Dr Laurent Mottron

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Galatara
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Re: Dr Laurent Mottron

#61 Message par Galatara » dimanche 12 juin 2016 à 3:55

Je n'ai pas lu l'ouvrage mais j'ai déjà des réserves. Il y a toujours une question que je me pose qd il s'agit de Mottron, c'est à quel type d'autisme s'adressent ces conseils ?

Je trouve très intéressante l'approche de Mottron, car il reconnaît l'autisme en tant que différence et critique l'ABA . Je n'aime pas du tout l'ABA que je trouve irrespectueux à cause de son déni des troubles et particularités sensoriels, et ses objectifs ultranormalisants quasi plaqués/dépersonnalisants. Mais j'ai l'impression qu'il travaille sur le Syndrôme d'Asperger uniquement, qui constitue 10% (?) du spectre, en tout cas les autismes sans déficience intellectuelle, soit une partie du spectre (combien au juste, je ne sais pas, et vous ?)

J'ai des réserves parce que la garderie avec une AVS co... Pour quels objectifs ? Mon fils qui est autiste modéré, "verbal", ne l'aurait pas supporté (sensoriellement) et il a clairement besoin d'un accompagnement individualisé très structuré pour progresser. On a tenté l'école maternelle cette année (en MS à 6 ans et demi) sans AVS : il adore y aller mais ne tient qu'une heure dans la salle (trop de bruit, d'agitation j'imagine) et il faudrait absolument une AVS pour l'aider à se poser et lui permettre de rentrer dans des activités... qu'il sait déjà faire en individuel en fait. Le bilan est donc décevant...

Quant aux apprentissages basés sur les intérêts spécifiques, pour qui aussi ? Je fais l'école à la maison avec mon fils (qui a une déficience intellectuelle) et suis la méthode d'Eliane Chaulet (manuel d'exos rééducatifs pour l'enfant avec handicap mental, une MINE d'OR), qui s'appuie sur un matériel neutre justement, abstrait, dégagé des "obsessions", idem pour les activités motrices. Et il est remarquable que pendant les 2 heures où nous travaillons, sa concentration est continue (2h!!!), intense, d'une grande qualité, et quasi libérée de ses obsessions et stéréotypies, c'est assez incroyable. D'ailleurs lui-même les met de côté.
Par contre je m'appuie sur ses goûts (ex : je fais moi-même les textes de lecture, en partant de noms de proches, dessins animés, livres...), mais non sur ses centres d'intérêt restreint (train, avion, jet d'eau...).

Que reproche-t-il au modèle de Denver au juste ? Il me semblait que ce modèle était pourtant un bon compromis et était celui qui obtenait les meilleurs résultats en terme de développement, non ?
Modifié en dernier par Galatara le dimanche 12 juin 2016 à 10:25, modifié 2 fois.
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Re: Dr Laurent Mottron

#62 Message par Galatara » dimanche 12 juin 2016 à 10:07

Edit : j'ai mieux lu, entre temps, la présentation du livre et autant pour moi, c'est clairement dit :

"Et une distinction intéressante est faite entre deux catégories d’autisme : l’autisme prototypique et l’autisme syndromique. Alors que le premier n’est pas associé à une déficience intellectuelle et se caractérise par un sur-fonctionnement perceptif, et se trouve très proche de la description initiale de Kanner, le second (syndromique) est associé à la présence d’une déficience intellectuelle et, comme l’affirme Mottron, une littérature abondante montre que les comportements problématiques sont associés à cette déficience. Suite à cette distinction, il faut préciser que cet ouvrage ne concerne pas les autistes syndromiques, mais seulement les prototypiques, c’est à dire « les enfants ressemblant le plus à la description initiale de Kanner, avec un tableau très marqué en début de vie, mutiques, mais sans déficience intellectuelle » (p.52-63).

Je suis donc en fait d'accord avec lui : il faut vraiment différencier les autismes, notamment les "comorbidités" comme le disait Gillberg (ici entre autre : http://forum.asperansa.org/viewtopic.ph ... 50#p127850), parce que les conseils globaux ne servent qu'à une partie finalement et risquent surtout de faire perdre bcp de temps aux familles dans l'élaboration d'une PEC adaptée et PERSONNALISEE.

D’accord aussi avec le fait qu’en France on est prisonnier d’une guerre entre 2 modèles opposés (ABA et psykk), et si on n’est pas de l’un, on est forcément de l’autre. C’est très réducteur et enfermant. Je ne suis ni pour l’un ni pour l’autre. Personnellement j’ai eu le coup de cœur pour les approches dites développementales (floortime et 3i), malheureusement elles sont très peu connues et représentées en France. Il faut batailler, se justifier…

D’accord aussi avec le fait que les anglo-saxons ne sont pas piégés dans cette guéguerre. J’ai lu il y a peu les recommandations officielles du RU (d’ailleurs trouvées sur le site de Mottron : http://grouperechercheautismemontreal.c ... ct2015.pdf ) et j’ai été surprise : elles sont loin des nôtres et des conflits de méthodes, ce sont pour moi les recommandations les plus abouties. La carte de l'ABA n'y est pas dégainée à tout bout de champ et en 1er lieu (comme ce que les parents font en France sur les forums).
On vérifie qu'il n'y a pas de causes aux troubles des conduites qui soient liées à un mal être ou des comorbidités (ex : problème de santé mentale ou de comportement, trouble physique (douleur et troubles gastrointestinaux) ou problème environnemental coexistant…),
on favorise en priorité le relationnel par le jeu (approche psychosociale), avec les proches (famille, enseignants… le tout coordonné et évalué par un « pivot »),
et ensuite on utilise les TCC comme outil précis.
Chaque chose à sa place et pas d'omnipotence.
A savoir, les prochaines recommandations devraient être pour ce mois-ci.
Quelqu'un sait ce que donne l'évolution des personnes avec autisme au RU ?

J'aurais bien voulu savoir sur quoi il s'appuie pour dire que finalement les autistes prototypiques vont avoir une bonne trajectoire développementale spontanée, si on la respecte dans son atypisme et « calendrier » différent. Je ne suis pas contre cette idée mais c’est tout de même un sacré pari (pour les parents), non ? Je l’ai entendu pour les TED ns (dans le cadre d’une intervention relativisant les résultats avancés par telle ou telle méthode qui se basaient justement sur les TED ns) mais pas pour les autistes dits typiques justement.
Je me demande si en y réfléchissant bien, ce n’est pas le choix que j’ai fait…

Bref, il y a beaucoup à dire et discuter de tout cela (que je suis bavarde ce matin d’ailleurs, ou inspirée ;) !), c’est positif, ça relance/nourrit le débat.
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#63 Message par Jean » mardi 2 août 2016 à 9:02

L'auteur des Années lumière : Laurent Mottron
Le dimanche 12 juin 2016

Image
http://ici.radio-canada.ca/emissions/le ... que=409290

Un important courant de traitement intensif de l'autisme prétend ramener ces enfants à la frange de la normalité. Le spécialiste des troubles neurodéveloppementaux Laurent Mottron prône cependant une approche plus lucide et constructive dans son nouvel ouvrage L'intervention précoce pour enfants autistes - Nouveaux principes pour soutenir une autre intelligence, publié aux Éditions Mardaga.

Interview audio - 55 mn
père d'une fille autiste "Asperger" de 36 ans

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Re: Dr Laurent Mottron

#64 Message par Jean » mercredi 5 octobre 2016 à 21:28

mercredi 5 octobre 2016
La Tête au carré
Mathieu Vidard
Vers une nouvelle éducation des enfants autistes ?

https://www.franceinter.fr/emissions/la ... tobre-2016
53 mn
père d'une fille autiste "Asperger" de 36 ans

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#65 Message par Jean » mardi 21 février 2017 à 15:42

https://blogs.mediapart.fr/jean-vincot/ ... days-lille

Les conférences de Laurent Mottron

Chaque journée a commencé par une conférence du Pr Laurent Mottron, psychiatre français (auto) exilé depuis 25 ans au Québec.

Première conférence

La première conférence a permis de constater les progrès dans les recherches menées par notamment son groupe à Montréal, depuis la parution de "L'autisme : une autre intelligence. Diagnostic, cognition et support des personnes autistes sans déficience intellectuelle., Mardaga, 2004."

Vous verrez dans la conférence comment il distingue les caractéristiques de l'autisme syndromique ("avec une autre condition", comme le syndrome de l'X fragile) de l'autisme non syndromique (80% du "phénotype autiste franc", hors syndrome d'Asperger).

Il s'appuie sur des travaux de Soulières et Courchesne pour évaluer la "fausse déficience" chez les autistes non-verbaux.

Puis il développera la notion de forces, qu'il estime concerner la majorité des autistes non syndromiques.

Ce que j'ai trouvé de plus intéressant à creuser pour l'avenir, y compris pour les adultes, c'est que les forces (ou pics de compétences) ne sont pas les mêmes pour ceux qui ont accédé tôt au langage (les Asperger) que pour ceux qui ont été plus longtemps non verbaux (la grande majorité). Ainsi la plus forte activation des zones du langage chez les Asperger brimerait le développement des compétences motrices, alors que les autres auraient de plus fortes compétences pour les tâches visuospatiales (par rapport aux neurotypiques et aux Asperger).

Laurent Mottron présente études, méta-analyses (à partir de toutes les études sur le même sujet) et des hypothèses de travail.

Il exprime une réserve sur l'intitulé du colloque : "syndrome d'Asperger/autisme sans déficience intellectuelle". A vrai dire, les notions d'autisme sans déficience intellectuelle ou d'"autisme de haut niveau" ne sont pas faciles à manier. Quand on entend "autisme de haut niveau", certains, dans la population, comprennent autisme de "haut niveau de sévérité", quand la plupart s'imaginent qu'il s'agit de haut potentiel intellectuel. Or, dans le syndrome d'Asperger, où la déficience intellectuelle est exclue, il n'y a pas de preuve qu'il y ait plus de haut potentiel intellectuel que dans les 99% de la population générale.

Le terme "autisme sans déficience intellectuelle" est certes plus long, mais ne comporte pas d'ambiguïté apparente. Cela n'empêche que la frontière est floue, car, tant que les moyens de communication ne se sont pas développés suffisamment, il est impossible d'apprécier s'il y a avec l'autisme une comorbidité de déficience intellectuelle. Certains chercheurs y arrivent, mais ces outils n'étant évidemment pas utilisés par le vulgum pecus des psychologues scolaires, l'utilisation du QI est un moyen d'exclusion et de relégation des enfants autistes.

Nonobstant le DSM5 (qui fond les catégories précédentes dans les troubles du spectre autistique à 3 niveaux de sévérité, de besoin d'aide), Laurent Mottron continue à utiliser la catégorie de SA (syndrome d'Asperger) versus "autisme non syndromique non SA".

Il critique lors de la conférence la tendance, qu'il qualifie de française, de qualifier d'Asperger beaucoup d'autistes de haut niveau, même avec retard de langage, alors que c'est contraire au DSM IV et à la CIM-10 1. En mettant Tony Attwood dans le même sac.

La deuxième conférence

La deuxième conférence a porté sur un thème bien plus polémique, qui fait l'objet de son dernier livre "L'intervention précoce pour enfants autistes", Mardaga, 2016.

Une excellente recension de ce livre par Christine Philip a paru sur le site Sciences et Pseudo-Sciences de l'AFIS.

Dans le livre comme dans la conférence, Laurent Mottron critique l'ABA (analyse appliquée du comportement à la sauce d'Ivan Lovaas), une des "méthodes" préconisées par la HAS et l'ANESM en 2012, comme généralement dans le monde. Les critiques méthodologiques sur l'ABA ne surprendront que ceux qui ne se sont pas penchés sur l'argumentaire scientifique publié pour fonder les recommandations : HAS et ANESM n'ont accordé que le grade B à l'ABA.

Par contre, j'ai été surpris dans le livre par la virulence manifestée contre la méthode de Denver (ESDM - Geraldine Dawson), dont l'étude m'apparaissait - suivant la rumeur - plus solide (je ne suis qu'un parent béotien, ne l'oublions pas).

La méthode de Denver a ceci de particulier dans notre planète franco-française qu'elle rencontre depuis quelque temps les faveurs chez nous de chantres de la psychanalyse, tels que JC Maleval, M. Botbol et N. Georgieff. Sert-elle de forme de repentir sans que le pécheur ait besoin de confesser urbi et orbi son péché ? Donc de garder sa superbe, ses sources de revenus et ses postes ? Seul Dieu pourrait me le dire ? ou freud, lacan ou dolto...

En effet, j'ai entendu dire de pratiquants que si la méthode par le jeu n'avance pas, au bout de 3 semaines, l'intervenant passe à l'ABA.

Et Laurent Mottron fonde surtout sa critique de la méthode de Denver, comme de l'ABA, sur l'idée, qu'il conteste, que les enfants autistes doivent passer par les mêmes étapes de développement que les autres enfants.

Je me suis dit in petto : "c'est évident, non ?". Et j'ai réalisé que cela ne me semblait évident que parce que j'avais été largement intoxiqué par les groupes de parole qu'animait le Dr2 Eric Lemonnier au CIERA, puis CRA de Bretagne : c'est un point où, malgré son approche favorable, il critiquait les théorisations de l'AEVE (méthode des 3i).

Le paradoxe de ces deux conférences de L. Mottron, et surtout de la deuxième, c'est qu'elles se déroulaient devant un public (hors professionnels) non directement concerné. Les propositions de L. Mottron visent les enfants autistes de 2 à 6 ans non verbaux. Absolument pas les Asperger.

Dans les études scientifiques à l'appui des propositions de LM, j'en note deux :
  • celle sur l'attention latérale (l'enfant fait attention à ce qui se passe à côté, même s'il ne participe pas apparement);
    l'hyperlexie, la reconnaissance des caractères imprimés avant d'en comprendre le sens (dont je ne sais pas quelle fraction de personnes autistes est concernée).
Ce sont des caractéristiques qui sont absolument compatibles avec le syndrome d'Asperger. Dans quelle mesure concernent-elles d'autres formes d'autisme ?

Dans mon expérience (12 ans) de parent en rencontrant d'autres, participant à des conférences pour se distraire de la vie quotidienne ou rencontrant des personnes autistes jeunes et moins jeunes, je me rappelle de situations où les hypothèses de LM peuvent expliquer des progrès.

J'ai rarement pu connaître des personnes ayant pu bénéficier d'au moins 25 heures d'ABA par semaine, suivant les recommmandations de la HAS (maximum 8 enfants jusqu'à présent pour la Bretagne, le vingtième de la France - sur 4.000 personnes autistes en institutions ou services). Celles que je connais s'en portent bien. Mais je ne peux en tirer aucune conclusion scientifique (niveau de départ, groupe témoin apparenté etc.). Je connais cependant tous les jours les autres dégâts.

Une remarque que je note en passant de LM : rien n'indique que la période des 2-5 ans soit optimale pour faire des acquis sociaux chez les autistes. Cela se fait plutôt entre 15 et 25 ans, et çà continue après. Oh, que oui !!! Je parle en tant que parent d'Aspie. LM considère que les prérequis en matière de communication sont nécessaires à obtenir pour les adultes, mais pas pour les enfants.

Les hypothèses de LM sont en cours de construction scientifique. Il n'y a aucune étude qui ait commencé pour essayer de valider dans la pratique si des méthodes éducatives basées sur ces hypothèses arrivent à des résultats tangibles.

En attendant, nous devons développer l'éducation des personnes autistes en nous appuyant principalement sur ce qui a été validé (et donc recommandé) par la HAS et l'ANESM. En dehors de ces programmes, il faut être prudent et ne pas s'engager sans une information complète.

LM a cité les coûts "extravagants" atteints par l'ABA en Californie, à raison de 60.000 € par an, de 20.000 à 30 (ou 40 ?) 000 de l'ESDM. Mais un SESSAD autisme du 3ème plan est financé à hauteur de 30.000 € (donc sans prise en charge intensive), une place d'IME normale au minimum de 35.000 €. Les prises en charge intensives (structures expérimentales du 2ème plan) ne dépassent pas généralement 60.000 €. Sur ces bases financières, il m'apparaît évident que généraliser la méthode de Denver - sur une période de 2 ans - est facilement assumablable par la société française. C'est en tout cas la voie choisie par l'ARS dans le Limousin, quand cela s'avère adapté.

La formule la plus efficace - en tout cas, c'est pour cela qu'Asperansa milite dès son origine -, c'est l'insertion en milieu ordinaire des personnes autistes. C'est la formule la plus facile à mettre en oeuvre et la moins coûteuse économiquement (le gâteau sur la cerise). Et cela permettra de dégager les moyens nécessaires pour les autistes plus sévères, au lieu de gaspiller ces moyens dans des occupations pateaugeoires-ateliers contes etc . inefficaces.
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Re: Dr Laurent Mottron

#66 Message par Jean » mardi 21 février 2017 à 16:13

Réponse de Laurent Mottron à Aude Labbé : http://spectredelautisme.com/Blogue/tro ... t-mottron/ Publié le 16/02/2017

Madame Labbé,

Permettez-moi de répondre à votre lettre avec toute l’attention que vos inquiétudes méritent. Celles-ci semblent partagées par plus de gens que je ne le pensais. Le but de cette réponse est de mieux expliquer ce que mon équipe et moi tentons d’accomplir en abordant la recherche en intervention en autisme. Vous et nous en arrivons aux mêmes conclusions quant aux besoins du Québec en intervention, mais les médias – et en particulier, l’article trop succinct d’Ariane Lacoursière dans La Presse- ont exprimé nos projets et notre position d’une manière qui prête à de graves malentendus. On ne peut sans doute pas se fier aux médias pour s’informer sur des choses aussi complexes et lourdes d’effet sur les gens. J’espère que cette réponse saura vous rassurer, de même que tous les autres parents qui partageraient vos inquiétudes, et vous convaincre de la sincérité de mes intentions.

Mon équipe et moi partageons votre vision quant au fait que l’ICI ne répond pas aux besoins spécifiques de tous les enfants autistes, et qu’une approche plus individualisée doit être mise de l’avant. En plus de ne pas nécessairement répondre aux besoins des enfants et de leurs parents lorsqu’elle est dispensée, son coût extrêmement élevé prive la majorité des enfants autistes d’y avoir accès. En effet, dans le modèle actuel de dispensation de services, combien de familles ne reçoivent tout simplement pas de services avant l’entrée de l’enfant à l’école? Ce constat, que je vis au quotidien lorsque j’annonce des diagnostics aux familles, nous a poussé à développer une intervention alternative, en accord avec les plus récentes avancées scientifiques dans le domaine.

Il est tout d’abord nécessaire de clarifier ce que j’entends par «guidance parentale». Il s’agit là du principal point auquel vous vous opposez dans votre lettre, quand vous insistez sur le fait que de «remettre l'intervention entre les mains des parents» les rendra «psychologiquement fragiles». Si je proposais effectivement ce que vous avez compris que je propose, je crois que je serais inquiet moi aussi! J’imagine que vous pensiez que nous allions demander aux parents de faire une prise en charge quasi professionnelle de plusieurs heures par jour, comme il est actuellement conçu dans l’ICI, en plus des activités quotidiennes. Ce que nous proposons en fait lorsque nous parlons d’un programme de guidance parentale n’a rien à voir avec une prise en charge de l’enfant par ses parents. Nous prévoyons plutôt d’outiller les parents dans la vie quotidienne (donc dans les interactions qu’ils auraient avec lui de toute manière, quelle que soit l’intervention reçue par ailleurs) afin qu’ils soient plus en mesure de composer avec les besoins particuliers de leur enfant. Il s’agit de les soutenir à travers cette adaptation à la suite du diagnostic, tout comme on le propose pour les parents ayant un enfant TDAH, anxieux, ayant une trisomie 21, etc. En parallèle, pour ce qui est de la journée de l’enfant, nous proposons d’outiller les garderies régulières pour qu’elles appliquent les mêmes principes que ceux proposés aux parents. Nous pensons que pour les enfants autistes comme pour ceux qui ne le sont pas, l’essentiel de la vie sociale s’apprend à la garderie. Il s’agit pas de quelque chose d’aussi «intensif» que dans l’ICI, mais contrairement à cette dernière nous visons des modes d’apprentissages spécifiques à l’autisme, qui ne justifient pas une prise en charge un pour un. La guidance parentale ne représente donc pas une charge supplémentaire pour les parents, mais une aide pour la charge éducative qu’ils ont, de toute manière, avec leur enfant, de façon de rendre celle-ci plus légère. Elle répond aux besoins exprimés par de nombreux parents d’enfants autistes d’obtenir des stratégies pour interagir dans le quotidien avec leur enfant.

Ce type d’intervention, qui est beaucoup moins coûteux que le dispositif actuel s’il est couplé avec une admission automatique en CPE, pourrait donc être accessible à toutes les familles. Il permettrait ainsi de libérer des ressources qui pourraient être réinvesties dans toute la trajectoire de vie de la personne autiste. Les ressources dégagées pourraient par exemple, être utilisées :

Pour soutenir l’intégration en milieu de garde et à l’école. Le but étant, entre autres, que les parents puissent conserver leur emploi et que l’enfant bénéficie de ce milieu de vie stimulant, adapté à ses besoins, mais aussi régulier.

Pour ajouter des services de répit pour les parents, en cas de situation de crise, pour soutenir les enfants qui ont besoin d’une intensité de soutien plus important. Certaines familles et certains enfants autistes ont en effet des besoins immenses, parfois pour des périodes assez brèves, et notre plan d’action libère des ressources pour que ces situations rares mais graves, puissent être adressées sans délai.

Pour favoriser la meilleure qualité de vie possible chez les adultes autistes, en particulier en disposant de logements supervisés allant de la supervision quotidienne à la quasi-autonomie.

Ainsi, dans le modèle que nous préconisons, la famille n’aurait pas seulement accès à un seul intervenant, mais bien à un système de services, et ce tout au long de la trajectoire de vie de la personne autiste.

En deuxième lieu, je crois qu’il incombe de clarifier la clientèle visée par le programme d’intervention que mon équipe et moi sommes en train de développer. Il est vrai que j’ai travaillé de nombreuses années en recherche fondamentale auprès d’adultes autistes de hautniveau principalement, d’où cette vision de mon expertise dans les médias. C’est d’ailleurs grâce à ces études que j’ai pu découvrir et mieux comprendre les forces des personnes autistes. Ces années de pratique clinique et de recherche ont forgé ma vision positive de l’autisme. Depuis maintenant plus de cinq ans, je ne vois plus que des enfants, pour la plupart fortement différents de la population générale. Je demeure convaincu, parce que je le constate dans ma pratique clinique actuelle avec des centaines d’enfants autistes non verbaux, que plusieurs de ces forces se retrouvent chez une majorité d’enfants, même auprès de ceux qui demandent un niveau de soutien important, et même si on ne les repère pas au premier regard. Ces convictions sont d’ailleurs partagées par mon équipe, qui est composée de chercheurs et d’intervenants qui ont développé leur propre expertise auprès d’enfants autistes d’âge préscolaire présentant des comportements problématiques au quotidien et de leurs familles. Nous ne ciblons donc pas des enfants «à haut potentiel» ou des enfants de type Asperger. Au contraire, notre projet pilote vise des enfants avec des tableaux très lourds, en général non verbaux.

Le programme vise en premier lieu à augmenter la qualité de vie des enfants et de leur famille en favorisant l’adaptation fonctionnelle des enfants (diminution des crises et autres comportements problématiques, amélioration de la communication, accès à des activités qui constituent des forces naturelles des enfants autistes, etc.), mais s’appuie sur ce que ces enfants savent faire le mieux pour les faire progresser. Dans ce programme nous utilisons la guidance parentale comme cadre d’intervention, car les résultats scientifiques récents sont plus en faveur de ce type de support que de l’intervention intensive appliquée par des professionnels. De cette façon, nous contribuons au bien-être des parents en les aidants à se sentir compétents pour répondre aux besoins particuliers, différents et complexes de leur enfant. L’objectif poursuivi est donc d’augmenter la qualité de vie de la cellule familiale. Loin de rendre les parents psychologiquement fragiles, ce support rend les parents plus compétents, et adapte leurs attentes aux capacités des enfants aussi bien qu’à leurs limites.

Finalement, concernant ce que vous aviez perçu comme une insulte à l’égard de Louis T., je pense sincèrement qu’il n’a pas été offensé par mes propos. Si vous avez un souci à ce sujet, il faudrait le lui demander directement, mais je serais sincèrement étonné d’avoir été blessant, même involontairement, à son égard. L’ambiance était très cordiale sur le plateau, et je n’ai rien senti de la sorte. Ma remarque visait à l’informer d’un résultat scientifique surprenant: à l’encontre d’une idée reçue sur l’autisme, en laboratoire, les autistes arrivent bien à identifier les émotions. Je peux vous assurer que de le diminuer, de l’insulter ou de le rendre mal à l’aise était bien loin de mon intention.

Notre groupe est généralement considéré comme l’un de ceux qui prend le plus à cœur les intérêts des autistes. Chacun des membres de mon équipe et moi-même avons consacré notre vie à améliorer les connaissances et le bien-être des personnes autistes. Nous nous employons à faire reconnaitre leurs droits, leurs particularités, leurs forces et leur apport à la société. Les soutiens que nous avons reçus des personnes privées, aussi bien que des organismes auxquels nous avons eu le loisir d’expliquer notre vision et notre projet d’intervention –le Ministère de la santé, la direction provinciale des CPE, la société québécoise de l’autisme-, aussi bien que les chercheurs et les nombreux autistes adultes qui nous inspirent et avec lesquels nous dialoguons en permanence, nous encouragent. Je souhaite qu’une fois ce malentendu dissipé, vous vous joigniez à nous pour contribuer à améliorer significativement la qualité des services aux enfants autistes.

Enfin, je serai très heureux de vous inviter à une de nos réunions de travail du projet intervention, afin que si c’est encore le cas, vous puissiez exprimer ce qu’il reste vous reste d’inquiétude sur notre action en faveur de l’autisme au Québec.

Bien cordialement

Laurent Mottron
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Re: Dr Laurent Mottron

#67 Message par Jean » mardi 21 février 2017 à 22:30

En réponse à une question sur les diagnostics adultes, Mottron a répondu que c'était très difficile de faire un diagnostic sans parents.

Cependant, si on fait un QI à 10 ans d'intervalle :
  • schizophrénie hébéphrénique : déficit de QI qui se creuse
    autisme : maintien du QI et augmentation dans l'expertise.
Personnalité schizoïde : désintérêt pour la sexualité, absence d'émotions positives.

SA: maintien d'émotions dans le domaine d'activités.
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Re: Dr Laurent Mottron

#68 Message par Jean » mercredi 22 février 2017 à 16:35

Ses interventions à Lille :

Conférence : Des intérêts particuliers à l'expertise : Forces cognitives autistiques de l'enfance à l'âge adulte

http://www.colloque-tv.com/uploads/file ... ncaise.pdf

Conférence : Nouveaux principes pour soutenir une autre intelligence: approche de la guidance parentale


http://www.colloque-tv.com/uploads/file ... recoce.pdf
père d'une fille autiste "Asperger" de 36 ans

Djinpa
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Re: Dr Laurent Mottron

#69 Message par Djinpa » mercredi 22 février 2017 à 19:22

Merci Jean! pdf plus étoffé que ce qui en a été présenté, ou bien c'est pendant les conférences IRL que j'ai zappé des morceaux?
peut-être Aspie, en attente d'un premier rdv demandé au CRA.
premier rdv le 04/07, demande de bilans ergo/neuro en cours
Premier diag Asperger posé par un neurologue expert juillet 2016, communiqué en décembre

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Re: Dr Laurent Mottron

#70 Message par Jean » mercredi 22 février 2017 à 19:59

Le pdf est complet, alors qu'une partie a été sautée lors de la conf'.
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Re: Dr Laurent Mottron

#71 Message par Aby » jeudi 23 février 2017 à 18:58

J'ai du mal à comprendre tous les schémas de

http://www.colloque-tv.com/uploads/file ... ncaise.pdf

mais je suppose que bientôt nous aurons la vidéo de Laurent Mottron avec des explications...
" Etre différent, c'est normal ! "

Maman de Tom, 12 ans, diagnostiqué TSA (AHN) en janvier 2016,
avec dysgraphie - TDA confirmé par les tests en mars 2017
Egalement épouse d'un homme au fonctionnement "atypique".

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Re: Dr Laurent Mottron

#72 Message par Jean » samedi 25 février 2017 à 12:28

père d'une fille autiste "Asperger" de 36 ans

Aby
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Re: Dr Laurent Mottron

#73 Message par Aby » samedi 25 février 2017 à 12:44

Merci Jean ! :D
" Etre différent, c'est normal ! "

Maman de Tom, 12 ans, diagnostiqué TSA (AHN) en janvier 2016,
avec dysgraphie - TDA confirmé par les tests en mars 2017
Egalement épouse d'un homme au fonctionnement "atypique".

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Re: Dr Laurent Mottron

#74 Message par Jean » dimanche 26 février 2017 à 19:22

Wonder Aspie Woman

Les vidéos des conférences des Aspie Days sont en ligne ! Pour ceux qui n'auraient pas le temps ou la possibilité de les visionner, voici mes notes perso ! Je commence par la première conférence du Pr Mottron.

CONFERENCE LAURENT MOTTRON
PhD, psychiatre, chercheur et professeur à l’Université de Montréal
Aspie Days Lille 17.02.2017

"Des intérêts particuliers à l'expertise : forces cognitives autistiques de l'enfance à l'âge adulte"


Le spectre autistique étant large, les forces sont de nature et de degré différents.
Actuellement, nous avons une vision trop stéréotypée de l’autisme. Ex : compétences en informatique.

Dans le DSM V, on distingue l’autisme syndromique et non-syndromique.
Dans la première forme, les forces sont relatives, le QI souvent abaissé.
Il faut savoir que la déficience intellectuelle n’est pas inhérente à l’autisme (même Kanner l’affirmait).
L’autisme non syndromique concerne 80% du phénotype d’autisme « franc » (a priori pas l’Asperger).

On n’a aujourd’hui aucune idée de la vraie prévalence de l’autisme car les critères cliniques sont flous.
On peut constater une légère macrocéphalie liée à l’autisme non syndromique. On observe un QI normal ou alors une « fausse déficience intellectuelle ». La DI peut être mesurée ou apparente. Les études révèlent qu’il y a peu de « vrais » cas de DI, comme le démontrent notamment les tests d’intelligence non verbale. Il y a trop de « diagnostics de couloir » d’autisme sévère au cours de la petite enfance.
Les forces souvent identifiées des personnes autistes : mémoire, calcul, capacités visuo-spatiales.
On estime que 60% de la population autiste présente des forces. Il s’agit d’une proportion suffisante pour parler de caractéristique.
On distingue :
-les forces relatives (lorsqu’on est meilleur dans quelque chose que dans d’autres domaines)
-les forces absolues (lorsqu’on est meilleur que les autres dans un domaine)
-l’expertise
Lorsque l’on essaie d’utiliser les forces relatives pour les adapter à des fonctions où l’on observe des défaillances, on conclue souvent qu’il y a DI.

On doit distinguer les forces et les intérêts.
Les intérêts sont consubstantiels aux forces. On possède des forces dans les domaines où on a un intérêt.
Les personnes autistes sont expertes du fait que leur cerveau a été exercé à leur domaine d’intérêt.
Ces intérêts sont-ils restreints par nature ou du fait d’un manque d’accessibilité à d’autres intérêts ?
Le terme « restreint » est lié à une incompréhension.
On peut parler d’intérêts contraints, mais à l’intérieur de ces derniers, il y a une grande variété ! On juge donc les intérêts « restreints » du fait d’une interprétation liée aux clichés normocentriques.
Les intérêts ne sont pas si restreints en réalité, tout dépend du point de vue ! Ex : si je m’intéresse aux coléoptères ; je peux y voir une grande variété, ou seulement des petites bêtes qui puent.

Des tests de stimulation en situation ont été effectués à Montréal. Ils constituent une sorte d’anti-ADOS. Pour résumer, on collecte des objets potentiellement intéressants pour des enfants autistes (livres, lumières etc), puis on leur met à disposition (c’est un vrai paradis autistique !) et on filme.
Résultat : les enfants passent beaucoup de temps à explorer.

La restriction des intérêts peut dépendre de l’accessibilité aux objets. Un comportement de « captivité » type HP entraînera nécessairement des comportements répétitifs. Il suffit d’observer un lion en cage ou tout autre mammifère enfermé. Il va se balancer etc.
On remarque que dans le domaine des caractères imprimés, lequel les autistes ont un comportement d’exploration plus marqué que celui des NT.
Les autistes non-verbaux d’âge pré-scolaire ont des compétences certaines en matière de caractères et de numération. C’est parfois stupéfiant.
Cela renforce l’idée de « fausse déficience ».
L’hyperlexie concerne environ 20% de la population autiste.

Uta Frith a émis l’hypothèse d’une faiblesse au niveau de la cohérence centrale. C’est devenu un cliché. Le défaut de perception globale est-il réel ? Non. Les autistes ne sont pas des agnosiques visuels. Ils n’ont pas qu’une vision des détails. Ils sont meilleurs pour les détails mais pas parce qu’ils ne perçoivent pas le global !
On est pas bon dans un domaine pour compenser autre chose, contrairement aux croyances.
Ex : une symétrie exige de percevoir le global, or les personnes autistes la détectent mieux.
L’œil humain a un niveau de détail dans lequel il est le meilleur. Les personnes autistes ont un niveau de détail optimal, légèrement décalé vers les fréquences spatiales élevées (quantité de détails par unité de longueur).
Les autistes sont meilleurs en matière de manipulation mentale des formes visuelles. Il s’agit bien là d’une opération mentale et pas seulement d’une perception purement photographique.
On a engagé une méta-analyse sur les études liées au traitement visuel.
On remarque que le lobe temporal, à savoir la zone d’expertise visuelle, est davantage activée chez les autistes. On parle donc de perception visuelle intelligente.
Ce n’est pas que les autistes voient mieux (pas de meilleure acuité) mais ils ont de meilleures capacités cérébrales dans le traitement des ressources visuelles .
Il y a chez eux une plus grande probabilité d’activation des aires d’expertise visuelle. Ce n’est pas parce que l’on regarde moins qu’on ne traite pas les informations. Ex : visages.
On observe un surtraitement des caractères imprimés. La zone activée par ces caractères n’est pas juste visuelle, mais d’expertise visuelle. L’hyperlexie a longtemps été considérée comme une forme de « lecture au rabais », ce qui est faux. C’est au contraire la voie pour l’apprentissage de la lecture et du langage.

Les autistes ont bien une intelligence différente, qu’ils activent différemment.
Les forces ne sont pas identiques chez tous les autistes.

En France, on confond beaucoup Asperger et capacités langagières. Or, selon la façon dont on entre dans le langage, on possède des forces cognitives différentes.
Autisme et Asperger ont des différences importantes dans le domaine des forces.
Les Asperger commencent avec un langage plus développé même avec un QI équivalent. Ils sont très au-dessus de la moyenne niveau vocabulaire.

Les compétences en inspection visuelle sont supérieures seulement chez les autistes non asperger.
Sur le plan des capacités motrices, si on parle très tôt, on fait du vélo plus tard chez les TSA !
Les aires motrices sont empiétées par un surdéveloppement des aires du langage.

Les autistes et les Asperger n’ont pas les mêmes centres d’intérêt. Pas le même fonctionnement.
Les autistes ont un vocabulaire perceptif. Les Asperger parlent de thèmes/domaines/classifications.
Les autistes ont un surfonctionnement perceptif auditif. Les Asperger une suractivité niveau perception des sons qui empiète sur les autres aires, dont l’aire motrice.
Les forces sont différentes selon l’historique d’acquisition du langage. Elles sont associées à des réallocations corticales dans la région de l’expertise ou dans les zones langagières.

Réponses aux questions :

- Attention à la généralisation sur la douance. L’expertise peut prendre des formes différentes. Il faut distinguer Asperger et douance. L’Asperger souffre souvent d’un dysfonctionnement exécutif, souvent mêle avec un QI de 140. Il ne faut ni pathologiser la douance ni attribuer systématiquement une douance aux Asperger.Les Asperger ont une intelligence spéciale mais pas nécessairement supérieure.

- Concernant le diagnostic des adultes, attention à ne pas idéaliser le Québec. Le diagnostic d’adultes est complexe. Il faudrait étudier une cohorte sur une longue durée pour connaître les variations à l’âge adulte. Il est difficile de diagnostiquer sans notamment avoir de biographie. On observe alors des erreurs de diagnostics. Ex : schizophrénie. Or, le schizophrène est aisément repérable sur le plan du QI. Il suffit de faire 2 tests à 10 ans d’intervalle. Le schizophrène dégringole alors que l’Asperger se maintient voire progresse. On trouve également des confusions entre personnalité schizoïde et Asperger déprimé, surtout chez les femmes.

- Les différences entre deux autistes adultes sont plus prononcées qu’entre deux NT adultes, notamment en raison de l’expertise.

- Concernant le besoin d’immuabilité, le mot n’est peut-être pas adapté. De façon empirique, que range-t-on sous ce terme ?

Mon ajout

En réponse à une question sur les diagnostics aduletrs, Mottron a répondu que c'était très difficile de faire un diagnostic sans parents.

Cependant, si on fait un QI à 10 ans d'intervalle :
schizophrénie hébéphrénique : déficit de QI qui se creuse
autisme : maintien du QI et augmentation dans l'expertise.

Personnalité schizoïde : désintérêt pour la sexualité, absence d'émotions positives.

SA: maintien d'émotions dans le domaine d'activités.
père d'une fille autiste "Asperger" de 36 ans

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Nanar02
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Re: Dr Laurent Mottron

#75 Message par Nanar02 » dimanche 26 février 2017 à 20:33

Bon travail Jean :)
Diagnostiqué Asperger 01/04/2019

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