Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

Toutes discussions concernant l'autisme et le syndrome d'Asperger, leurs définitions, les méthodes de diagnostic, l'état de la recherche, les nouveautés, etc.
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misty
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#16 Message par misty » mardi 9 février 2016 à 15:45

Manichéenne a écrit :On peut être détestable et compétent. :innocent:
:bravo: Oh oui! Hélas ça arrive souvent...
Spoiler :  : 
Ya qu'a voir Einstein, qui était (pour moi) un très grand humaniste et philosophe en plus du génie qu'on connaît, mais à qui je mettrais parfois des baffes quand je lis la façon dont il traitait/voyait les femmes... :sick:
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Z999
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#17 Message par Z999 » mardi 9 février 2016 à 16:54

La formulation "syndrome d'Asperger" nous permet d'éviter de prononcer le mot "autiste", mais je ne peux m'empêcher de penser à cet article quand je pense au SA.
Je me demande si cette formulation ne tendra pas à disparaître dans les années à venir, sachant que sinon, il reste "autiste à haut niveau de fonctionnement"...
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Jean
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#18 Message par Jean » mardi 9 février 2016 à 23:57

Dans le DSM5, il n'y a plus de syndrome d'Asperger, puisqu'il est inclus dans les TSA.

Pour l'instant, il est toujours présent dans la CIM-10, qui doit continuer à être utilisée par les professionnels en France.

Le nom correspond à une réalité, qui ne disparaîtra pas. Dommage que celui qui a eu le mérite de découvrir l'autisme, de le considérer répandu, et d'y voir des caractéristiques utiles pour la société n'a pas eu la même empathie pour ceux qui étaient à une autre extrémité du spectre autistique. Ce n'est pas marrant de voir s'effondrer une icône aux pieds d'argile.

En comparaison, Känner s'est "contenté" de mettre l'autisme sur le dos des mères réfrigérateurs. Il a eu beaucoup de succès sur ce thème, et beaucoup de professionnels brodent encore sur les familles dysfonctionnelles, la dépression de la mère etc ... Sa vision de l'autisme était négative, marquée par le déficit intellectuel et l'enfermement dans les HP.

Känner et Asperger sont des produits de leur époque et de leur pays.

Personne ne veut prendre la succession d'Asperger dans l'"euthanasie" des enfants handicapés.

Känner s'est excusé auprès des mères, mais nous rencontrons encore bien d'autres professionnels prêts à les stigmatiser. Ce sont ceux-là qui nous posent problème.

Malheureusement pour nous, les psychiatres ne sont pas "tout blanc" ou "tout noir".

A Asperansa, nous avons choisi de parler du SA comme une partie du spectre autistique. C'est pour cela que dans le logo, il y a la mention : "Autisme Asperger". Nous ne parlons pas que du SA, mais aussi de l'autisme en général. Nous sommes centrés sur les besoins des personnes autistes vivant en milieu ordinaire, le plus souvent à "haut niveau de fonctionnement". Mais nous n'excluons personne. D'ailleurs, parmi les adhérents, il y a des parents d'autistes non-verbaux, enfants ou adultes.

Nous agissons aussi avec des associations qui représentent tout le spectre de l'autisme (nous sommes association partenaire d''Autisme France), l'autisme de haut niveau ou le SA (4A) et le handicap en général (collectif des associations de personnes handicapées du Finistère et du Morbihan).
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#19 Message par Flower » mercredi 10 février 2016 à 8:02

J'avoue que je ne me suis jamais intéressée à la personnalité de Hans Asperger, du coup difficile pour moi de comprendre qu'on puisse être aussi touché par ces révélations, qui, au vu de l'époque, n'ont rien de bien étonnant. (Sans aller jusqu'à l'euthanasie, aux Etats-Unis en mettait ce genre d'enfants en institution et on disait aux parents de les oublier, ce n'est pas tellement différent comme raisonnement.)
Détectée HQI dans l'enfance, diagnostiquée TSA de type syndrome d'Asperger en juillet 2015.

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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#20 Message par bidouille » mercredi 10 février 2016 à 8:41

Personnellement je relativiserai, Il voyait un avenir pour les enfants du spectres dans le haut niveau. Et pas pour ceux de bas niveau, est ce pour autant qu'il n'avait pas d'empathie. Il considérait que leur vie ne serait que souffrance, et qu'il fallait mieux en finir. C'est aussi de l'empathie même si je pense qu'il se plante. On retrouve aujourd'hui le même type de façon de penser au sujet de l'IMG.
Maman bizarroïde d'un grand boud de 11 ans (EIP TDA) et d'un ptit bouyou de 10 ans Asperger TDAH.
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#21 Message par Z999 » mercredi 10 février 2016 à 10:39

C'est vrai que quand on voit ce qu'ont pu subir certains autistes, placés en HP pour des raisons bidons, sans avenir, le progrès est limité par rapport à cette sombre époque des années 30-40. Si l'exécution des personnes lourdement handicapées était restée autorisée, je crois que certains auraient "du sang sur les mains" aujourd'hui...
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#22 Message par alexis » vendredi 12 février 2016 à 16:26

:kiss: pour les gens qui plaçaient beaucoup d'espoir, ressentent ça comme une douche froide, et se posent des questions.

Pour ma part, cette nouvelle donnée ne m'étonne pas, je l'attendais patiemment depuis quelques années, et même me réjouit car il y a enfin un fait qui soit cohérent avec mon ressentis intuitif sur le syndrome d'asperger.

Quand je me suis renseigné au cra de lille en 2008env., je me savais déjà hqi, et me posait la question concernant mes problèmes de comportement peut-être excessifs pour être simple hqi et pouvant faire penser à l'autisme asperger.

Le cra m'a dit, que j'étais en effet à cheval et pouvais choisir mon camp.J'ai choisis le haut potentiel, car c'était plus positif de me dire que j'avais la possibilité de m'en sortir et d'être heureux, que de me résigner à un statut d'handicapé dépendant des autres et résigné à ne pas vivre mes rêves d'enfant.

Depuis ce temps, pour les cas mixtes ou à la limite hqi/asperger comme moi, j'ai toujours vu le fait de se définir comme autiste asperger comme étant le choix du verre à moitié vide et du pessimisme, alors que le haut potentiel, était plutôt le choix du verre à moitié plein et de l'optimisme.

Hans Asperger avait beau être perçu comme un héros, je le voyais malgré tout comme quelqu'un qui avait manqué son coup en faisant rentrer dans le groupe du handicape mental, des enfants qui avaient la capacité de s'en sortir. L'enfer est pavé de bonnes intentions comme on dit. Mais ça me chiffonnait que quelqu'un qui ait de bonnes intentions puisse avoir une vision aussi négative de ses patients.

Dans le présent, toutes les personnes que je connais et qui sont sensibles au discours d'extrême droite de notre époque, sont toutes sans exception des personnes hyper négatives et/ou pessimistes et/ou défaitistes.

Maintenant que les faits sont plus cohérents entre le personnage Asperger, et la théorie d'Asperger, cela me conforte dans mon choix.

Quand je dis que je rejette le syndrome d'asperger, je ne rejette pas le groupe de gens qu'à identifié Hans Asperger et qui existe bel et bien. Ce que je rejette, c'est les explications "scientifiques" qu'Hans Asperger donne pour expliquer les comportements bizarres que l'on observe chez ces personnes différentes.

On peut toujours donner plusieurs explications/théories possibles pour un même fait. Personnellement j'ai toujours une préférence pour la plus positive.

Certains voient la différence comme une anomalie à corriger et réprimer. D'autres choisissent de la mettre en avant et de l'exploiter pour en faire quelque chose de bien.
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misty
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#23 Message par misty » vendredi 12 février 2016 à 17:48

alexis a écrit :Le cra m'a dit, que j'étais en effet à cheval et pouvais choisir mon camp.
Hein? :o Tu pourrais expliciter stp?
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#24 Message par meï » vendredi 12 février 2016 à 18:43

alexis a écrit : Le cra m'a dit, que j'étais en effet à cheval et pouvais choisir mon camp.J'ai choisis le haut potentiel, car c'était plus positif de me dire que j'avais la possibilité de m'en sortir et d'être heureux, que de me résigner à un statut d'handicapé dépendant des autres et résigné à ne pas vivre mes rêves d'enfant.

Depuis ce temps, pour les cas mixtes ou à la limite hqi/asperger comme moi, j'ai toujours vu le fait de se définir comme autiste asperger comme étant le choix du verre à moitié vide et du pessimisme, alors que le haut potentiel, était plutôt le choix du verre à moitié plein et de l'optimisme.

.
:shock: ben tant mieux pour toi.
personnellemnt je n'aurai pas pu continuer à me definir comme uniquement hpi sans le SA avec, puisque le SA avec, est un handicap, un réel handicap, quand même.je susi extra positive en règle génrale dans la vie sinon je ne serai plus là.
Mais je susi autiste aussi, et ca se materialise totu au long de ma vie et du quotidien que je le veuile ou non...
lire ça ça me laisse perplexe vraiment.
et francheemtn , sur ce coup là, je vais peut etre être dure, c'est mon avis, je ne dirai pas que l'on peut etre vraiment concerné par le SA avec de tels propos.ou alors il est tellement light qu'il est totalement insignifiant dans la vie. :innocent: et dans ce cas la on ne parle pas du SA du tout.
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#25 Message par G.O.B. » vendredi 12 février 2016 à 19:09

misty a écrit :
alexis a écrit :Le cra m'a dit, que j'étais en effet à cheval et pouvais choisir mon camp.
Hein? :o Tu pourrais expliciter stp?
Je ne suis pas sur de bien comprendre non plus, alexis. Pourrais-tu en profiter pour mettre à jour ta signature (ou motivation) concernant ton diagnostic ? Merci :wink:
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#26 Message par Jean » vendredi 12 février 2016 à 19:59

alexis a écrit :Hans Asperger avait beau être perçu comme un héros, je le voyais malgré tout comme quelqu'un qui avait manqué son coup en faisant rentrer dans le groupe du handicape mental, des enfants qui avaient la capacité de s'en sortir. L'enfer est pavé de bonnes intentions comme on dit. Mais ça me chiffonnait que quelqu'un qui ait de bonnes intentions puisse avoir une vision aussi négative de ses patients.
Je ne crois pas justement qu'il faille reprocher à Hans Asperger d'avoir une vision négative de ses patients. Sauf pour ceux qui sont à l'extrémité du spectre, avec déficience intellectuelle.
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#27 Message par Tugdual » samedi 13 février 2016 à 9:20

Asperger n'était donc qu'un personnage assez ordinaire ...
alexis a écrit :Dans le présent, toutes les personnes que je connais et qui sont sensibles au discours d'extrême droite de notre époque, sont toutes sans exception des personnes hyper négatives et/ou pessimistes et/ou défaitistes.
J'ose espérer que cette constatation toute personnelle
ne te conduit pas à généraliser une règle d'équivalence ...
Bilan le 24/09/2014 : TCS = trouble de la communication sociale.

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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#28 Message par Rudy » samedi 13 février 2016 à 12:13

Je te rejoins meï. Je suis aussi un peu décontenancée par tes propos alexis. Qu'on soit dans le déni du diagnostic c'est autre chose, mais, ça ne change pas le fonctionnement de la personne, que l'on assume d’être autiste ou pas...
Depuis ce temps, pour les cas mixtes ou à la limite hqi/asperger comme moi, j'ai toujours vu le fait de se définir comme autiste asperger comme étant le choix du verre à moitié vide et du pessimisme, alors que le haut potentiel, était plutôt le choix du verre à moitié plein et de l'optimisme.
Le pessimisme, ce n'est pas les personnes qui acceptent leur diagnostic comme étant réel, ça, c'est du réalisme. Le pessimisme, ce serait plutôt les personnes de notre société qui voient le handicap à peu près de la même façon que tu le décris.
Pas diag.

Bilans cognitifs: Pré-diagnostiquée Asperger léger à modéré.
Psychiatre: Troubles évoquant TSA + dys associés et anxiété. Préconisation.
En cours d'évaluation au CRA.

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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#29 Message par Jean » samedi 13 février 2016 à 12:37

Il ne faut pas minimiser le programme d'euthanasie des personnes handicapées, qui a tué à peu près 50 000 personnes de 1938 à 1941.

Il était extrêmement secret, caché de la population. Ce sont les réactions de la population allemande, avec les parents concernés, qui ont obligé Hitler à y mettre fin en 1941.

C'est impressionnant cependant de voir la quantité de personnels médicaux et paramédicaux, de religieux, qui y ont participé en connaissance de cause.

Ce programme a été le premier moyen de sélection du personnel SS des camps d'extermination. La personne qui était capable de tenir dans ce programme devait pouvoir aller plus loin (14 millions de personnes exterminées : juifs, polonais, russes, gitans).
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Re: Hans Asperger : Le Docteur et les Nazis

#30 Message par Jean » dimanche 28 février 2016 à 16:57

Le lourd passé antisémite de l’université
Le Monde.fr | 26.02.2016 | Par Blaise Gauquelin (Vienne, correspondant)

Lettre de Vienne. Que Vienne ait été un bastion d’antisémites pendant la seconde guerre mondiale, tout le monde le savait. En revanche, plus rares étaient ceux ayant eu vent des pogroms qui ébranlèrent son université à l’aube de la Belle Epoque. « Les journalistes autrichiens ont été négativement surpris de découvrir la brutalité de la haine envers les juifs antérieure à l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne en 1938 », note Werner Hanak-Lettner, le commissaire d’une exposition au Musée juif de Vienne (« L’Université, un champ de bataille », jusqu’au 28 mars) révélant actuellement des pans entiers d’une histoire bien cachée après 1945.

L’Autriche a encore du mal à digérer cette réalité. Pour célébrer son 650e anniversaire, en 2015, l’université de Vienne a choisi d’afficher un slogan trop positif sur la façade de son magnifique bâtiment principal qui donne sur le Ring, l’artère la plus prestigieuse de la capitale : « Ouverte depuis 1365. »

Mais ses portes restèrent longtemps fermées aux juifs, présents dans la ville dès le XIIIe siècle. Après leur expulsion de Vienne en 1421, les pierres de la synagogue détruite servirent à la construction d’un bâtiment de l’université. En fait, il fallut quatre cents ans pour que l’empereur Joseph II les autorisât à étudier comme ses autres sujets.

Clichés racistes

A partir du XIXe siècle, la faculté devint alors un lieu d’espoir et d’assimilation en offrant une alternative aux études religieuses, avant de se transformer, très brutalement, en une véritable zone de combats, lorsqu’une coalition de chrétiens sociaux et du mouvement des nationaux allemands s’empara de sa direction.

Un chirurgien réputé nommé Theodor Billroth fut le premier à légitimer des clichés racistes concernant les juifs. « Je ressens le gouffre qui sépare un sang purement allemand d’un sang purement juif » comme devait le ressentir un « Teuton » face à un « Phénicien », écrivit-il en 1875 dans un ouvrage académique de référence. Dans la foulée, des corporations étudiantes nationalistes allemandes se sentirent autorisées à interdire l’adhésion à des étudiants juifs.

Theodor Herzl, le père du sionisme, fut profondément marqué par cette période. En 1883, il démissionna de la corporation étudiante Albia pour dénoncer les propos antijuifs tenus par l’un de ses membres, lors d’événements violents ayant suivi la mort de Richard Wagner. La même année fut fondée la première corporation juive, Kadimah. Elle imita ses concurrentes en introduisant des duels à l’épée.

Après la première guerre mondiale, le nombre des juifs réfugiés de Galicie augmenta fortement sur les bancs des inscrits. Bien éduqués, tout de suite identifiés comme de sérieux concurrents par les fils de bonnes familles de Vienne, ils furent l’objet d’intimidations, de harcèlement et de violences de la part des corporations estudiantines, « parce que la Constitution interdisait alors d’établir un numerus clausus comme en Pologne et en Hongrie », précise Werner Hanak-Lettner. Lorsque les nazis arrivèrent au pouvoir, en 1938, ils recrutèrent massivement leurs cadres autrichiens à l’université. Du jour au lendemain, sur les 9 180 étudiants inscrits, 2 230 juifs durent faire leurs bagages.

Regard amer

Dans les années qui suivirent la capitulation, la nomenklatura universitaire, dominée alors par les catholiques conservateurs, ne fit rien pour les faire revenir. Fritz Knoll, le recteur de l’université de Vienne entre 1938 et 1943, reçut même, en 1961, une distinction honorifique en reconnaissance de « sa direction courageuse » de l’établissement « en des temps difficiles ». De nombreux professeurs membres du parti nazi purent continuer à enseigner. Kurt Schön, mort en 2015 à New York à l’âge de 99 ans, a, lui, regretté toute sa vie « de ne pas avoir pu finir son programme de médecine ».

Aujourd’hui encore, les survivants juifs ayant étudié à Vienne portent un regard amer sur le travail de mémoire effectué par leur pays d’origine jusqu’à très récemment. Trois juifs viennois lauréats du prix Nobel, Walter Kohn, Eric Kandel et Martin Karplus, diplômés d’universités américaines après leur émigration, ont refusé que l’Autriche s’enorgueillisse de leurs distinctions. Car ils affirment n’avoir reçu aucune réparation avant de devenir de brillants chercheurs de l’autre côté de l’Atlantique.

« Il est étonnant que l’Autriche ait eu besoin d’aussi longtemps pour se pencher sur l’ancienneté de l’antisémitisme » au cœur de la fabrique de ses élites, relève Klaus Taschwer, auteur d’un livre remarqué sur le sujet (Hochburg des Antisemitismus, « le bastion de l’antisémitisme », éd. Czernin, 2015, non traduit). « Sans doute, ajoute-t-il, est-il plus facile de ne révéler le nom des personnes impliquées que maintenant, c’est-à-dire exactement trois générations après la fin de la seconde guerre mondiale. »


Modération (Tugdual) : Suppression d'une phrase en double.
père d'une fille autiste "Asperger" de 36 ans

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