Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

Toutes discussions concernant l'autisme et le syndrome d'Asperger, leurs définitions, les méthodes de diagnostic, l'état de la recherche, les nouveautés, etc.
Message
Auteur
Avatar du membre
Siobhan
Forcené
Messages : 1154
Enregistré le : mardi 20 mars 2018 à 23:54

Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#196 Message par Siobhan » jeudi 11 avril 2019 à 23:02

Merci pour ton article Jean.
(ex-MudBloodKnowItAll)

Homme avec autisme, autisme diagnostiqué officiellement par un psychiatre en libéral

Avatar du membre
Jean
Modérateur
Messages : 19618
Enregistré le : lundi 24 octobre 2005 à 22:39
Localisation : Finistère

Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#197 Message par Jean » vendredi 12 avril 2019 à 0:42

J'ai rajouté des extraits du livre pour montrer comment ER déforme ce qui est expliqué :

PS: extraits d'Edith Sheffer :
"Ses décisions de ne pas rejoindre le Partir nazi et de rester un fervent catholique furent des choix difficiles et inhabituels pour quelqu'un dans la position d'Asperger." (p.306)
"Les individus comme Asperger ne furent ni des meurtriers engagés ni même directement impliqués au moment de la mort; A défaut d'avoir des convictions meurtrières, ils rendirent néanmoins possibles les systèmes de mise à mort du Reich" (p.307)
"La portée de ses actes peut paraître faible, pourtant, quand on considère un système de mise à mort systématique, le nombre exact de ceux qui perdirent la vie comme conséquence directe de ses décisions importe-t-il seulement ?" (p.309)
père d'une fille autiste "Asperger" de 36 ans

Avatar du membre
Benoit
Forcené
Messages : 8888
Enregistré le : lundi 28 septembre 2009 à 13:55
Localisation : オルセー
Contact :

Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#198 Message par Benoit » vendredi 12 avril 2019 à 0:58

Vraiment dommage qu'E. Scheffer n'ait pas réalisé que, d'après les critères eugénistes nazis, toutes les personnes passées dans le service d'Asperger étaient passibles de mise à mort systématique.

Que le responsable local ait pu être persuadé du contraire pour des raisons "d'utilité" n'était certainement pas gagné d'avance, mais je suppose que même ça, on peut le retourner contre lui...

(L'utilitarisme, ça fait plus de 40 ans qu'il constitue la base des néoconservateurs, sans que beaucoup de gens n'y voient de relation à l'extrémisme, hélas peut être).
Identifié Aspie (広島, 08/10/31) Diagnostiqué (CRA MP 2009/12/18)

話したい誰かがいるってしあわせだ

Être Aspie, c'est soit une mauvaise herbe à éradiquer, soit une plante médicinale à qui il faut permettre de fleurir et essaimer.

Avatar du membre
Flower
Modérateur
Messages : 4223
Enregistré le : mercredi 8 avril 2015 à 13:13
Localisation : Un peu à l'Est (géographiquement parlant)

Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#199 Message par Flower » samedi 27 avril 2019 à 17:33

J'ai pris beaucoup plus de temps que je pensais au départ, et j'en suis désolée, mais voici enfin ma traduction de l'article d'Asperger:
Spoiler : 
L’enfant psychiquement anormal*
du Dr. Hans Asperger

*Présentation dans le cadre de la formation continue, faite le 3 octobre 1938

Nous sommes au milieu dans changement majeur de notre vie intellectuelle, qui touche tous les domaines de cette vie, et la médecine n’est pas concernée dans une moindre mesure. La pensée porteuse du nouveau régime : le tout est davantage que les parties, le peuple est plus important que l’individu – devait entraîner des modifications profondes de toute notre attitude ici, où il s’agit du bien le plus précieux de la nation, sa santé.

Il n’est pas mon intention ici d’aborder plus précisément les changements en particulier dans le domaine de la psychopathologie de l’enfance. Vous savez par quels moyens on tente d’empêcher la transmission des gènes pathologiques – car dans beaucoup de cas qui appartiennent à ceci, il s’agit de dysfonctionnements héréditaires – et de soutenir la santé génétique. Nous médecins devons poursuivre les tâches qui se présentent à nous dans ce domaine avec notre pleine responsabilité.

Laissez-moi aujourd’hui aborder ce problème non pas du point de vue de la totalité du peuple – dans ce cas il faudrait surtout évoquer la loi pour la prévention de descendance atteinte de maladies héréditaires – mais du point de vue de l’enfant anormal. Combien peuvent fournir ces humains ? doit être la question. Et si nous les aidons avec tout notre dévouement, nous apportons également le meilleur service à notre peuple ; pas seulement parce que nous les empêchons de peser sur la communauté du peuple à travers leurs actes asociaux et criminels, mais aussi parce que nous essayons d’obtenir qu’ils prennent leur place en tant que travailleurs au sein de l’organisme vivant du peuple.

Pour commencer, une définition me paraît nécessaire : tout ce qui sort de l’ordinaire, qui est donc « anormal », n’est pas nécessairement « inférieur ». Un cas d’exemple peut expliquer cette phrase, qui pourrait provoquer la contradiction.

Dans notre clinique vient un garçon de dix ans, scolarisé en première année du collège. Le père rapporte de graves difficultés. Au premier plan était sa sensibilité, pas seulement du ressenti corporel (dans différents domaines sensoriels), mais surtout sa sensibilité psychique. Quelques exemples : il y a depuis toujours des grandes difficultés avec la nourriture, il n’aime pas une grande variété d’aliments, en revanche il adore les choses très amères (nous trouvons d’ailleurs souvent ce trait chez les enfants psychopathes) ; il a des difficultés pour s’endormir, surtout il y a de l’agitation autour de lui ou quand il est resté assis trop peu de temps avant le coucher après avoir marché ; de manière générale il a un sommeil léger. Il est très anxieux et peu sûr, a peur pour sa santé à toutes sortes d’occasions. Il prend très à coeur des bagatelles, il est parfois, comme il le dit lui-même, « tout mélancolique ». Les conflits les plus difficiles proviennent toutefois de ses susceptibilités psychiques, de son irritabilité : les moindres occasions entraînent des scènes pendant lesquelles il se comporte « comme fou ». Le père vient donc pour savoir si le garçon est psychiquement normal.

En somme, le garçon montre nombre d’ « anormalités ». Son comportement correspond à ce qui est dit. Même s’il arrive bien à y mettre les formes, semble particulièrement sûr de lui, parfois presque « supérieur », on remarque rapidement combien d’incertitude et aussi d’angoisse se cachent derrière cette impassibilité forcée. En réalité, il est constamment à la limite de la contenance dans une situation qui ne sort que légèrement de l’ordinaire, on sent que lors d’une sollicitation légèrement plus importante il devra tourner mal, il y aura nécessairement une grave éruption de l’émotion.

Mais le garçon a encore un autre côté, qui – paraît – en contraste étrange avec les symptomes anormaux décrits : il est intelligent très au-delà de son âge. Son langage est significatif pour cela, qui correspond de par sa syntaxe complexe, par son vocabulaire choisi, absolument à celui d’un adulte cultivé. Ses intérêts aussi sont ceux d’un adulte. Il se pose des problématiques religieuses et philosophiques, observe les hommes par un intérêt réel pour la psychologie et a un regard précis sur leurs caractéristiques, en particulier pour leurs faiblesses. Il n’est qu’évident qu’il a toujours été le premier dans s clsse, que ses devoirs écrits « créent la sensation », que les fautes d’orthographe n’existent pas chez lui, qu’il a réussi l’examen d’entrée du collège haut la main.

Résumons de manière diagnostique : il s’agit d’un garçon particulièrement doué intellectuellement, au charactère finement différencié, à la sensibilité fine, avec de nombreuses susceptibilités physiques et psychiques.

Comment nous positionnons-nous envers cette personnalité ? S’agit-il d’une rencontre fortuite entre des caractéristiques anormales et de grande valeur ? Ou faut-il résoudre ce cas selon le schéma de la psychologie individualiste : pour s’échapper de l’infériorité de plusieurs de ses systèmes d’organes et des complexes d’infériorité tellement dommageables qui en résultent, il aurait pris le chemin de la surcompensation de ces infériorités à travers des performances intellectuelles particulières ; l’infériorité serait donc la cause de la grande valeur (comme – pour prendre un exemple des psychologues indivualistes – Démosthène doit à son bégayement le fait de devenir un aussi grand orateur ; car c’est à travers celui-ci qu’il a reçu la motivation pour son ascension !).

Nous croyons ni l’un ni l’autre. Nous affirmons – non pas sur la base d’une théorie, mais de l’expérience avec de nombreux enfants – que les caractéristiques positives et négatives de ce garçon sont deux côtés d’une personnalité tout à fait homogène, qui sont naturellement liés. On peut aussi le dire de la manière suivante : les difficultés que rencontre ce garçon avec lui-même et ses relations avec le monde sont le prix qu’il doit payer pour ses dons particuliers. Ce qui dépasse de manière particulière est aussi particulièrement en danger. Il faut imaginer : cet homme a des organes sensoriels plus fins, un cerveau plus finement différencié. Pour cela il est aussi plus sensible, plus facilement blessé et lesé par les influences de l’environnement. Celui qui connaît des enfants trouvera toujours des examples que les enfants aux dons particulièrement riches, à l’intelligence adulte, doivent payer cette richesse avec des difficultés intérieures particulières, et même avec des caractéristiques psychopathologiques.

Nous connaissons des parallèles avec ce qui est dit aussi du côté des maladies du cerveau : il est un fait largement observé que la méningite tuberculeuse atteint et emporte particulièrement souvent des enfants d’une intelligence supérieure, en avance sur leur âge et d’un caractère finement diversifié. « Il était trop bien pour ce monde, » disent souvent les parents. Si nous disons que son cerveau était sans défense contre l’attaque extérieure justement parce qu’il était un instrument trop fin, cela signifie en gros la même chose. Ou encore un autre exemple : nous avions récemment l’occasion d’observer deux vraies jumelles, qui ont été atteintes en même temps d’une hémichorée. Comme cela est coutume chez les vrai jumeaux, les soeurs se ressemblaient beaucoup non seulement d’un point de vue physique, mais aussi dans leur caractère. Elles montraient toutefois des différences importantes dans la construction de leur personnalité : l’une était plus primitive, plus grossière, plus insouciante, montrait moins d’intérêt et était moins fine, l’autre bien plus intelligente, plus mûre, avait une vie intérieure plus riche. La deuxième soeur n’avait pas seulement toutes les maladies dans un degré plus grave que l’autre, mais elle a aussi eu une chorée bien plus grave, plus longue et avec des symptômes psychiques accompagnants plus lourds. Nous sommes convaincus que ce n’est pas un hasard ; le cerveau plus finement organisé était pour cette même raison plus sensible au virus de la chorée, nous pouvions le voir de manière exemplaire dans ce cas, où nous pouvions considérer que le milieu et les prédispositions étaient identiques en dehors des caractéristiques mentionnées.

Les faits qui viennent d’être décrits nous montrent que des symptômes « anormaux » peuvent appartenir de manière nécessaire à l’image d’une personnalité, ils ne peuvent être séparés de leurs bons côtés. Le bon et le mauvais chez un être humain, ses capacités et son échec, ses possibilités et ses dangers se nourrissent des mêmes sources, se conditionnent mutuellement. Nous ne souhaitons pas approfondir les conséquences qui peuvent être tirées de ces découvertes pour toute la psychologie et ne discuterons que les conséquences thérapeutiques. De ce qui a été dit, nous pouvons déduire qu’il n’est souvent pas possible ni probablement souhaitable de faire disparaître le symptôme tourmentant, même si nous savons faire un certain nombre de choses dans ce sens (ce sera discuté ultérieurement, quand nous parlerons de la thérapie suggestive). Au-delà de cela, notre objectif thérapeutique – un objectif qui peut tout à fait être atteint chez ces humains psychiquement richement différenciés, même auprès de tels enfants – doit être d’apprendre à la personne de supporter ses difficultés, pas les lui déblayer, l’éduquer à compenser ses difficultés particulières par des performances particulières, lui donner la conscience qu’il n’est pas malade, mais responsable. Qu’il ne suffit pas pour atteindre cet objectif d’expliquer les contextes une fois pour toutes, mais qu’une action continue, au bon moment, de l’éducateur doit habituer l’enfant à des exigences croissantes, ne sera mentionné que rapidement ici.

Pour le deuxième enfant que je veux discuter devant vous, il s’agit également d’un contraste entre des caractéristiques pathologiques et d’autres dans certains sens de grande qualité ; ici nous devons toutefois parler d’un dysfonctionnement plus profond de la personnalité.

Le garçon de 7 ans et demi donne depuis la petite enfance de grandes difficultés éducatives. Il ne se soumet à aucune volonté étrangère, oui, il tire même une joie maligne du fait de ne pas obéir et ainsi embêter les autres humains. L’école non plus n’arrive pas à le maîtriser, avec sa façon de râler et de se bagarrer, il met le désordre dans toute la classe ; s’il n’apprenait pas aussi bien, on l’aurait déjà exclu des cours.

Ici aussi il s’agit d’une personnalité psychopathe, dont les réactions anormales se présentent surtout comme difficultés d’éducation. Encore une fois, nous voulons trouver la clé de sa personnalité grâce à une connaissance précise de son comportement, et de la connaissance de la personnalité trouver le bon comportement pédagogique.

Les enfants de ce type psychopathe, auquel appartient le garçon présenté, se correspondent généralement non seulement dans leur caractère, mais souvent aussi dans leur physique et leur motricité jusque dans le moindre détail. Devant nous se tient un garçon massif, fort, grossier, qui paraît plus âgé qu’il ne l’est. Déjà dans le peu de mouvements que vous avez vus de lui, on voit sa maladresse extrême (il est significatif que ce grand gaillard doit toujours être habillé par sa mère ; son écriture maculée, effectuée à la vitesse la plus lente, montre elle aussi toute sa maladresse).

Conduite. L’éducateur vit ici dans le service des difficultés disciplinaires importantes et continues – entendu, dans un environnement excellent sur le plan pédagogique, où on est habitué à maîtriser des difficultés, qui sont essentiellement le résultat de dégâts exogènes (gâterie ou milieu familial défavorable). Le garçon fait beaucoup de bêtises, est singulièrement méchant contre les autres enfants, est comme un drapeau rouge pour certains. Il semblerait presque qu’il soit hermétique aux influences pédagogiques. Parfois on le croirait malentendant, mais il est juste « éteint », il ne se rend pas compte des influences pédagogiques, comme il ne perçoit pas beaucoup de choses de ce monde. Et c’est aussi l’essentiel de son dysfonctionnement : ses relations avec le monde sont restreintes, surtout les relations qui ne passent pas par la compréhension intellectuelle, mais instinctive.

Rappelons-nous comment on éduque les enfants, surtout les petits enfants : ils s’intègrent dans le monde et ont des relations normales avec lui, non pas parce qu’ils comprennent consciemment le contenu des injonctions de l’éducateur (on les éduquait déjà bien avant qu’ils n’en soient capables), mais parce qu’ils se sentent instinctivement lié à l’éducateur, parce qu’ils comprennent instinctivement ce qui est exprimé dans le ton des mots, la mimique et la gestuelle de l’éducateur, et parce qu’ils répondent correctement avec leur comportement au comportement de l’éducateur, car ils ont appris à travers d’innombrables expériences agréables et désagréables.

C’est justement cette compréhension instinctive qui est gravement perturbée chez ces enfants. Du dysfonctionnement des fonctions instinctives peuvent se déduire tous les symptômes anormaux : le dysfonctionnement de la compréhension de la situation et le dysfonctionnement des relations avec les autres ; cela permet de comprendre le manque de respect devant l’autorité, et de manière générale le manque de compréhension disciplinaire ; mais nous comprenons aussi le fait que ces personnes n’apprécient personne véritablement, nous saisissons les méchancetés insensibles. Ce manque d’instinct ne s’accompagne non seulement de la maladresse purement motrice, mais aussi la mauvaise compréhension pratique, le succès d’entraînement qui arrive si difficilement, la « difficile mécanisation ». Vu ce qui a été dit, il n’est pas étonnant que ces enfants sont toujours solitaires : Eux-mêmes ne cherchent aucune communauté, puisqu’ils n’ont des relations personnelles avec personne (ils n’ont jamais un ami non plus), et la communauté les rejette aussi, puisqu’ils sont toujours un corps étranger ; en revanche à cause de leurs particularités, ils sont toujours la cible de la dérision unanime de la communauté, ce dont ils savent certes souvent se venger.

Une chose chez ces personnalités gravement restreintes, tout comme chez ce garçon, n’est toutefois souvent non seulement pas perturbé, mais au contraire développé de manière supérieure à la moyenne, à savoir l’intelligence au sens strict, l’esprit logique, la capacité à bien formuler ses pensées (ils trouvent souvent des expressions particulièrement originales, des néologismes) ; très souvent il y a des intérêts spéciaux étonnament mûrs, souvent des intérêts véritablement scientifiques (par exemple de naturaliste) ou techiques, qui sont certes de nouveau souvent relativement extravagants, originaux, singuliers.

Un symptôme très parlant, que nous pouvons également observer chez ce garçon, est une « objectivité face à leur propre mauvaiseté » : ces enfants savent parfaitement décrire à quel point ils sont mauvais, ajoutent quand on l’évoque d’eux-mêmes de nouveaux traits intéressants à leur caractère. On aimerait croire que si un enfant sait aussi bien à quel point il est mauvais, reconnaît tout aussi bien, il devrait être très facile à éduquer. Ceci est pourtant une grande erreur, dans laquelle beaucoup de conseillers éducatifs se laissent prendre. C’est juste le contraire qui est vrai. Un polisson « normal » soit ne peut rien dire sur sa vilénie, car il n’en est pas du tout clairement consciemment, ou alors il prendrait garde d’en parler à un adulte et ainsi lui donner des armes contre lui. Si un enfant parle si librement et sans être affecté de ses facéties, on peut être certain qu’il ne pourra être pédagogiquement influencé que de manière limitée.

Les connaissances scolaires de ces enfants sont généralement également très typiques : Quand il s’agit d’esprit logique, quand le sujet est en lien avec leurs intérêts particuliers, ils sont en avance, surprennent l’enseignant avec leurs réponses intelligentes ; là où il s’agit d’apprendre par coeur de manière plus ou moins mécanique, où il faut travailler de manière concentrée (recopier, orthographe, méthodes de calcul), ces enfants « intelligents » échouent de manière flagrante et se retrouvent souvent au bord du recalage.

Au sein de ce groupe clairement caractérisé d’enfants, que nous appelons « psychopathes autistiques » à cause de la limitation de leurs relations avec l’environnement, de la restriction sur leur propre soi (αὑτός), on retrouve évidemment des personnes très différentes et à évaluer de manière différente. Une fois, l’originalité de la pensée (qui s’accompagne toujours d’un peu d’ « autisme » !) ou l’intensité des intérêts spéciaux, qui sont apparemment « hypertrophes » au prix de beaucoup d’autres capacités, est au premier plan, de manière à ce que ces personnes sont capables d’accomplissements extraordinaires (qui ne connaît pas le chercheur autiste, qui est devenu une caricature en raison de sa maladresse et de son absence d’instinct, mais qui accomplit des choses extraordinaires ou au moins fait avancer son domaine spécial souvent très restreint !).

Une autre fois, l’originalité autistique n’est perçue que comme aberrante, extravagante et inutile (qu’une direction de pensée soit ressentie comme inhabituelle, singulière, peut être lié au fait qu’elle pointe vers l’avenir et deviendra plus tard une réalité vivante, ou alors au fait qu’elle n’a juste aucun rapport avec la réalité). Chez cette dernière variante de psychopathes autistiques, ce sont le dysfonctionnement de l’adaptation à l’environnement, l’incapacité à apprendre qui sont au premier plan, ils définissent le pronostic social dans un sens négatif. De tels états de personnalités gravement perturbées, il existe des transitions fluides vers la schizophrénie, dont le principal symptôme est aussi l’autisme, la perte de tout contact avec l’environnement. La proximité de tels cas avec la schizophrénie se montre également dans le fait que parmi les membres de la famille de telles personnes, on retrouve plus souvent non seulement des originaux autistiques, mais aussi de vrais schizophrènes.

Le garçon présenté est, comme beaucoup d’enfants de ce type, enfant unique. Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer ce point, car il semble nous permettre une compréhension plus approfondie de ces cas. L’école de psychologie individualiste expliquerait tous les dysfonctionnements qu’ont ces enfants avec cette « situation d’efant unique », le manque d’autonomie et la maladresse « qui en résulte », la précocité intellectuelle de l’enfant « parce qu’il grandit parmi des adultes », etc. Le tout serait donc une atteinte exogène. Cependant, nous considérons que le fait que le garçon soit enfant unique fait partie, aussi bizarre que cela puisse paraître de prime abord, de sa constitution, de ses prédispositions génétiques ! La mère du garçon a un caractère assez proche de son fils : elle est intellectuelle de manière pas du tout féminine, originale dans son être, a peu des relations sentimentales envers son enfant. Que cette femme, qui dans ce cas a transmis ses prédispositions psychopathes à son fils, n’arrive pas à trouver la maternité chaleureuse pour supporter les douleurs et l’inconfort de plusieurs grossesses et les difficultés d’élever plusieurs enfants, semble évident. C’est tout autant lié à son être que les difficultés du garçon sont liées à son être. Nous observons ainsi souvent que des choses qui semblent d’abord liées à l’environnement proviennent en réalité de prédispositions génétiques ou en sont largement influencées.

Conclusions pédagogiques : Après ce qui a été dit, vous comprendrez combien de tels enfants sont difficiles à éduquer. Il leur manque pour ainsi dire l’organe qui transmet l’éducabilité. Si la situation n’est malgré tout pas désespérée, c’est parce qu’il y a quand même quelque chose à quoi on peut s’adresser - leur raison. Justement ce que seuls des éducateurs sans instinct font auprès d’enfants normaux, c’est-à-dire expliquer et justifier les exigences éducatives, est ici le seul chemin. Le chemin habituel, qui fait que l’éducateur agit essentiellement à travers sa personnalité, que ce qui compte est comment il dit quelque chose, pas ce qu’il dit, que son « expression » (voix, mimique et geste) devient de plus en plus insistant, plus rempli d’affect, jusqu’à ce qu’en dernier recours une « enguelade sacrée » est sûre d’atteindre l’objectif souhaité – tout cela ne fait aucune impression sur de tels enfants autistes, ce n’est pour eux qu’une sensation intéressante qu’ils savourent avec une joie malicieuse et souvent provoquent (« je suis content quand ma mère tape sur la table », raconte le garçon présenté avec des yeux qui brillent malicieusement). En revanche ces enfants peuvent tenir compte de « règles de comportement » données de manière concrète et les accomplir – un peu comme un exercice de calcul. Plus une telle loi est « objective » - par exemple sous la forme d’un emploi du temps contenant toutes les possibilités de déroulement de la journée – mieux c’est. De cette façon donc, non pas à travers une habituation inconsciente, instinctive, mais à travers un entraînement conscient, « intellectuel », il est possible au cours des années, avec un travail pénible et conflictuel, d’obtenir la meilleure adaptation possible à la société, qui avec une maturité intellectuelle croissante marchera de mieux en mieux

Si au-dessus, j’ai décrit un type dont la principale anormalité réside dans un dysfonctionnement de l’harmonie entre la raison et l’instinct, dans le sens d’un dysfonctionnement de l’instinct, il existe aussi dans la psychopathologie de l’enfance assez fréquemment un type, qui représente dans presque tous les traits le contraire de ce qui vient d’être décrit : ces enfants ont un développement intellectuel en-dessous de la moyenne (jusqu’à la débilité ), sachant qu’il faut entendre par intelligence l’intelligence abstraite, tandis que la raison pratique, en bref, tout ce qui est lié à l’instinct, donc l’utilité pratique mais aussi les valeurs de l’âme, sont relativement mieux développés. Ces derniers cas sont importants – ou le deviendront chez nous quand la « loi sur la prévention de descendance à maladie génétique » entrera aussi en vigueur chez nous. Si le médecin en tant qu’expert doit prendre une décision, il ne devra pas la prendre uniquement sur la base des réponses à un questionnaire ou du chiffre du quotient intellectuel, mais en premier lieu d’après sa connaissance de la personnalité de l’enfant, une connaissance qui doit tenir compte de toutes les capacités de l’enfant, pas uniquement de son intelligence abstraite.

Le but d’un exposé court ne peut bien sûr pas être de donner une vue globale et systématique de la psychopathologie de l’enfance. Il m’a donc semblé mieux de choisir deux cas pas trop extrêmes et du coup prometteurs et de montrer à travers eux le chemin de notre action thérapeutique. Ce chemin prend sa source dans la connaissance de la personnalité de l’enfant, aboutit à travers l’expérience des difficultés pédagogiques, l’expérience imminente des réactions anormales, à l’action pédagogique, qui est ainsi adapté au caractère spécifique de l’enfant, développe le plus richement possible ses capacités précieuses innées, et neutralise le plus possible ses dangers innés. Cette dernière phrase exprime en fait le but de toute éducation ; chez des personnes qui sont en dehors de la norme, ce chemin est juste plus difficile, nécessite de l’expérience, de l’amour pour ces enfants et l’implication totale de l’éducateur.

Même dans un exposé aussi court, il faut discuter une méthode thérapeutique de dysfonctionnements psychiques qui, quand on y réfléchit, n’est pas seulement la principale méthode dans le domaine de la psychothérapie, mais la principale méthode médicale en général. Nous savons de nouveau aujourd’hui (cette connaissance était ensevelie pendant un temps, essentiellement en raison de la montée des thérapies issues des sciences naturelles et de leurs succès) que pour le succès d’un traitement même de maladies qui paraissent avoir uniquement des origines organiques, à côté des traitements chimiques et physiques, la personnalité du médecin doit également jouer un rôle. Ceci est encore plus vrai – même définitif – dans le traitement de troubles « fonctionnels » - je pense notamment aux différentes neuroses organiques, comme le vomissement et la toux fonctionnels, des douleurs dans différents organes, énurésie, troubles du sommeil, manque d’appétit, mais aussi des syptômes psychologiques comme une excitabilité accrue ou des angoisses. Le suivant est fondamental pour le méchanisme de guérison : la personnalité du médecin qui agit de manière puissante entraîne le malade à abandonner ses symptômes maladifs, peu importe ce qui était finalement leur origine, de quelle personnalité déréglée elles venaient. Ce qui permet au final la guérison, c’est la confiance du malade dans la capacité de guérison du médecin ; cette confiance entraîne le revirement curatif de l’appareil nerveux.

Nous appellons cette forme de traitement la thérapie suggestive. Au ses large, tout le comportement du bon éducateur est aussi un traitement suggestif : sa personnalité agit puissamment pour forcer l’enfant dans le bon chemin : de cette manière, nous le savons aujourd’hui, le simple comportement éducatif correct peut contribuer au maintien ou au retour de la santé nerveuse de l’enfant. Nous savons également que de nombreux troubles nerveux, qui peuvent aussi donner l’effet de maladies physiques, peuvent être « guéris » à travers le comportement correct, assuré de personnes simples, par exemple des nourrices, sans qu’elles soient conscientes de leur influence. Ceci aussi est donc un « traitement suggestif ».

Le médecin est dans une position particulièrement favorable. C’est à lui qu’on fera le plus facilement confiance à l’avance sur sa capacité à guérir ; bien sûr, pour avoir du succès, il devra apporter les prérequis personnels correspondants. Le travail et l’action de Hamburger en particulier a permis de démontrer l’intérêt de la voie suivante : le médecin prescrit un médicament (évidemment sans effet) ou une procédure à suivre, comme s’il s’agissait du traitement d’une affection physique. En réalité, ce médicament, cette procédure n’est que le signe visible, la base matérielle, que suivent non seulement le malade, mais aussi son environnement avec confiance (ce dernier point est particulièrement important dans le traitement des enfants : la confiance quotidienne de l’environnement, en particulier les entremetteurs, qui s’exprime dans toute leur façon d’être, est l’aide la plus puissante). Grâce à cela, arrive automatiquement (automatisme thymogène de Hamburger) à ce revirement curatif de l’organisme (en raison de l’action sur les forces de l’âme, Hamburger appelle cette sorte de traitement « thérapie thymotrophe »).

Le manque de temps empêche de présenter plusieurs cas qui devraient alors démontrer comment la méthode de traitement doit s’adapter aux particularités du trouble et comment on diminue, augmente ou change le remède en fonction du succès ou de l’échec.

Une dernière chose toutefois : Même chez des personnalités très anormales, le traitement suggestif de symptômes précis particulièrement gênants est prometteur. Le constat qu’il s’agit de personnes lésées de manière primaire, dans leur constitution, peut-être même de manière héréditaire, ne doit en aucune façon aboutir à l’idée qu’il n’y a rien à faire – comme la reconnaissance de troubles endogènes ne doit pas entraîner un nihilisme éducatif. L’éducation de personnalités anormales est elle aussi porteuse, pas seulement parce que l’influence de l’environnement, donc p. ex. une bonne éducation, sont très significatifs (ils peuvent mettre au jour les bonnes prédispositions, peuvent empêcher de nouvelles dégradations – combien n’est pas importante p. ex. l’évitement de conflits pour les personnes fortement excitables !) ; le fait que nous ne devons jamais abandonner à l’avance l’éducation de personnes anormales comme désespérée est aussi lié au fait que chez ces personnes peuvent d’un coup, par exemple à la puberté, apparaître des forces et des capacités qui devaient certes pré-exister, mais que nous ne pouvions deviner chez les enfants ou dont il était impossible de prévoir qu’ils allaient prendre cette importance.

Le médecin a le droit, et l’obligation, d’être éducateur, c’est ce que j’espère vous avoir montré dans ces quelques mots, éducateur non seulement de la collectivité à une vie saine, mais il doit aussi avoir une influence décisive sur l’éducation des personnes anormales. Son regard qui sait clairement reconnaître les relations dans la nature, sa compréhension doivent lui permettre d’apporter ici aussi des conseils et de l’aide et ainsi servir non seulement l’individu, mais aussi le peuple.
article Hans Asperger traduction.doc
(57 Kio) Téléchargé 6 fois
S'il avait des tentations eugénistes, il les cache quand même vraiment bien... Quand je lis "nous ne devons jamais abandonner à l’avance l’éducation de personnes anormales comme désespérée", j'ai plutôt l'impression d'avoir affaire à quelqu'un de très ouvert et qui cherche vraiment à améliorer la vie des enfants qu'il traite...
Détectée HQI dans l'enfance, diagnostiquée TSA de type syndrome d'Asperger en juillet 2015.

Avatar du membre
Siobhan
Forcené
Messages : 1154
Enregistré le : mardi 20 mars 2018 à 23:54

Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#200 Message par Siobhan » dimanche 28 avril 2019 à 0:18

Un énorme merci Flowez ! :kiss:


Je n'ai lu qu'un tiers de ta traduction je pense, mais c'est déjà très très édifiant je trouve.

Mon avis pour l'instant sur ce sujet :


1. E. Sheffer semble avoir des confits d'intérêt personnels sur le sujet de la catégorie "Syndrome d'Asperger".
Il me semble qu'elle a un enfant autiste, et que d'une manière ou d'une autre, elle considère que la catégorie "Syndrome d'Asperger" ne soit pas adaptée en terme de politique de santé (Peut-être qu'elle considère qu'il faille venir profaner le terme "syndrome d'aspereger" dans sa tombe, si je puis dire, étant donné que ce n'est déjà plus un terme du consensus du DSM 5...) .
Il me semble qu'Édith sheffer est historienne, donc pas du tout une specialisme médicale de l'autisme.
Dans ce contexte, j'ai parfois l'impression que toute cette histoire serait une tentative d'influer sur des critères médicaux à l'aide déléments historiques, ce que je trouve assez spécieux.


2. C'est bien connu, en France pendant la seconde guerre mondiale, tout le monde était un resistant, c'était le minimum de la décence :mrgreen: . En Allemagne aussi je suppose :mrgreen: . #Conneries

Je ne sais pas vous, mais ça m'a toujours fait beaucoup rire, et ce depuis longtemps, d'entendre des sac à merde éthique dire en somme, avec des trémolos dans la voix et le regard portant vers l'horizon, "Pendant la seconde guerre mondiale, j'aurais résisté, c'est sûr, je n'aurais pas pu rester sans rien faire". ==> L. O. L.


3. Je trouve que pas mal de documents sur le D. Asperger le dédouanent, a minima le dédouane d'un quelconque zèle fanatique par rapport à la population médicale allemande moyenne.


4. Next.
(ex-MudBloodKnowItAll)

Homme avec autisme, autisme diagnostiqué officiellement par un psychiatre en libéral

Avatar du membre
Flower
Modérateur
Messages : 4223
Enregistré le : mercredi 8 avril 2015 à 13:13
Localisation : Un peu à l'Est (géographiquement parlant)

Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#201 Message par Flower » dimanche 28 avril 2019 à 12:14

Pendant longtemps, c'était plutôt "nous les Allemands sommes tous coupables"... La plupart des gens évidemment ont juste fermé leur gueule et ont fait semblant de ne rien savoir, parce que si on l'ouvrait, on mettait en danger non seulement sa propre vie, mais aussi celle des ses enfants.
Détectée HQI dans l'enfance, diagnostiquée TSA de type syndrome d'Asperger en juillet 2015.

Avatar du membre
Bubu
Forcené
Messages : 5029
Enregistré le : dimanche 19 mai 2013 à 12:03
Localisation : En haut à gauche

Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#202 Message par Bubu » dimanche 28 avril 2019 à 14:52

Je crains de me répéter, mais l'eugénisme faisait consensus chez les scientifiques du début du XXè siècle.
L' ADN venait d'être découvert, et les scientifiques ont d'abord cru qu'il suffisait à lui seul à déterminer un être humain.
Aujourd'hui, par anachronisme, on juge négativement les scientifiques de cette époque.
Les nazis (et les fascistes) , ont également tourné cette théorie en ... .... fausse croyance, voire idéologie, vers l'horreur, l'enfer. Qu'ils croyaient légitimer leurs génocides respectifs.
Les juifs pour les nazis.
Les tziganes pour les fascistes.
(Evidemment, les homosexuel(le)s, et les handicapé(e)s faisaient partie de la fête).
L'eugénisme est au cœur de leur idéologie raciale et de leur théorie de la race arienne supérieure, et d'éliminer les rebus (homosexuels, handicapés) pour ériger au sommet de l'Humanité la "race arienne".
Cela a engendré des génocides (juifs, tziganes), et leur théorie justifie le fait d'éliminer ceux qui leur semblaient "défectueux" (cad les homosexuel(le)s et les handicapé(e)s).

Je ne cherche pas du tout à les excuser.
Mais les découvertes scientifiques sont sujettes à l'interprétation des pairs.
Quand Galilée a découvert que la Terre était ronde, ou quand Copernic a découvert que c'était la Terre (considérée comme le centre de l'Univers) tournait autour du Soleil, et non l'inverse....
Ils ont failli se faire brûler sur des bûchers pour hérésie ...

Alors c'est facile de critiquer Hans Asperger pour sa cohésion avec l'eugénisme. Mais nous à notre époque, nous avons le recul suffisant pour disqualifier, infirmer, contredire, l’eugénisme. Seulement, lui n'avait pas ce recul. Et malgré sa connivence avec l'eugénisme, il n'a jamais fait de mal à personne.

Donc c'est de la diffamation de déclarer Hans Aperger nazi. Comme ses pairs à l'époque, il était eugéniste. Mais il n'a jamais fait de mal à personne. On sait aujourd'hui que l'eugénisme est une erreur due à une mauvaise interprétation (qui faisait pourtant consensus à l'époque) de la découverte de l'ADN. (Comme quoi l'Homme serait entièrement défini par son ADN). Allons-nous aussi diffamer les philosophes grecques anciens de croire que la Terre aurait été plate ?

(Il faut se méfier des anachronismes) :innocent:

EDIT :
Après ce n'est pas manichéen :
Pour engendrer un être humain,
Les gènes contribuent,
Mais l'expérience et l'environnement aussi. (Et c'est là que les eugénistes se sont plantés !) :kiss:

Reste ça à faire comprendre aux néo-nazis et fascistes. Mais les scientifiques le savent bien mieux que moi.
Diagnostiqué autiste asperger, diagnostic établi à mes 33 ans par le CRA de ma région.
"Ce syndrome est caractérisé chez ce patient par l’absence de détérioration intellectuelle, un syndrome dysexécutif, un déficit d'attention"

Avatar du membre
Siobhan
Forcené
Messages : 1154
Enregistré le : mardi 20 mars 2018 à 23:54

Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#203 Message par Siobhan » dimanche 28 avril 2019 à 19:30

Spoiler : 
Bubu a écrit :
dimanche 28 avril 2019 à 14:52
Je crains de me répéter, mais l'eugénisme faisait consensus chez les scientifiques du début du XXè siècle.
L' ADN venait d'être découvert, et les scientifiques ont d'abord cru qu'il suffisait à lui seul à déterminer un être humain.
Aujourd'hui, par anachronisme, on juge négativement les scientifiques de cette époque.
Les nazis (et les fascistes) , ont également tourné cette théorie en ... .... fausse croyance, voire idéologie, vers l'horreur, l'enfer. Qu'ils croyaient légitimer leurs génocides respectifs.
Les juifs pour les nazis.
Les tziganes pour les fascistes.
(Evidemment, les homosexuel(le)s, et les handicapé(e)s faisaient partie de la fête).
L'eugénisme est au cœur de leur idéologie raciale et de leur théorie de la race arienne supérieure, et d'éliminer les rebus (homosexuels, handicapés) pour ériger au sommet de l'Humanité la "race arienne".
Cela a engendré des génocides (juifs, tziganes), et leur théorie justifie le fait d'éliminer ceux qui leur semblaient "défectueux" (cad les homosexuel(le)s et les handicapé(e)s).

Je ne cherche pas du tout à les excuser.
Mais les découvertes scientifiques sont sujettes à l'interprétation des pairs.
Quand Galilée a découvert que la Terre était ronde, ou quand Copernic a découvert que c'était la Terre (considérée comme le centre de l'Univers) tournait autour du Soleil, et non l'inverse....
Ils ont failli se faire brûler sur des bûchers pour hérésie ...

Alors c'est facile de critiquer Hans Asperger pour sa cohésion avec l'eugénisme. Mais nous à notre époque, nous avons le recul suffisant pour disqualifier, infirmer, contredire, l’eugénisme. Seulement, lui n'avait pas ce recul. Et malgré sa connivence avec l'eugénisme, il n'a jamais fait de mal à personne.

Donc c'est de la diffamation de déclarer Hans Aperger nazi. Comme ses pairs à l'époque, il était eugéniste. Mais il n'a jamais fait de mal à personne. On sait aujourd'hui que l'eugénisme est une erreur due à une mauvaise interprétation (qui faisait pourtant consensus à l'époque) de la découverte de l'ADN. (Comme quoi l'Homme serait entièrement défini par son ADN). Allons-nous aussi diffamer les philosophes grecques anciens de croire que la Terre aurait été plate ?

(Il faut se méfier des anachronismes) :innocent:

EDIT :
Après ce n'est pas manichéen :
Pour engendrer un être humain,
Les gènes contribuent,
Mais l'expérience et l'environnement aussi. (Et c'est là que les eugénistes se sont plantés !) :kiss:

Reste ça à faire comprendre aux néo-nazis et fascistes. Mais les scientifiques le savent bien mieux que moi.
Diffamation, je crois qu'en bilan ce mot résume bien l'affaire.

Diffamation, un terme qui gagnerait à être(beaucoup) utilisé plus à propos de gens, et par des gens, qui en sont réellement victime.


Car non, il n'est pas nécessaire d'être affilié au Rassemblement National pour avoir le droit d'intenter un procès en diffamation à quelqu'un, il faut le savoir. :mryellow:

On peut même lancer un procès en diffamation sans être un sale con ou bien une sale conne, sisi, trop peu de gens le savent. :mryellow:
(ex-MudBloodKnowItAll)

Homme avec autisme, autisme diagnostiqué officiellement par un psychiatre en libéral

Carapa
Fidèle
Messages : 190
Enregistré le : dimanche 22 mars 2015 à 20:45

Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#204 Message par Carapa » dimanche 28 avril 2019 à 21:15

Bubu a écrit :
dimanche 28 avril 2019 à 14:52
Je crains de me répéter, mais l'eugénisme faisait consensus chez les scientifiques du début du XXè siècle.
L' ADN venait d'être découvert, et les scientifiques ont d'abord cru qu'il suffisait à lui seul à déterminer un être humain.
Que l'eugénisme ait fait consensus chez les scientifiques est parfaitement faux, notamment en ce qui concerne la France où la plupart d'entre eux y étaient réfractaires et seuls un petit nombre le défendaient (par exemple Alexis Carrel ou Georges Vacher de Lapouge, lequel se vit d'ailleurs barrer la porte du Muséum de Paris où ses théories étaient fort mal vues). Plus généralement, l'eugénisme s'est principalement développé dans les pays de tradition protestante (Allemagne, USA, Angleterre, Europe du Nord) et très peu dans ceux influencés par le catholicisme.

Par ailleurs, les préoccupations eugénistes - le terme anglais eugenics date de 1883 - sont apparues bien avant la découverte du rôle de l'ADN dans l'hérédité (l'ADN avait bien été décrit sous le nom de nucléine par Miescher, mais on ignorait encore sa fonction et cette découverte n'avait pas eu un grand retentissement) et même avant que la communauté scientifique ait pris connaissance des travaux de Mendel - lesquels furent à peu près ignorés de son vivant.

Une bonne lecture sur le sujet - je ne suis pas un inconditionnel de Wikipedia, mais cet article-là est plutôt bien fait : https://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A9nisme
Bubu a écrit :
dimanche 28 avril 2019 à 14:52
Quand Galilée a découvert que la Terre était ronde, ou quand Copernic a découvert que c'était la Terre (considérée comme le centre de l'Univers) tournait autour du Soleil, et non l'inverse....
Ils ont failli se faire brûler sur des bûchers pour hérésie ...
Si Galilée a eu des ennuis, c'est pour avoir affirmé, à la suite de Copernic, que la Terre tournait autour du Soleil. Mais on savait déjà bien avant lui qu'elle était ronde - ce dont témoigne notamment la première strophe de ce poème de Clément Marot (1496-1544) mort vingt ans avant la naissance de Galilée (1564-1642): http://fleche.org/stg/marot_delamour.html
Diagnostiqué SA (septembre 2016).

Avatar du membre
Jean
Modérateur
Messages : 19618
Enregistré le : lundi 24 octobre 2005 à 22:39
Localisation : Finistère

Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#205 Message par Jean » lundi 29 avril 2019 à 10:32

Jean a écrit :
lundi 8 avril 2019 à 16:51
A paraître également :

"Les enfants d'Asperger" d'Edith Sheffer : la banalité de la mort
8 avr. 2019 Par Jean Vinçot
- Mediapart.fr

Dans sa préface au livre d'Edith Sheffer, Josef Schovanec attire l'attention sur un aspect du livre :

"Peu auront, en revanche, remarqué que la vénusté de la plume d'Édith Sheffer mettait en lumière un sujet ignoré : celui de la conscience du vécu de la mort chez les personnes dites handicapées, autistes en l'espèce. Des infinies bibliothèques, temples du savoir, combien d'autres ouvrages exposent le ressenti face à la mort qui rôde, à tour de rôle emporte dans le silence, généralement bien avant l'heure, tant de figures excellentes, de visages secrets du parvulissime peuple autiste." (p.14)

Extraits : (...)

Le packing

Friedrich Zawrel Friedrich Zawrel
À quatorze ans, Friedrich Zawrel reçut des punitions plus extrêmes encore pour son caractère récalcitrant. Après que Zawrel eut refusé d'avaler les cachets qu'on lui donnait le soir et qu'il eut abordé un aide-soignant pour s'enfuir, le personnel le soumit à une méthode utilisée à l'hôpital psychiatrique appelée le « traitement d'enveloppement ».

« Un brancard, deux draps secs, deux draps mouillés, se mettre nu comme un ver, puis les draps sont enroulés comme avec une momie, partout... - seule la tête est laissée libre et puis t'es attaché partout avec des ceintures, allongé dans la cellule, ils m'ont installé par terre, et je n'ai fait que regarder le ciel, enfin le plafond. Je ne pouvais pas me tourner vers la gauche, je ne pouvais pas me tourner vers la droite, je le pouvais ni étirer mes jambes ni les plier. Il faut voir combien de temps on peut rester dans un lit sans se tourner, hein. Et j'ai déjà dit souvent, j'ai encore..., j'avais arrêté de prier pendant un temps parce que je pensais que personne ne m'aidait de toute façon, mais alors j'ai recommencé et j'ai même demandé pardon pour ne pas l'avoir fait pendant si longtemps parce que je pensais qu'on m'aiderait, mais on ne n'a pas aidé. Et quand ils m'ont laissé sortir, les draps n'étaient pas secs parce que j'étais allongé dans ma propre urine. Et c'était particulièrement atroce quand ça commençait à gratter à cause de ça et que tu ne pouvais pas gratter, et il fallait le supporter jusqu'à ce que ça disparaisse tout seul, c'était... c'était bestial ce qu'ils faisaient."

pp.245

Les piqûres

Karl Jakubec Karl Jakubec
Sans leur docilité [infirmières] et celle du reste du personnel, les meurtres d'enfants n'auraient pas été possibles. Comme le suggère l'expérience de mort imminente de Karl Jakubec dans le pavillon 15, le sort des enfants était scellé par ur interminable flot d'employés impassibles :

« Ils nous faisaient toujours une piqûre, hein, ou quand on était un peu trop agités ci, comme un enfant quoi, un peu actifs certains jours, ou disons qu'on criait un peu plus ou autre, ou de douleur ou autre, alors ils arrivaient tout simplement avec des piqûres sédatives, ce qu'ils injectaient n'avait pas vraiment d'importance ce qui comptait c'est qu'ils injectaient quelque chose, ce qui comptait c'est qu'il y avait à nouveau le silence pendant un moment. Et ensuite on se sentait très mal, et y en a qui en sont morts aussi. [...] Cela n'avait même plus d'importance pour nous, parce qu'on était devenu si flegmatiques qu'en n'en avait plus rien à faire de ce qu'ils faisaient. Donc quard ils venaient, la première fois on était effrayés, on avait peur..., Jésus, ils reviennent déjà, et qu'est-ce que ça va être maintenant, mais avec le temps, on devient si flegmatique qu'on se dit qu'on ne peut rien y faire, il faut juste l'accepter. »

Pages 254-255

Vous trouverez ces témoignages intégraux (en anglais) sur le site :
the-war-against-inferiors

http://gedenkstaettesteinhof.at/en/interview
Suite du témoignage de Kark Jakubec
Image

https://blogs.mediapart.fr/jean-vincot/ ... et-piqures
père d'une fille autiste "Asperger" de 36 ans

Avatar du membre
Bubu
Forcené
Messages : 5029
Enregistré le : dimanche 19 mai 2013 à 12:03
Localisation : En haut à gauche

Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#206 Message par Bubu » lundi 29 avril 2019 à 18:25

Carapa a écrit :
dimanche 28 avril 2019 à 21:15
Bubu a écrit :
dimanche 28 avril 2019 à 14:52
Je crains de me répéter, mais l'eugénisme faisait consensus chez les scientifiques du début du XXè siècle.
L' ADN venait d'être découvert, et les scientifiques ont d'abord cru qu'il suffisait à lui seul à déterminer un être humain.
Que l'eugénisme ait fait consensus chez les scientifiques est parfaitement faux, notamment en ce qui concerne la France où la plupart d'entre eux y étaient réfractaires et seuls un petit nombre le défendaient (par exemple Alexis Carrel ou Georges Vacher de Lapouge, lequel se vit d'ailleurs barrer la porte du Muséum de Paris où ses théories étaient fort mal vues). Plus généralement, l'eugénisme s'est principalement développé dans les pays de tradition protestante (Allemagne, USA, Angleterre, Europe du Nord) et très peu dans ceux influencés par le catholicisme.

Par ailleurs, les préoccupations eugénistes - le terme anglais eugenics date de 1883 - sont apparues bien avant la découverte du rôle de l'ADN dans l'hérédité (l'ADN avait bien été décrit sous le nom de nucléine par Miescher, mais on ignorait encore sa fonction et cette découverte n'avait pas eu un grand retentissement) et même avant que la communauté scientifique ait pris connaissance des travaux de Mendel - lesquels furent à peu près ignorés de son vivant.

Une bonne lecture sur le sujet - je ne suis pas un inconditionnel de Wikipedia, mais cet article-là est plutôt bien fait : https://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A9nisme
Bubu a écrit :
dimanche 28 avril 2019 à 14:52
Quand Galilée a découvert que la Terre était ronde, ou quand Copernic a découvert que c'était la Terre (considérée comme le centre de l'Univers) tournait autour du Soleil, et non l'inverse....
Ils ont failli se faire brûler sur des bûchers pour hérésie ...
Si Galilée a eu des ennuis, c'est pour avoir affirmé, à la suite de Copernic, que la Terre tournait autour du Soleil. Mais on savait déjà bien avant lui qu'elle était ronde - ce dont témoigne notamment la première strophe de ce poème de Clément Marot (1496-1544) mort vingt ans avant la naissance de Galilée (1564-1642): http://fleche.org/stg/marot_delamour.html
Je ne parlais que par des oui^dires, des paroles entendues ici et là.
Je présente mes excuses.
Diagnostiqué autiste asperger, diagnostic établi à mes 33 ans par le CRA de ma région.
"Ce syndrome est caractérisé chez ce patient par l’absence de détérioration intellectuelle, un syndrome dysexécutif, un déficit d'attention"

Répondre