarre, dans "Le Monde" du 15 septembre 2005 :
Des questions que les psychanalystes ne peuvent plus éluder
Extrait :
"Peut-être, peut-on procéder d'une autre façon, et s'intéresser à la manière dont la psychanalyse réagit face à des épreuves contemporaines qui appartiennent à son champ de compétence.

Prenons la question de l'autisme. Il faut avoir rencontré les associations de parents d'enfants autistes pour se rendre compte de la souffrance que leur a infligée le canon psychanalytique, tel qu'il a été formulé en premier lieu par Bruno Bettelheim. L'idée de la responsabilité maternelle, des "mères froides", a eu un effet dévastateur.

Pire, de nombreux psychanalystes pensaient que ces enfants devaient être éloignés le plus possible de leurs parents, ajoutant de la souffrance à la souffrance.
On ne peut certainement pas se tirer de cette affaire en se contentant de dire qu'il faut "utiliser les deux méthodes" ou des choses de ce genre. Les psychanalystes ne sont-ils pas un peu légers dans leur bilan ?

Prenons l'homosexualité. Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), mis au point, par consensus, par les psychiatres américains, ne date pas de 1980. En 1952, une première édition en a été réalisée, sous influence psychanalytique.

Mais, en 1980, les psychanalystes ont perdu le contrôle de l'American Psychiatric Association (APA) au profit d'un courant dit "athéorique" qui voulait abandonner la distinction psychoses/névroses.

Pourquoi ont-ils perdu cette bataille ? A cause de leur position, alors majoritaire, sur la question de l'homosexualité. Les psychanalystes de l'APA se sont battus comme des enragés pour que l'homosexualité continue d'être considérée comme un trouble mental qu'ils prétendaient, de surcroît, pouvoir guérir.

Les modernistes ont alors fait alliance avec les courants homosexuels militants et ont défait les psychanalystes. Certains d'entre eux ont d'ailleurs fait scission avec l'APA sur cette question. Rappelons que les congrès de l'APA ont été les premiers à être attaqués par les activistes gays.

Les psychiatres gays étaient, à l'époque, obligés de se regrouper dans une association clandestine. Il leur était impossible de se manifester publiquement face à des collègues psychanalystes qui les considéraient comme des malades à soigner. Le débat faisait rage pour savoir si on pouvait être homo et psy.

Là encore les psychanalystes de l'APA, dans leur grande majorité, étaient contre ! Quel bilan tire-t-on de cela ? Le poison ne continue-t-il pas à opérer sur des questions plus actuelles, comme le pacs ou le mariage gay ?
"

Ce qui m'intéresse dans cet article (ce n'est pas pour rien qu'il s'agit de l'éditeur de la maison "Les empêcheurs de penser en rond"), c'est de lire comment le DSM-III a modifié la vision des "troubles mentaux" et de se rappeler que ce ne sera pas une question "scientifique" entre "professionnels" qui procèdera à une évolution fondamentale, mais plutôt le rapport de forces que créeront les personnes concernées.
père d'une fille autiste "Asperger" de 36 ans

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