[Index] Psy : Jasons psychologie, psychiatrie...

Pour les gens qui ont simplement envie de discuter sans souhaiter faire passer d'information particulière.
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freeshost
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Re: [Index] Psy : Jasons psychologie, psychiatrie...

#481 Message par freeshost » vendredi 5 juin 2020 à 16:16

Vous savez, il y a eu plein de polémiques et autres débats stériles en ces temps de pandémie, de confinement, de déconfinement. Théories du complot et anti-vaccins ont été dopés.

Aujourd'hui, ma mère et l'une de mes sœurs et moi sommes allés manger dans un restaurant - appréciez la cuisine asiatique ! :P

Ben, c'est parti dans une de ces discussions comme on en lit beaucoup sur l'internet. :o

L'une en proie au syndrome du grand méchant monde, avec une petite pipette de d'anti-vaccinisme. L'autre qui lui demande ses sources, et de ne pas jeter l'eau du bain, de ne pas devenir anti-État, et lui demande que faire alors... Je vous passe les détails. Vous trouverez sans difficultés sur l'internet des discussions du même genre.

Bon, pour ma part, j'écoute, je me dis rebelote une millième fois le dialogue de sourds (les forums politiques, les discussions tourne-en-rond ici et là, même parfois sur ce forum :lol: ). Dans ma tête, j'active le détecteur de biais cognitifs et de sophismes. :mrgreen:

Bon, après le repas, ma sœur doit aller ici, ma mère m'accompagne encore (pour aller acheter les végétaux non emballés dans du plastique) là. Elle me parle de ces discussions qu'elle a déjà eues depuis quelques temps avec ma sœur. Et moi, je lui sors divers biais cognitifs.

Ben, figurez-vous qu'elle ne connaissait pas. Elle me dit avoir bien suivi des cours de psychologie cognitive et sociale (soit dans sa formation de codeuse-interprète, soit dans les cours que suivent des personnes sourdes intégrées pour qui elle codait). Mais rien sur les biais cognitifs.

Quand je vous disais qu'il y avait encore du chemin à faire pour faire connaître les biais cognitifs. :twisted:

Bref, je lui ai prêté trois livres bien vulgarisés :

- La démocratie des crédules, de Gérald Bronner,
- Influence et manipulation, de Robert Cialdini,
- La psychologie de la connerie, divers auteurs.

Je vous les conseille. :mrgreen:

J'avais aussi acheté La fabrique du crétin digital, de Michel Desmurget, que je suis en train de lire. Mais bon, ce livre ne me manquera pas trop : pas mal de victimisation à peine subtile, pas mal de cueillette de cerises mûres (sophisme qui consiste à utiliser volontairement le biais de confirmation : brandir seulement les exemples qui corroborent notre thèse, taire ou minimiser les exemples qui contredisent notre thèse).

Bref, ça va faire une personne de plus qui connaîtra un peu les biais cognitifs, et elle en parlera à d'autres, dont un informaticien, à qui, j'en suis sûr, elle parlera de ce dont je lui aussi parlé : les algorithmes de YouYoute qui proposent des vidéos qui te plaisent. Si tu te laisses aller à ce que YouYoute te propose, tu t'enfermes dans une bulle cognitive.
Pardon, humilité, humour, hasard, confiance, humanisme, partage, curiosité et diversité sont des gros piliers de la liberté et de la sérénité.

- Ah ! j'ai été diagnostiqué Asperger Haut Potentiel à Cery (CH) en l'été 2014, mais tu le savais. :)

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Curiouser
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Re: [Index] Psy : Jasons psychologie, psychiatrie...

#482 Message par Curiouser » vendredi 5 juin 2020 à 16:46

freeshost a écrit :
vendredi 5 juin 2020 à 16:16
- La psychologie de la connerie, divers auteurs.
sous la direction de Jean-François Marmion. J'ai le livre en format numérique, il y a effectivement des choses très intéressantes. En voici un extrait :
Spoiler : 
Pourquoi les gens très intelligents croient-ils parfois à des inepties ?
Brigitte Axelrad - Professeure honoraire de philosophie et de psychologie.

Des gens dont l’intelligence semble pourtant évidente provoquent parfois l’étonnement en exprimant, sans rire, des idées dénuées de tout fondement ou en adhérant à des théories farfelues.
Il est vrai qu’aucune définition de l’intelligence ne fait l’unanimité. La raison en est probablement que ce mot renvoie à des capacités diverses : l’Histoire nous donne de nombreux exemples d’individus unanimement considérés comme intelligents dans des domaines aussi variés que les sciences, les techniques, les arts ou la philosophie.

S’appuyant sur une définition de l’intelligence considérée comme « capacité de raisonner, planifier, résoudre des problèmes, penser de façon abstraite, comprendre des idées complexes, apprendre rapidement, et apprendre de l’expérience », une méta-analyse portant sur 63 études conclut que les personnes intelligentes seraient moins enclines à croire que les autres.
Il semble alors logique de penser que les personnes douées d’une intelligence supérieure ont les plus grandes chances de réussir à se prémunir contre les croyances.

Pour définir une intelligence de très haut niveau, il faut évoquer l’étonnante capacité de certains individus à sortir des sentiers battus et des modèles dominants de leur époque, leur capacité à innover, à ne pas se contenter de ce qui semble aller de soi à un moment donné : Galilée, Darwin, Einstein ou encore Kant ou Descartes ont su penser autrement qu’on ne pensait à leur époque. Ils ont remis en question la pensée majoritaire et les explications simplistes.
L’intelligence, dans leur cas, s’accompagne de la pensée critique, de la capacité à « résister » intellectuellement à un discours dominant, à une tentative d’endoctrinement et plus généralement à toute forme de dogmatisme.

Cependant, dans un article, Heather A. Butler, professeure adjointe au département de psycologie de l’université de l’État de Californie, s’interroge sur ce phénomène déroutant : des gens intelligents peuvent dire et faire des choses stupides (foolish things) et croire à des inepties. Elle écrit : « Bien que souvent confondue avec l’intelligence, la pensée critique n’est pas l’intelligence. La pensée critique est un ensemble de compétences cognitives qui nous permettent de penser de manière rationnelle en fonction d’un objectif, et une disposition à utiliser ces compétences lorsque cela est approprié. Les penseurs critiques […] sont des penseurs flexibles qui ont besoin de preuves pour soutenir leurs croyances et reconnaissent les tentatives fallacieuses pour les persuader. La pensée critique signifie la capacité de surmonter toutes sortes de préjugés cognitifs (par exemple, le biais rétrospectif, le biais de confirmation). »

On comprend mieux alors pourquoi des gens même très intelligents puissent croire parfois en des choses bizarres. Le sociologue Gérald Bronner, interviewé récemment par Thomas C.Durand dans le documentaire Les Lois de l’attraction mentale, dit qu’il était millénariste à ses débuts : « Je sais qu’on peut croire en des choses folles sans être fou. » Il ajoute que c’est une « suite de coïncidences », une « suite de toutes petites choses », qui l’ont conduit à mettre en question cette croyance. Mais tous ne saisissent pas cette opportunité.

[...]

Quel pouvoir contre l’obscurantisme ?


S’il est peu probable que l’on puisse augmenter son intelligence, on peut apprendre à développer avec méthode son esprit critique.
Toutes les croyances ne sont pas stupides, absurdes ou dangereuses. Certaines d’entre elles sont constructives comme de croire en soi-même, en ses capacités, en sa valeur, en la vie ou dans les autres.

Le risque de se laisser influencer par des croyances dangereuses au point d’y perdre la raison vient du besoin de trouver coûte que coûte un sens à sa vie. Si les autres nous transmettent une explication qui correspond à notre vision du monde ou qui nous dispense de la chercher par nous-mêmes, la facilité est de l’adopter.

Mais ce qui fait la plus grande force des croyances irrationnelles, c’est qu’elles ont tendance à s’accorder avec nos attentes intuitives. Depuis toujours, beaucoup croient en des choses bizarres et beaucoup essaient de lutter contre ces croyances. Cela fait un équilibre qui, au fil du temps, ne change pas vraiment. C’est ainsi que l’on peut se battre pour le rationalisme avec l’idée que l’on participe simplement à un équilibre.

Aussi intelligent, cultivé et critique soit-il, aucun être humain n’est à l’abri de croire à quelque ineptie, essentiellement parce qu’il est difficile d’accepter le hasard. Chercher le destin, la fatalité, la conspiration, le complot, l’intention, bonne ou mauvaise, derrière le hasard est un biais universel. « Jamais deux sans trois », « il n’y a pas de fumée sans feu », « qui rit vendredi, dimanche pleurera » etc., sont autant d’expressions qui manifestent notre besoin de causalité et de sens. Les plus grands savants n’y échappent pas.

C’est ainsi qu’Einstein écrivit dans sa correspondance à propos de la maladie de sa femme Mileva et de celle de son fils : « Punition bien méritée par moi pour avoir accompli l’acte le plus important de ma vie sans réfléchir : j’ai engendré des enfants avec une personne moralement et physiquement inférieure… ». La mère d’Albert Einstein avait tenté de le dissuader d’épouser Mileva, qui boitait, en lui prédisant que sa descendance en serait affectée. On aurait attendu de la part de l’inventeur de la Relativité un peu plus de hauteur de vue ! Mais comme le disaient deux de ses biographes, Roger Highfield et Paul Carter, Einstein « était un homme chez qui la combinaison de lucidité intellectuelle et de myopie émotionnelle provoqua bien des déboires dans les vies de ceux qui l’entouraient. »

Au fond, ce qui est en notre pouvoir, ce n’est peut-être pas de faire qu’il y ait moins de gens qui croient en des choses bizarres ou folles, mais qu’il n’y en ait pas plus. Il est très rare que l’on puisse faire changer d’avis ceux qui sont déjà convaincus. Le risque, c’est de renforcer au contraire leurs croyances.
Non diagnostiquée
Début du parcours diagnostic en mars 2020. Ne reste plus qu'à poursuivre...

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Re: [Index] Psy : Jasons psychologie, psychiatrie...

#483 Message par freeshost » mardi 23 juin 2020 à 20:58

Le biais intentionnel ou d'intentionnalité :

En bref : le biais d'intentionnalité consiste à voir des intentions là où il n'y en a pas (forcément).

Exemples :

- croire que l'autre personne ment alors qu'elle se trompe ;
- croire que l'autre personne fait exprès de cuisiner un plat que je n'aime pas alors que, simplement, elle ne connaît pas mes goûts ;
- croire que l'État nous trompe alors que, en fait, il ne maîtrise pas tout ;
- croire en des complots ;
- etc.

Trucs pour moins être ballottés par ce biais :

- accorder le bénéfice du doute ("Il s'est sûrement trompé.", "Elle n'était pas au courant, n'avais pas toutes les informations requises pour prendre une bonne décision.", "Il a eu une maladresse.") ;
- s'imaginer à la place de l'autre personne, dans sa situation, son rôle et son cahier des charges ;
- etc.

Quelques liens :

- Toupie.Org ;
- Skepdic.Com ;
- etc.

Quelques fichiers :

- ici.
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- Ah ! j'ai été diagnostiqué Asperger Haut Potentiel à Cery (CH) en l'été 2014, mais tu le savais. :)

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Re: [Index] Psy : Jasons psychologie, psychiatrie...

#484 Message par freeshost » mercredi 1 juillet 2020 à 0:24

Vous connaissez la double victimisation. Read also Wikipedia in English. Or when people want to believe in a just world (the just-word hypothesis).

Double victimisation (deuxième victimisation car on rejette la faute sur la victime) : se dire qu'elle l'a bien cherché, qu'elle l'a mérité.

Croyance en un monde juste : croire que toute mérite ce qu'elle obtient et qu'elle obtient ce qu'elle mérite.

Abus de cette croyance :

- dire à une personne de faire plein d'efforts (qu'on lui demande ; parfois en cachant que ces efforts profitent à nous, se montrer désintéressé alors qu'on ne l'est pas) et qu'elle sera récompensée (plus tard, par Dieu, par d'autres personnes) ; les promesses et autres miroirs aux alouettes :mrgreen: ;
- dire qu'une personne mérite tel châtiment (car elle a/aurait commis un crime, une faute), puis se prétendre comme l'envoyé, la personne désignée pour décider de la sanction puis (faire) appliquer celle-ci ;
- etc.

Blaming_The_Victim_William_Ryan_1976.pdf
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