[Index] Décisions, choix, émotions et rationalité...

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[Index] Décisions, choix, émotions et rationalité...

#1 Message par Tugdual » jeudi 23 mai 2013 à 12:11

Modération (Tugdual) : Déplacement du sujet depuis "À propos de l'autisme et du S.A."


1) Introduction

Cela fait un moment que j'ai envie de faire
un point sur la prise de décision et les émotions.

Car si je n'ai pas encore de certitude sur mes soucis,
il y a longtemps que j'ai remarqué, sans doute possible, que :
  • j'ai beaucoup de difficultés à prendre des décisions;
  • j'ai tout autant de difficultés à percevoir, exprimer, gérer les émotions.
TCS = trouble de la communication sociale (24/09/2014).

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Re: Émotions, rationalités et décisions

#2 Message par Tugdual » jeudi 23 mai 2013 à 12:12

2) Prise de décision

En ce qui concerne la prise de décision, (comme pour beaucoup
d'autres contextes), mon seul outil est la rationnalisation,
qui, hélas, atteind très vite ses limites dans ce cas de figure.
En effet, toute prise de décision un tant soit peu usuelle
nécessite d'évaluer le contexte selon plusieurs critères.

Si je prends l'exemple de l'achat d'un véhicule, je vais
devoir évaluer (entre autres) les critères suivants :
  • le prix ;
  • le plaisir de conduite ;
  • la consommation de carburant ;
  • la durée de vie ;
  • le confort ;
  • l'esthétique ;
  • ... etc ...
Pour comparer différents véhicules entre eux, je vais facilement
pouvoir évaluer rationnellement chaque critère, et ainsi déterminer
pour chacun d'eux quel est le meilleur véhicule. Mais à l'heure
du choix, il va falloir faire une synthèse de tous ces critères,
et là, cela revient à comparer des torchons et des serviettes !

Par exemple, comment mettre en regard le plaisir de conduite
et le confort ? Certains m'ont dit qu'il suffisait de pondérer
les évaluations de chaque critère, mais cela ne fait que déplacer
le problème au choix des coefficients pondérateurs ...

Quand je regarde un critère, je ne peux m'empêcher de me dire
que vraiment, c'est ce véhicule là qu'il me faut. Puis je m'attarde
sur un autre critère, et je ne peux faire autrement que changer d'avis,
puis je passe à un autre critère et ... c'est une boucle sans fin !

En général, au bout d'un moment la situation m'énerve,
d'abord un peu, puis beaucoup, puis énormément,
et je finis par prendre une décision sur "un coup de nerf",
pour enfin sortir de cette boucle qui tourne au délire.

Evidemment, la décision prise n'est pas forcément la meilleure ...
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Re: Émotions, rationalités et décisions

#3 Message par Tugdual » jeudi 23 mai 2013 à 12:12

3) Émotions

Là je vais faire plus court, car je ne pense pas avoir
grand chose à apprendre à qui que ce soit ici.

Pour ce qui est de percevoir les émotions des autres,
disons que je suis ... peu performant. J'apprends
le plus souvent (parfois très) longtemps après les faits,
que untel ne va pas bien, qu'il a des soucis de santé,
ou bien personnels, quand bien même je cotoie
cette personne à longueur de journée ...
Si une personne rie ou pleure, ça va, mais quand
ça devient plus subtil, il ne faut plus compter sur moi.
D'une certaine façon, je ne souffre pas (directement)
de ce fait, car sur le moment je n'en ai pas conscience ...

Pour ce qui est d'exprimer mes propres émotions,
c'est bien pire dans la mesure où je suis conscient
d'avoir envie (besoin ?) d'exprimer quelque chose
mais de ne pas pouvoir y arriver, malgré mes efforts.
C'est d'autant plus pénible et douloureux que
cette incapacité à exprimer mes émotions se manifeste
bien évidemment avec des personnes très proches,
ou pire encore, dont je voudrais me rapprocher ...

Quant à ma gestion des émotions, mon "état émotionnel",
le moins qu'on puisse dire est que c'est la grosse pagaille.
Après bien des réflexions à ce propos, je suis arrivé
à la conclusion que j'ai en gros trois états :
  • euphorique ;
  • déprimé ;
  • neutre.
En fait, de deux choses l'une.

Ou bien je fais un gros effort pour filtrer tout ce que je ressens,
et alors je suis dans mon état "neutre", à peu près passe partout.

Ou bien je me laisse aller, et je suis, selon les circonstances,
soit euphorique, soit déprimé, sans nuances entre les deux,
et il suffit de pas grand chose pour basculer de l'un à l'autre.
Quoiqu'il me soit bien plus facile de basculer vers la déprime
que l'inverse (c'est aussi plus facile de pédaler dans les descentes !).

J'adopte évidemment presque toujours mon mode "neutre",
surtout dès que je suis en société, et je me force en même temps
à beaucoup sourire (enfin, j'ai du moins cette impression),
étant donné que c'est mieux perçu que l'inverse, et j'ai dans l'idée
que ça me permet de ne pas trop passer pour un extraterrestre.

C'est juste à la fois fatigant, éprouvant, et étouffant ...

Mince, finalement je n'ai pas réussi à faire court ! :roll:
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Re: Émotions, rationalités et décisions

#4 Message par Tugdual » jeudi 23 mai 2013 à 12:12

4) Lien entre émotions et décisions

Il y a plusieurs années, j'avais lu un article intéressant
qui liait la prise de décision aux émotions, malheureusement,
malgré de nombreuses recherches, je ne le retrouve pas.

Note : dans mes recherches, je suis tombé sur des articles
à destination des décideurs, et je peux vous dire qu'à les lire,
un voyant rouge clignottant "manipulation" flashe dans ma tête !

Pourtant, cette liaison m'interpelle encore bien plus maintenant,
je veux dire depuis que je connais le syndrôme d'Asperger.

J'ai finalement trouvé un document PDF apparemment issu
de l'université de Caen, mais téléchargé depuis un site russe ! :roll:
Ce document récent (références jusqu'à 2011) semble
une sorte d'état des lieux tout à fait pertinent de la question.

On y lit :
Sur un plan méthodologique, cette recherche de critère signifie que la connaissance des
relations entre émotion et décision ne peut être directe. Pour lever l’ambiguïté sur la nature
des effets de l’émotion, ces relations doivent être médiatisées et validées en faisant référence à
un troisième terme : la rationalité de l’action effectuée. Il convient donc d’entreprendre tout
examen dans le cadre d’une trilogie incluant émotion, rationalité et décision.
Au sens propre
du mot trilogie, ces trois « discours » sont constitutifs d’un construit (construct) ERD
(Émotion, Rationalité, Décision).
Un construit, rappelons-le, représente une entité théorique complexe dont les références
fondatrices sont indissociables.
[...]
La référence au construit ERD indique que les informations E et R activent des réseaux qui
« conduisent » au choix d’action D. Chercher à extraire l’une de ces références du construit
pour la traiter de façon indépendante amène à la couper de son contexte et parfois à la vider
de sa signification essentielle.
Le processus de décision comprend bien une rationalité,
mais "relative" à la fois aux circonstances et au décideur :
La rationalité révèle donc une grande variabilité et présente un caractère transitoire et
circonstanciel. Tout choix d’action (décision) n’est parfaitement rationnel qu’à un moment
donné ; il peut s’avérer ne plus l’être en d’autres circonstances. De même tout choix d’action
pertinent pour une personne donnée peut ne pas l’être pour une autre.
Quant aux émotions, elles sont aussi clairement impliquées :
La prise de décision est différente selon l’état émotionnel qui prévaut lors des
processus de traitement et ces états affectifs représentent des « éléments d’optimisation de la
décision » (Naceur, 2010, p. 269) ou de son échec, au sens où ils permettent d’élargir
l’éventail des options disponibles et « suggèrent » différentes formes d’action pour les
atteindre. On peut considérer que les facteurs émotionnels stimulent la créativité et permettent
d’étendre la gamme des options possibles par activation d’aires corticales nouvelles
(Vuilleumier, 2005 ; Mitchell, 2011) et que les actions disponibles vont bien au-delà des
opportunités d’action arrêtées lors d’une analyse préliminaire comme la rationalité
axiomatique le requiert.
Les états émotionnels sont donc bien des incitateurs ou des inhibiteurs de choix d’action,
selon qu’ils sont perçus positifs ou négatifs (Isen & Shalker, 1982 ; Isen & Patrick, 1983).
Modifié en dernier par Tugdual le jeudi 23 mai 2013 à 12:17, modifié 1 fois.
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Re: Émotions, rationalités et décisions

#5 Message par Tugdual » jeudi 23 mai 2013 à 12:13

5) Et l'autisme dans tout ça

Jusqu'ici, j'ai lu bien des témoignages faisant état
de difficultés quant à tout ce qui concerne les émotions.
Il y a même des livres à ce sujet, comme "Autisme et émotions",
qu'il va absolument falloir que je me procure.

À côté de ça, j'ai vu passer quelques allusions
à la difficulté de prises de décision.

Au vu d'une part de l'état de la recherche, qui travaille
désormais bien sur le trio "rationalité, émotion, décision",
et d'autre par de ma propre expérience, il semblerait
logique que des soucis à propos des émotions
entrainent des soucis pour prendre des décisions.

D'où le double questionnement :
  • et vous, avez-vous du mal à prendre des décisions ?
  • que pensez-vous des travaux ci-dessus ?
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Re: Émotions, rationalités et décisions

#6 Message par Laura Ingalls » mercredi 29 mai 2013 à 22:12

Tugdual a écrit :et vous, avez-vous du mal à prendre des décisions ?
Oh que oui!! Je dois souvent me forcer pour pas y passer une éternité! Dès fois je réfléchis tellement longtemps, qu'à force le temps presse et je suis obligée de décider quelque chose. Ou bien le magasin ferme et je suis obligée de vite choisir entre revenir ultérieurement (et y passer de nouveau une éternité), ou rapidement choisir entre truc et bidule. En général je vais choisir la deuxième possibilité et me forcer à décider. Mais c'est toujours inconfortable et c'est pas forcément la meilleure décision à l'arrivée!
"L'autisme n'est pas contagieux et je trouve que c'est bien dommage d'ailleurs!" J. Schovanec

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Re: Émotions, rationalités et décisions

#7 Message par Lilas » mercredi 17 juillet 2013 à 20:59

Je ne sais pas si tu t'intéresses à la philosophie, mais Spinoza a étudié cette question de façon remarquable.

En cherchant une référence pour appuyer mon propos, je suis tombée sur cet article, qui peut peut-être t'intéresser (je n'ai lu qu'en diagonale alors je suis peut-être hors sujet) : http://www.automatesintelligents.com/bi ... masio.html

Et sinon, plus personnellement, j'ai aussi souvent beaucoup de mal à prendre une décision.
Je fais des listes comparatives avec notations pour les choses importantes.
Et pour les choses plus anodines, je tire souvent au sort à l'aide d'une petite comptine de mon cru qui me suis depuis l'enfance.
Lilas - TSA (AHN)

Mon roman : Ma dame aux oiseaux

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Re: Émotions, rationalités et décisions

#8 Message par Tugdual » mercredi 17 juillet 2013 à 22:20

Très intéressant, ce Antonio Damasio ...

Quant à la philosophie, ce n'est pas que je ne trouve
pas cela intéressant, mais je n'ai connu cette matière
qu'une seule année, et encore, une heure par semaine ...

Il va donc falloir que je creuse Spinoza ...
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Re: Émotions, rationalités et décisions

#9 Message par Madu » vendredi 19 juillet 2013 à 12:58

Alors quel avis sur le livre "Autisme et émotions" ? C'est bien celui de Peter Vermeulen que tu as lu?
Nous nous sommes surtout sentis concernés par les pages 99 à 101
(pour les parents c'est le chapitre "quelques conseils pratiques" ...)

Le hors série "l'essentiel de cerveau & Psycho" de Août 2011 sur "les émotions au pouvoir" donne un éclairage surprenant
Emotions sociales, émotions individuelles, neuropsychologie des émotions : les émotions ont une influence notable sur nos comportements et nos décisions.
Je scannerai quelques pages lundi :)
Maman d'un seul petit gars né en 2005, autiste.
"By giving away what we want most (love, money, gratitude), we create a greater abundance of the very commodity we seek. What goes around comes around." ~ Barry Neil Kaufman

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Re: Émotions, rationalités et décisions

#10 Message par Tugdual » lundi 22 juillet 2013 à 8:15

Madu a écrit :Alors quel avis sur le livre "Autisme et émotions" ? C'est bien celui de Peter Vermeulen que tu as lu?
C'est bien celui-là.

Comme à mon habitude, j'en ai fait
une première lecture hyper-rapide,
en attendant une seconde lecture plus
approfondie, mais déjà, des post'its
un peu partout en guise de marque-page ...

Je me retrouve pas mal dans ce qu'il écrit,
d'autant plus que j'ai vraiment l'impression
que c'est là le coeur de mes soucis.
Madu a écrit :Nous nous sommes surtout sentis concernés par les pages 99 à 101
(pour les parents c'est le chapitre "quelques conseils pratiques" ...)
Je trouve ces conseils tout à fait pertinents ...
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Re: Émotions, rationalités et décisions

#11 Message par freeshost » lundi 22 juillet 2013 à 15:10

Si j'ai difficulté à prendre à des décisions, c'est souvent par aversion au renoncement (renoncer aux options que je n'ai pas choisies). Souvent, j'aimerais prendre plus d'options que ce que je peux. Depuis, j'ai trouvé un "truc" : parmi les options qui m'intéressent, je choisis celles que je connais le moins. Exemple : si vous me proposiez de choisir une seule option parmi "Épistémologie" et "Psychologie", je choisir l'épistémologie car je connais moins. Toutefois, je continuerai de consacrer du temps à la psychologie. :lol:

Pour ce qui est des choix parmi les achats, ça devient de plus en plus facile pour moi : j'ai toujours plus de critères éthiques de sélection. Puis quand on connaît un peu la psychologie sociale, on apprend qu'on est beaucoup moins influencé par l'entourage (dont les interlocuteurs) quand on a planifié et qu'on se tient aux planifications (et ne nous soumets pas à la tentation :lol: ), comme par exemple au magasin. Bon, au fur et à mesure, le panier de la ménagère devient relativement constant (monotone, selon certaines personnes). Mais comme je vis seul, ça ne dérange personne. En cohabitation, ce ne serait pas évident de vivre avec des personnes aux habitudes très différentes.
Pardon, humilité, humour, hasard, confiance, humanisme, partage, curiosité et diversité sont des gros piliers de la liberté et de la sérénité.

Diagnostiqué autiste en l'été 2014 :)

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Re: Émotions, rationalités et décisions

#12 Message par Madu » mardi 23 juillet 2013 à 13:04

Les émotions au cœur du cerveau

Auteur: Sylvie Berthoz est chargée de recherche dans l'Unité INSERM U669 et psychologue dans le Service de psychiatrie pour adolescents et jeunes adultes de l'Institut Mutualiste Montsouris, à Paris.

Le cerveau est l'organe des émotions: il donne naissance à la joie, la tristesse, la peur ou la colère, comment tous ces affects sont-ils mis en relation et placés sous le contrôle de la raison? De récentes découvertes en neurosciences l'expliquent
En Bref

Le cerveau traite les différentes émotions (joie, tristesse, colère, etc.) à l'aide de modules spécialisés, mais aussi grâce à un circuit global qui y introduit une dimension rationnelle.

Une zone du cerveau permet de réguler volontairement l'intensité de certaines émotions. Elle pourrait être renforcée par divers types d'exercices.

Un tempérament plus ou moins émotif repose sur certains gènes, qui semblent renforcer ou fragiliser les connexions entre zones productrices et régulatrices
Les émotions ont longtemps été les laissées- pour-compte des neurosciences cognitives. Elles étaient considérées comme trop périlleuses à étudier du fait de leur caractère tellement subjectif, ne se prêtant pas à une approche expérimentale en laboratoire, par opposition au noble domaine de recherche que constitue l'étude de la « raison ». En outre, la recherche sur les bases cérébrales des émotions a pâti de la conception cartésienne, dualiste, selon laquelle le cerveau est le siège de « l'esprit » et le corps celui des émotions, le premier étant le propre de l'homme, tandis que les émotions seraient communes à tous les mammifères.

C'est presque fortuitement que l'étude scientifique des bases neuronales des émotions chez l'homme a vu le jour. À mesure de l'avancement des connaissances sur les mécanismes cognitifs et cérébraux mis en jeu dans l'attention, la mémoire, ou encore le raisonnement, neuroscientifiques et psychologues ont progressivement constaté combien les émotions peuvent influer sur les processus cognitifs. Ainsi, Antonio Damasio, de l'Université Southern California, raconte à propos d'un patient dont le comportement a radicalement changé à la suite de lésions cérébrales: « Je me suis aperçu que je m'étais beaucoup trop soucié des capacités intellectuelles d’Elliot et des facteurs mentaux sous tendant sa faculté de raisonnement, mais que, pour diverses raisons, j'avais complètement négligé de m'intéresser à sa réactivité émotionnelle.
« […] il était capable de raconter sa tragédie avec un détachement qui contrastait avec la gravité de ce qui lui arrivait TI ne laissait percer aucune émotion, racontant toujours les événements comme s'il en était un spectateur non personnellement engagé et impartial. » Par la suite, A. Damasio et ses collègues ont montré que la composante émotionnelle du psychisme façonne le comportement, notamment certains processus de prise de décision.

Le cerveau émotionnel

Grâce à l'essor des techniques de neuro-imagerie non invasives, et parallèlement au développement des méthodologies expérimentales neurosciences cognitives, l'étude des structures cérébrales impliquées dans la réponse émotionnelle a acquis ses lettres de noblesse et constitue aujourd'hui un domaine de recherche à part entière; les neurosciences des affects (Affective Neuroscience, en anglais). Les toutes premières études d'imagerie cérébrale fonctionnelle sur le traitement de stimulus émotionnels ont été menées chez des patients déprimés, anxieux ou victimes de lésions cérébrales. Néanmoins, il se entre un état dépressif majeur et un état transitoire de tristesse, qui fait partie du vécu émotionnel du sujet en bonne santé. Ces deux états peuvent être sous-tendus par des réseaux neuraux en partie communs, quoique distincts.

Ce n'est qu'en multipliant les études sur des personnes malades, d'une part; et chez le sujet sain, d'autre part, que nous avons pu progresser dans la caractérisation du réseau cérébral responsable de nos comportements émotionnels. Aujourd'hui, on dispose d'un nombre important d'études de neuro-imagerie qui permettent de comprendre avec une précision croissante quelles structures du cerveau nous font ressentir la peur, la joie, mais aussi des émotions plus complexes, telles que l'embarras, la culpabilité ou l'empathie. Ces études ont révélé des circuits complexes de structures interconnectées responsables de l'analyse des événements émotionnels.

Mais avant tout, comment fait-on pour étudier les émotions en laboratoire? Pour pouvoir identifier les bases neuronales des réactions émotionnelles, il est nécessaire de les disséquer en opérations mentales élémentaires. En effet, une réaction émotionnelle comporte différents processus, notamment la formation d'une émotion, son expression, l'expérience subjective qui lui est associée et l'adaptation du comportement au contexte émotionnel. Ces différentes opérations mettent en jeu des processus de complexité croissante, au cours desquels les mécanismes de représentation mentale évoluent. C'est pourquoi émotion et cognition impliquent des systèmes cérébraux en partie communs.

Pour étudier les émotions grâce à la neuro-imagerie fonctionnelle, on cherche à mettre en correspondance des changements transitoires d'état émotionnel avec les variations d'activité des systèmes neuronaux associés. En comparant les activités correspondant à des états émotionnels contrastés (la peur par rapport à la joie, par exemple), il est possible de quantifier et de localiser les variations d'activité. Dans cette perspective, on recourt à des modèles dits « d'activation émotionnelle ». Deux approches permettent de tester la façon dont le cerveau traite une émotion.

L'induction externe consiste à exposer le sujet à un stimulus déclenchant une émotion, qui peut être visuel (on lui présente des photos de visages exprimant des émotions, des images ou des films dont l'aspect émotionnel a été préalablement validé) ou auditif. Dans ce dernier cas, on lui fait écouter des sons émotionnels, tels des pleurs ou des rires, ou des récits émotionnels, par exemple ; « Ce matin, son médecin m'a téléphoné pour m'annoncer que ma mère est atteinte d'un cancer en phase terminale » ou {( Hier soir, ma femme m'a annoncé qu'elle est enceinte.»Par opposition à l'induction externe, où l'on présente au sujet un stimulus réel, l’induction interne consiste à lui demander de se remémorer des évènements personnels, des situations qu’il considère comme chargées affectivement. Le stimulus est alors produit mentalement, de l'intérieur. A partir de ces deux sortes d'induction, les neuroscientifiques peuvent ensuite étudier ce qui se passe dans le cerveau quand on ressent passivement une émotion, mais aussi quand on se focalise sur elle, en lui donnant une résonance affective plus profonde, en lien avec son histoire personnelle.

À chaque émotion son « centre » cérébral?

Il importe ensuite de confronter les résultats de telles études au sein de ce qu'on 'nomme des méta-analyses, qui consistent à centraliser de nombreuses études consacrées par exemple à la peur, à la joie, il la tristesse. Il s’agit de comparer les résultats de ces études, et d'en extraire les résultats les plus saillants. C'est ainsi que l'on peut aujourd'hui localiser certaines régions du cerveau qui semblent plus particulièrement impliquées dans la perception de telle ou telle émotion.

En 2002, nous avons mis en correspondance les résultats d'un grand nombre d'études d'imagerie cérébrale. Nous avons ainsi mis au jour plusieurs notions importantes. Tout d'abord, il ne semble pas exister de dominance de l'hémisphère droit dans le traitement des émotions, ni une spécialisation des zones antérieures dans les émotions positives ou des zones -postérieures dans les émotions négatives, ou vice versa. Ce constat est en désaccord avec ce qui avait été suggéré dans les modèles précédents issus de la neuropsychologie. En revanche, les émotions primaires semblent relativement localisées dans des aires spécifiques.

En ce qui concerne la joie, seule émotion positive, plus de la moitié des études confrontées révèlent des activations des noyaux gris central: (voir la figure 1), structures nerveuses localisées dans la profondeur du cerveau, et qui régulent notamment les mouvements. Pour les émotions négatives, il existe tout d'abord un lien étroit entre l'induction de la peur et l'activation de l'amygdale, une zone en forme d'amande, proche des noyaux gris centraux. Cette activation s'observe aussi bien lorsqu'on présente à une personne des photographies de visages exprimant la peur, que si on lui fait lire des mots effrayants, ou si elle entend des sons inquiétants. Tout se passe comme si l'amygdale fonctionnait comme un système d'alarme à l'égard des menaces potentielles, ou, plus généralement de tout signal émotionnel saillant dans l'environnement. Chez certaines personnes, il arrive que l'amygdale s'active au moment de faire une présentation en public, ou même à l’idée de cette présentation. Ces personnes souffrent de ce que l’on nomme une phobie sociale, peur d'apparaître en public. Peur, angoisse et stress sont globalement liés à l'activation de l'amygdale.

Venons-en à la tristesse: cette fois, les résultats convergent vers l'activation de l'aire dite subgénuale du cortex cingulaire antérieur. C'est également dans cette région que l'on a observé une diminution de l'activité chez des personnes déprimées. Par ailleurs, les traitements antidépresseurs en augmentent l'activité. li y a donc une correspondance entre les activations cérébrales associées à l'induction transitoire d'un état de tristesse chez le sujet sain, et les variations d'activité observées dans les troubles de l'humeur.

Enfin, bien que la colère et le dégoût aient été moins fréquemment étudiés, il semblerait que le dégoût soit particulièrement associé à l'activation de l'insula (notamment antérieure), et la colère à l’activité du cortex orbitofrontal latéral.

Quand émotion et cognition se conjuguent

Toutefois, si certaines' activations cérébrales régionales semblent dépendantes de la nature de l'émotion, d'autres ne le sont pas. Ainsi, les méta-analyses ont également révélé que, quelle que soit l'émotion induite, qu'elle soit plaisante ou déplaisante, et indépendamment de la méthode d'induction (interne ou externe), une structure cérébrale située dans le lobe frontal -le cortex préfrontal dorsomédian - est systématiquement activée. Cette région cérébrale jouerait un rôle clé dans « l'Intégration émotionnelle », lors de l'évaluation cognitive des caractéristiques émotionnelles des stimulus en fonction du contexte (voir la figure 2). Ce phénomène d'intégration des émotions et de la cognition est parfois qualifié de métacognition.

La métacognition est à l’œuvre dans la plupart des situations émotionnelles. C'est elle qui fait que l'on n'est pas effrayé quand on voit un animal sauvage en cage, alors qu'on le serait en l'absence de barreaux: l'évaluation (cognitive) de la situation module en partie le déclenchement de l'émotion. Ii existe donc un filtre cognitif posé sur l'émotion brute, qui serait produit par le cortex préfrontal dorsomédian.

D'autres équipes de recherche se sont intéressées au déroulement temporel de ces processus cérébraux, c'est-à-dire à leur évolution dans le temps. Une telle analyse repose sur la méthode dite des potentiels évoqués ou magnétoencéphalographie: il s'agit de mesurer les courants magnétiques produits par les différentes zones du cerveau au cours du temps, au moyen d’électrodes posées sur le crâne.

En 2007, des neuroscientifiques tels que Amanda Holmes et Martin Heimer, de l'Université de Roehampton en Angleterre, se sont demandé si le cerveau réagissait suivant une dynamique différente, quand on présentait à une personne des expressions faciales chargées émotionnellement ou neutres. Il a ainsi été établi que, comparativement il des visages neutres, la perception de visages émotionnels est associée à des modifications précoces de l'activité corticale, atteignant leur maximum dès 120 millisecondes après l'apparition des visages. Ces résultats, obtenus sans qu'il soit demandé aux sujets de réaliser une évaluation consciente du contenu émotionnel des visages, suggèrent que notre cerveau réalise une analyse différentielle automatique, très précoce, des stimulus sociaux émotionnels. En outre, Jonas Olofsson et ses collègues, de l'Université d'Umea en Suède, ont constaté que la visualisation de scènes déplaisantes suscite des ondes cérébrales plus intenses (encore nommées positivités) que les scènes plaisantes.

Cela suggère que les stimulus aversifs (désagréables ou dangereux) sollicitent davantage la focalisation rapide de l’attention. Cela explique-t-il la prédominance des émotions négatives (cinq émotions négatives de base, pour une seille positive) dans le registre émotionnel humain. Dans cette perspective, les émotions négatives auraient le pouvoir de mobiliser les ressources attentionnelles pour se soustraire aux dangers, et auraient remplie tout au long de notre évolution un rôle dans notre survie.
Cerveau.jpg
Qu'est ce que la conscience émotionnelle ?

Dans le monde de l'affect, il n'y a pas que les émotions de base. Chaque personne a sa façon bien à elle de ressentir l'émotion, de lui donner une résonance, d'en prendre conscience ou au contraire de la subir de façon distante et relativement passive. La conscience émotionnelle est l'intensité avec laquelle nous apprécions notre propre ressenti émotionnel, afin d'en évaluer les; conséquences et le sens, mais aussi notre capacité à attribuer des émotions à autrui. Là encore, lès études de neuro-imagerie ont permis de mieux comprendre les bases neuronales de ce phénomène. Par exemple, le psychologue américain Richard Lane a comparé les modifications de l'activité neuronale de volontaires, selon qu'ils avaient pour consigne de se concentrer sur leur propre ressenti devant des scènes émotionnelles, ou qu'on leur demandait de se concentrer sur certains aspects des mêmes scènes (l'heure indiquée par une horloge, etc.}, Lorsque les sujets devaient porter leur attention sur des aspects particuliers, la région du cortex pariéto-occipital s'activait, ce qui est logique, car on sait que cette zone intervient dans l'attention spatiale. En revanche, lorsqu'ils se concentraient sur leur propre émotion, c'est la région rostrale du cortex cingulaire antérieur, ou aire de Brodmann BA32, qui s'activait. D'autres études, notamment celles de Neil MacRae en 2008, ont confirmé le r61e particulier du cortex cingulaire antérieur dam la représentation subjective de la réponse émotionnelle. C est cette zone du cerveau qui nous permet de prendre pleinement conscience des émotions que nous ressentons, qu'il s'agisse de la peur, de la joie on de la tristesse ...

L’émotion, un chemin vers l'autre

Honte, fierté, culpabilité... les émotions sociales sont ressenties en présence d'un tiers, en public, ou en relation avec autrui. Plusieurs équipes ont étudié la culpabilité et l'empathie. Elles ont examiné quelles structures cérébrales sont sollicitées quand on demande, par exemple, à un sujet de se représenter ce qu'une autre personne éprouve dans une situation donnée. Certes, il n'est pas facile d'étudier une réaction empathique dans un environnement expérimental souvent éloigné des conditions de vie réelles. Mais certaines techniques permettent de reproduire assez fidèlement les processus empathiques spontanés, par exemple en demandant à des volontaires de lire la consigne suivante; « Imaginez que vous êtes assis à côté de quelqu'un d'inconnu sur un banc dans un parc, et que vous réalisez que cette personne pleure. Représentez-vous pourquoi cette personne pleure. Racontez. » De fait, une telle consigne fait appel à des mécanismes proches de ceux auxquels recourent les cliniciens pour prendre en charge des patients souffrant de troubles psychiatriques.

Dans l'ensemble, les études des mécanismes de l'empathie ont montré qu'en plus de structures préalablement associées aux émotions primaires (dont le cortex cingulaire antérieur, le cortex orbitofrontal et I'insula), le circuit neural de la « mentalisation », grâce auquel nous nous représentons l'état mental d'autrui, est activé et notamment le cortex préfrontal, le sillon temporal supérieur, les portions antérieures des lobes temporaux et l'amygdale (voir la figure 2). L’orchestration de ces zones cérébrales est altérée dans certains troubles psychiatriques, comme nous l'avons montré avec Julie Grèzes, directeur de recherche à l'INSERM, dans le cas de l'autisme. *

Abordons la question de la régulation émotionnelle; que se passe-t-il dans votre cerveau pour qu'en quelques secondes vous réalisiez en voyant un matin la mine défaite de votre meilleur ami que ce n'est pas le moment de lui annoncer que vous avez gagné au loto? Cette question a été abordée avec succès depuis peu, grâce à une nouvelle méthode d'analyse du fonctionnement cérébral: l'analyse de connectivité fonctionnelle. De quoi s'agit-il? Lorsqu'une personne réalise une tâche mentale, ou ressent des émotions en lisant un texte ou en regardant des images, les scanners enregistrent l'activité de différentes zones cérébrales. La connectivité fonctionnelle consiste à observer quelles zones sont activées et les liens entre-elles: pour ce faire, on examine si l'augmentation de l'activité dans une zone particulière s'accompagne de l'augmentation de l'activité dans d'autres régions du cerveau. On établit ainsi des corrélations d'activités entre différents sites cérébraux, qui permettent en quelque sorte de reconstruire la façon dont le cerveau s'organise pour percevoir certaines situations, pour réguler son activité, notamment quand des émotions sont en jeu.

La régulation émotionnelle

La méthode d'analyse de connectivité fonctionnelle a permis d'établir un modèle anatomo-fonctionnel des stratégies de régulation émotionnelle, qu'elles soient volontaires on automatiques. Ce qui signifie que l'on commence à avoir une idée des zones du cerveau qui entrent en jeu lorsque nous régulons une émotion, qu'il s'agisse de refréner sa colère ou de tempérer sa tristesse, ainsi que de la façon dont ces différentes aires cérébrales s'activent, successivement ou simultanément, et interagissent. Le résultat de ces travaux, notamment ceux de la psychologue américaine Louise Phillips en 2008, est assez étonnant; notre capacité à produire un comportement émotionnel approprié impliquerait l'orchestration de plusieurs circuits comprenant deux grandes voies et entretenant des relations de rétrocontrôle.

Il existerait ainsi, premièrement, une voie ventrale sollicitant des structures sous-corticales, telles que l'amygdale, I'insula, le striatum et l'hippocampe, ainsi que les régions ventrales du cortex préfrontal latéral et médian, du cortex cingulaire antérieur et du cortex orbitofrontal.

Cette voie serait plus particulièrement impliquée dans les processus automatiques de la régulation émotionnelle, qui œuvrent sans que nous n'en prenions conscience: c'est ce qui permet par exemple à une peur de s'estomper progressivement. Ainsi, un enfant voyant un chien pour la première fois peut avoir peur de lui, mais, petit à petit, il constate qu'il n'y a pas de danger, et sa peur est atténuée par des mécanismes internes de régulation dits automatiques.

Deuxièmement, une voie dorsale incluant à la fois les régions dorsales du cortex préfrontal (dorsolatéral et médian) et le cortex cingulaire antérieur. Cette voie serait davantage impliquée dans la régulation volontaire et contrôlée de la réponse émotionnelle et l'adaptation du comportement à la situation. C'est ce circuit cérébral qui vous permet, si un individu vous double dans une file d'attente, de ne pas l'agresser directement, mais de lui signifier poliment que vous attendiez là depuis déjà plusieurs minutes.
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Les gènes en question

Mais en quoi la connaissance des zones du cerveau qui contrôlent nos réactions émotionnelles peut-elle nous aider à mieux maîtriser nos élans affectifs? Une discipline en plein développement (même si l'on manque encore d'études pour en évaluer l'efficacité) est la régulation de sa propre activité cérébrale, ou neuro-feedback. Le principe est simple: on observe l'activité de son cerveau pendant que l'on vit des émotions, et l'on s'efforce par exemple de diminuer l'activité de la zone responsable de la colère, en fixant son attention sur un écran.
Le neuroscientifique américain Christopher de Charms a ainsi montré, par des nouvelles techniques de neuro-imagerie (notamment l'imagerie fonctionnelle en temps réel, ou real time fMRI), qu'un individu peut apprendre à faire varier en direct ]'activité de son cerveau, et que plus il fait diminuer l'activité de la zone du cerveau associée à une émotion (par exemple, pour la douleur, Je cortex cingulaire antérieur), plus il peut atténuer le ressenti affectif associé (ici la douleur).

Ainsi, des résultats particulièrement prometteurs ont été obtenus par Holger Gevensleben et ses collègues, de l'Université de Göttingen en Allemagne, chez des enfants atteints de trouble de l'attention et de l'hyperactivité : on a constaté chez les enfants ayant suivi de telles séances de régulation cérébrale une amélioration de leurs symptômes. Cette méthode de « rééducation cérébrale » est donc prometteuse, mais la mise en évidence d'un effet durable de ce type d'entraînement cérébral reste à établir.

Ainsi, des avancées dans la caractérisation des bases cérébrales de nos comportements émotionnels ont été réalisées, mais d'autres sont à venir. Actuellement, des études d'envergure sont menées chez l'adolescent pour comprendre les bases neurales de J'attachement, ou les différences interindividuelles d'affectivité.

À ce propos, la rencontre avec la génétique a permis de mettre en correspondance une personnalité anxieuse avec un gène qui intervient dans le cycle de la sérotonine** (un neuromédiateur clé de l'affectivité) et avec le degré de connectivité entre le cortex préfrontal et l'amygdale. Le psychologue et neuroscientifique Turhan Canli, de l'Université Stony Brook aux États-Unis, et le psychiatre Klaus-Peter Lesch, de l'Université de Würzburg en Allemagne, ont ainsi étudié des personnes dont certaines étaient porteuses d'une variante courte d'un gène modulant la production de sérotonine, et d'autres d'une variante longue. Ils ont constaté que les porteurs de la variante courte sont plus anxieux; en outre, leur amygdale s'active davantage à la vue de visages menaçants ou apeurés. Enfin, chez ces personnes, le couplage entre l'activation de l'amygdale et celle des régions ventrales du cortex préfrontal est plus marqué lors de la visualisation d'images déplaisantes.

De tels travaux fondamentaux montrent toute l'importance du lien entre les gènes, le fonctionnement du cerveau et des émotions telles la peur ou l'anxiété. Il est important, dès lors, de considérer les émotions comme un mélange d'une prédisposition génétique, et du fonctionnement cérébral, lui-même fruit des gènes, de l'expérience et de l’éducation... C'est certainement une des plus importantes directions de recherche pour l'avenir.

* note de Madu - certes c'est mis psychiatrique mais ne nous arrêtons pas là ...
** note de Madu - on se rappelle de la sérotonine ici : http://forum.asperansa.org/viewtopic.ph ... ine#p89956


contributions :
s. Berthoz et S. Krauth-Gruber; La Face Cachée des Émotions, Éditions Le Pommier Universciences, Collection Le Collège, 2011.
J. Grèzes et ar., A Foi/ure to grasp the affective meaning of actions in autism spectrum disorder subjects, in Neuropsychologia, vol. 47(8-9), pp. 1816-1825,2009_
M. L. PhiIHps et at. A neuralmodel of voluntary and automatic emotion regu/aHon : implications for understanding the pathophysiology and neurodevelopment
of bipolardisorder, in Mol. Psychiatry, vol. 13[9), pp. 829,833-57,2008.
c. Besche-Richard et C. Bungener, Psychopathologies, émotions et neurosciences, Belin 2006.
S. Berthoz et al., Emotions: From neuropsycho/ ogyto functional imaging, in Int.
J. Psychology, vol. 37[41, pp. 193203,2002.
Maman d'un seul petit gars né en 2005, autiste.
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Re: Émotions, rationalités et décisions

#13 Message par Tugdual » mercredi 24 juillet 2013 à 13:11

Très intéressant tout ça ...
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Re: Émotions, rationalités et décisions

#14 Message par Madu » mercredi 24 juillet 2013 à 13:21

Ce n'est pas une "histoire de volonté", il y a des raisons physiologiques qui font que prendre des décisions est difficile quand on est autiste.
En fouillant dans les articles de la recherche on s'apercevrait (probablement) que bien des comportement décrits sur ce forum ont leur origine dans le cerveau.
Ce qui peut donner de l'espoir c'est la plasticité du cerveau et dans le futur peut-être des "séances de régulation cérébrale" pour permettre de mieux vivre ? :wink:
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Re: Émotions, rationalités et décisions

#15 Message par Tugdual » mercredi 24 juillet 2013 à 14:41

Madu a écrit :Ce n'est pas une "histoire de volonté", il y a des raisons physiologiques qui font que prendre des décisions est difficile quand on est autiste.
Je ressens cela viscéralement, mais c'est
un message difficile à faire passer ...
Madu a écrit :Ce qui peut donner de l'espoir c'est la plasticité du cerveau et dans le futur peut-être des "séances de régulation cérébrale" pour permettre de mieux vivre ?
J'ai un gros doute la dessus.
La plasticité doit plus concerner les enfants ...

Tant d'années d'efforts pour un résultat nul
(par "résultat nul", je veux dire que je dois
faire toujours autant d'efforts dans certaines
situations). Donc je ne la ressens pas du tout,
la plasticité cérébrale, et je me cogne toujours
aux mêmes murs, avec les mêmes résultats ...

Je suis dans une de ces périodes délicates :
une semaine que je n'avance à rien, que
je prends sur moi et que je me rends malade.
Ça devrait aller mieux en fin de semaine ...
TCS = trouble de la communication sociale (24/09/2014).

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