Envies suicidaires (suicide) ...

Je suis autiste ou Asperger, j'aimerais partager mon expérience. Je ne suis ni autiste ni Asperger, mais j'aimerais comprendre comment ils fonctionnent en le leur demandant.
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MrMétaphysique
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Re: Envies suicidaires (suicide) ...

#451 Message par MrMétaphysique » mardi 19 mars 2024 à 16:38

Les idées suicidaires m'ont toujours accompagné, mais je n'ai jamais fait de tentatives de suicide, parce que j'ai toujours eu beaucoup d'espoir auquel m'accrocher, parce que je n'arrive pas à faire semblant et parce que j'ai peur de me louper. Ça peut paraître bête: j'ai peur de me faire mal. Moi qui évite absolument tout ce qui pourrait me blesser, ça me bloque pour me suicider.

Une loi est en cours de discussion sur l'euthanasie.

Je n'ai pas peur de dire qu'un jour, j'aimerais avoir ce choix, peut-être dans les prochaines années, avant tout pour avoir la possibilité de partir de façon apaisée, sans violence supplémentaire, sans avoir à me jeter d'un immeuble, me faire saigner ou avaler des médicaments. Pour que tout finisse paisiblement. Mourir sans violence serait au moins une justice, une réconciliation. Partir sans haine, sans colère.

Evidemment, ce serait le signe d'un échec total dans ma vie, mais cet échec est déjà là et tant qu'à faire, je préfère faire ça bien, sans être seul, comme un acte de soulagement.

Mourir sans violence devrait être un droit. Ça ne m'empêche pas d'être conscient des dérives possibles. L'euthanasie est la manière dont j'aimerais me suicider si je devais me suicider un jour. En attendant, j'en suis incapable et c'est plutôt une bonne chose. Toutefois, ça ne résout rien. Je crois que mon errance médicale est en partie due à mon incapacité à exprimer ma souffrance de façon habituelle. Ne jamais avoir faire de tentatives a incité les médecins à ne pas mesurer mes problèmes. Ne pas se suicider et rester en vie, sans avoir aucune solution, n'est pas un but en soi et n'est pas satisfaisant.
Diagnostiqué TSA et TDAH.

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MystAirH
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Re: Envies suicidaires (suicide) ...

#452 Message par MystAirH » mercredi 20 mars 2024 à 11:45

MrMétaphysique a écrit : mardi 19 mars 2024 à 16:38 [...] mais je n'ai jamais fait de tentatives de suicide [...] parce que j'ai peur de me louper. Ça peut paraître bête: j'ai peur de me faire mal [...]
Moi non plus et j'ai aussi cette peur de me louper, de me faire mal. Mais quoi de plus normal, nous ne sommes pas programmés pour cela, bien au contraire et ça s'appelle tout simplement (je pense) l'instinct de survie qui est propre à tout être vivant (aussi téméraire ou inconsciente soit l'espèce vivante).

C'est ce qui prouve, selon moi toujours, que c'est quelque chose d'externe qui nous y pousse. C'est sûrement en cela, de cette compréhension, que le suicide est considéré comme une tragédie, que pratiquement tous les suicidés ou tentés du suicide auraient choisi/choisiraient l'option de la vie si elle pouvait seulement se présenter sous de meilleurs auspices.

En accord avec cela, on pourrait dire avoir à faire à une sorte d'ennemi dissimulé qui nous abats en silence. Dans ce cas je voudrais le débusquer, le montrer, le juger, le punir ou le raisonner, mais en aucun cas me laisser tuer sans rien tenter de légitime.
Je n'ai pas peur de dire qu'un jour, j'aimerais avoir ce choix, peut-être dans les prochaines années, avant tout pour avoir la possibilité de partir de façon apaisée, sans violence supplémentaire, sans avoir à me jeter d'un immeuble, me faire saigner ou avaler des médicaments. Pour que tout finisse paisiblement. Mourir sans violence serait au moins une justice, une réconciliation. Partir sans haine, sans colère.
Rien qu'aux travers de tes mots, avec tant de sagesse et d'abnégation, j'ai envie de te dire que tu mérites l'estime de tout un chacun et, de facto, qu'on t'accorde non pas le droit de mourir mais celui de vivre dignement !

Je sais que le monde des bisounours n'existe pas, que l'on peut toujours rêver et ça me révolte. C'est aussi ça qui moi garde en vie, de continuer à tenter de gagner cette considération des autres. L'espoir en somme.
[...] ce serait le signe d'un échec total dans ma vie, mais cet échec est déjà là et tant qu'à faire, je préfère faire ça bien [...]
Ce serait un échec total pour autant que l'on pourrait qualifier ta vie jusqu'ici d'échec. Je doute qu'objectivement l'on puisse en faire cette conclusion. Pour moi rien que tes interventions ici sont une petite réussite, pour toi, pour nous et tout ceux qui s'y intéresseront, cette une trace qui ne disparaîtra pas même si tu te donnais une peine acharnée de supprimer tous tes messages :naugty: :bravo: :kiss:

A propos du "faire ça bien", ça me fait penser à l'expression courante "C'est bien fait !" (dans le sens bien mérité), ce qui selon mes mots ci-dessus serait totalement injuste et inapproprié. Mais je joue sûrement trop sur les mots.
Mourir sans violence devrait être un droit. [...] j'en suis incapable et c'est plutôt une bonne chose.
Dans mon pays, la Suisse, c'est légal. Il y existe à ma connaissance deux associations (entreprises ?) qui pratique le suicide assisté. Dans ma famille (par alliance) deux personnes y ont recours, à la suite de maladie destructrices, douloureuses et incurables. La perte de ces êtres chères restent dure pour ceux qui restent, mais de les savoir enfin libérées se gèrent beaucoup mieux que de les voir et de les savoir souffrantes. Cela engendre aussi des réflexions profondes sur la vie, c'est au final enrichissant même si cela peut paraître déplacé dit comme ça.

Si toi même tu juges que c'est plutôt une bonne chose, d'en être incapable donc, c'est franchement réjouissant et prouve que tu te respectes peut-être plus que tu ne le penses quand tu qualifies, par exemple, ta vie d'échec total.
[...] Ne jamais avoir faire de tentatives a incité les médecins à ne pas mesurer mes problèmes.
Je pense qu'effectivement ça peut l'expliquer, en partie du moins. C'est aussi mon cas peut-être. En même temps si nous avions attenter sérieusement à notre vie, pas seulement feinté de manière mesurée (pour ne pas dire sécurisée), je ne pense pas que cela auraient conduit les médecins à chercher du côté du TSA, mais plutôt, comme moi pendant plus de 20 ans, à des diagnostics de bipolarité, limite de schizophrénie, de dépression dû exclusivement au parcours de vie (à la défaillance du cadre familial), etc, ce qui nous aurait encore plus exposer à la prise de médicaments inutilement délétères pour notre vie future (potentiellement meilleure).
Ne pas se suicider et rester en vie, sans avoir aucune solution, n'est pas un but en soi et n'est pas satisfaisant.
Évidemment que non ! Mais en attendant c'est notre croix, je la supporte que parce que, comme toi et beaucoup d'autres ici-même, je crois que quelque chose de bien peut encore arriver et nous ferait regretter notre acte suicidaire si l'on pouvait se voir de là où nous irions (nulle part à mon avis, mais chacun ses fictions)
Né en 1978 | Diagnostiqué TSA [08/2022] | HPI [02/2022] | TDA (sans H) [10/2021]
Reconnaissance invalidité par AI (Suisse) [06/2023] | Sans emploi depuis... longtemps

MrMétaphysique
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Re: Envies suicidaires (suicide) ...

#453 Message par MrMétaphysique » mercredi 3 avril 2024 à 2:57

Merci pour ton message.
De tous ces faits il résulte que le taux social des suicides ne s'explique que sociologiquement. C'est la constitution morale de la société qui fixe à chaque instant le contingent des morts volontaires. Il existe donc pour chaque peuple une force collective, d'une énergie déterminée, qui pousse les hommes à se tuer. Les mouvements que le patient accomplit et qui, au premier abord, paraissent n'exprimer que son tempérament personnel, sont, en réalité, la suite et le prolongement d'un état social qu'ils manifestent extérieurement.
Durkheim, Le suicide, livre III

Cette phrase fait partie de celles qui m’ont le plus marqué parmi toutes mes lectures. Elle m’a transpercé directement, dès la première lecture, grâce à sa vérité crue enrobée dans une langue académique, neutralisante, sans pathos. C’est quand je lis ce type de livre que je me rappelle pourquoi j’aime autant la connaissance et que je ne lis pas de roman/d’histoires.

Pour consolider mon dossier MPDH, je vais revoir mon ancien psychiatre qui n’a jamais pris la mesure de mes difficultés, même s’il a reconnu immédiatement le TSA quand j’ai émis l’hypothèse. Je vais devoir mendier pour qu’il rédige une lettre afin de simplement dire la vérité sur les années de suivi. Son incompréhension pluriannuelle n’est pas un cas isolé, mais la règle dans ma vie. Je ne comprends pas pourquoi ils ne comprennent pas. J’ai l’impression d’être fou à leurs yeux, de me sentir aussi mal alors que je ne le devrais pas, alors que c’est cette idée qui me semble folle. Les choses ont changé avec la rencontre de mon nouveau psychiatre. Quand je parle, il me croit. C’est un acquis bien plus important que le diagnostic de TSA. J’angoisse à l’idée de déménager parce que je le perdrais.

Je ne sais pas si ce problème de perception est causé par le TSA, ou autre chose. Il semble incompréhensible d’être suicidaire sans faire de tentatives, sans souffrir d’addictions, mais de vivre dans ses habitudes, ses intérêts, en un mot dans son coin en faisant le maximum pour rester la tête hors de l’eau (bien manger, essayer de bien dormir, éviter ce qui est dangereux, se lever tous les jours même si on n’a plus aucune raison de le faire).

J’ai peur d’un jour n’avoir plus d’autre choix que de me suicider à cause du déni de la société. J’ai peur de devenir fou à force d’être nié. J’ai peur de sombrer dans le mutisme.

Je souffre d’une anxiété proprement délirante. Je souffre aussi d’une forme de déformation de la réalité en ce sens que ce qui est l’objet de mon attention actuelle est toute la réalité pour moi. J’ai énormément de mal à prendre du recul. Je passe de la joie à la peur de mourir selon ce à quoi je réfléchis. C’est assez vertigineux de voir la réalité n’avoir d’autre consistance que l’instant présent. Je ne suis pourtant pas incapable de réfléchir, de construire une pensée en prenant en compte les événements passés, les données présentes et les possibilités futures. Pourtant, depuis trois jours, je ne pense plus qu’à mon logement et le suicide est revenu, alors qu’objectivement, la situation n’a pas évolué. Il faudrait que je pense à autre chose, mais ce problème de réalité persistera. J’ai également du mal à évaluer la gravité d’un problème. Souvent on me rit au nez quand j’évoque ce qui me préoccupe, car pour les gens, il existe x ou y solution dont j’ignorais l’existence. J’ai souvent eu l’impression que les gens avaient une vie cachée où ils apprenaient toutes ces choses de la vie pratique ou sociale dont je n’ai jamais entendu parler. D’ailleurs, c’est un des moments où échanger avec n’importe qui peut m’apporter du réconfort en ramenant mon sujet d’inquiétude à une perception plus pragmatique et dédramatisée. Le problème peut presque disparaître instantanément dans la réaction de l’autre. Parfois le fossé entre ma perception de la gravité et la réalité est vertigineux. J’ai encore du mal à avoir ce réflexe d’attendre d’avoir l’opinion d’une autre personne avant de penser au suicide tellement je suis immédiatement noyé dans l’anxiété en pensant au problème. J’ai besoin des autres pour être ancré dans la réalité, car mon univers mental prend un élément pour le tout, un détail pour le principal, un problème pour la fin de ma vie.

Depuis le diagnostic, je prends la mesure de mon handicap, bien plus étendu et profond que ce que je croyais. J’ai du mal à percevoir mon avenir. J’existe encore parce que ma mère me soutient. Si elle meurt, je tiendrai comment ?

Même l’AAH, qui arrivera bien tardivement dans ma vie si elle m’ait accordé, ne permettra pas de garantir à long terme l’accès à un logement, à des vêtements, de la nourriture, des soins médicaux, jusqu’à la retraite et la mort.

Je souffre d’une maladie étrange qui ne m’ôte pas entièrement l’espoir d’être autonome et me donne même l’apparence de pouvoir y prétendre, mais qui dans les faits, par toutes sortes de petits bâtons dans les roues, aboutit à l’inaptitude.

Quand je vois mon petit frère et ma petite sœur construire leurs vies, j’ai honte de moi.

Je ne serai jamais normal, je ne pourrai jamais m’intégrer et le mieux qui puisse m’arriver, c’est de réussir à faire mon propre nid à l’écart des autres, à ma façon, sur mesure pour et par moi. Si je n’y parviens pas, ce sera sdf ou l’asile.
Diagnostiqué TSA et TDAH.

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Re: Envies suicidaires (suicide) ...

#454 Message par MystAirH » jeudi 4 avril 2024 à 14:11

MrMétaphysique a écrit : mercredi 3 avril 2024 à 2:57 Merci pour ton message.
Mais je t'en prie :bravo:

De tous ces faits il résulte que le taux social des suicides ne s'explique que sociologiquement. C'est la constitution morale de la société qui fixe à chaque instant le contingent des morts volontaires. Il existe donc pour chaque peuple une force collective, d'une énergie déterminée, qui pousse les hommes à se tuer. Les mouvements que le patient accomplit et qui, au premier abord, paraissent n'exprimer que son tempérament personnel, sont, en réalité, la suite et le prolongement d'un état social qu'ils manifestent extérieurement.

Durkheim, Le suicide, livre III
WOW ! En gros ce que j'ai tenté d'exprimé par "on pourrait dire avoir à faire à une sorte d'ennemi dissimulé qui nous abats en silence" s'intègre parfaitement dans cette pensée (thèse admise ?), c'est le genre de constatation qui me fait vraiment bizarre :crazy: , je ne comprends pas comment et surtout pourquoi j'arrive à poser des analyses qui se vérifient assez souvent dans les temps qui suivent (soit par la découverte, comme ici, que ça a déjà été avancé, soit car les mentalités/études progressent et en arrivent aux mêmes conclusions que j'ai eu parfois des années plus tôt). Je n'ai jamais acquis les connaissances nécessaires, je n'ai pas de méthode (autre qu'une sorte d'introspection, un plongeon dans des réflexions vertigineuses, à me sentir mal parfois). Culturellement, je n'ai aucune spécialité, je touche à tout, je butine à l'envie et jamais complètement, lassitude (peut-être le paradoxe du TSA vs TDAH).

grâce à sa vérité crue enrobée dans une langue académique, neutralisante, sans pathos.
Oui, vraiment, c'est une qualité que j'ai du mal à produire, je suis souvent trop emphatique.

J’angoisse à l’idée de déménager parce que je le perdrais.
C'est complètement compréhensible, c'est à mon avis la peur de l'inconnue, j'y suis aussi confronté. D'ailleurs nous sommes loin d'être les seuls. C'est par exemple tout ce qui me bloque en ce moment pour aller vers quelque chose d'autre, pourtant potentiellement meilleure puisque j'ai l'impression que rien ne peut-être pire que là, maintenant, même pas la mort à certains moments. Le statu quo est un terrain connu et donc rassurant, mais inacceptable quand on le sait être la principale source de nos indispositions. Il faudrait s'en tenir à ce constat et pouvoir se dire en toute lucidité que c'est une évidence qu'il faut "bouger". Seulement il nous paralyse aussi, donc nous y sommes piégés.

Je ne sais pas si ce problème de perception est causé par le TSA, ou autre chose. Il semble incompréhensible d’être suicidaire sans faire de tentatives, sans souffrir d’addictions, mais de vivre dans ses habitudes, ses intérêts, en un mot dans son coin en faisant le maximum pour rester la tête hors de l’eau (bien manger, essayer de bien dormir, éviter ce qui est dangereux, se lever tous les jours même si on n’a plus aucune raison de le faire).
Voir si il n'y a pas là quelque chose du même ordre que dans ma réflexion juste ci-dessus. Une plante ne poussera jamais, même avec l'apport de tout les ingrédients qui lui sont vitaux, si elle est enfermée à la cave.

J’ai peur d’un jour n’avoir plus d’autre choix que de me suicider à cause du déni de la société.
Arf... c'est dure et là je ne sais pas trop quoi te répondre... certains te diront que tu es dans ton propre déni et qu'il n'appartient qu'à toi de changer les choses... ceux-là méritent de se prendre des baffes, au moins de la taille de celles que nous essuyons quand nous cherchons éperdument à nous en sortir et que, je te cite : "par toutes sortes de petits bâtons dans les roues" nous empêche d'arriver ne serait-ce qu'à le concevoir. J'en reviens alors au fait que nous sommes comme piégés.

Je souffre d’une anxiété proprement délirante.
C'est une autodétermination ? Car à la lecture de ce que tu as décrit ensuite, qui me parait résonner juste, notamment compte-tenu de ton profil TSA/TDAH, la conscience que tu as de toi vient, selon moi, contredire la notion de délire.

Depuis le diagnostic, je prends la mesure de mon handicap, bien plus étendu et profond que ce que je croyais.
C'est un fait partagé par énormément de profils ici et ailleurs, à commencer par moi.

J’ai du mal à percevoir mon avenir.
Encore une fois il me semble qu'on en revient à la peur de cette inconnue dont on ne semble pas pouvoir attraper les rênes (fussent-elles à portée ou non)

J’existe encore parce que ma mère me soutient. Si elle meurt, je tiendrai comment ?
La même question se pose pour moi, mais par rapport à mon épouse qui a pris le relais de ma mère qui elle ne peut plus rien pour moi (elle n'est pas morte, mais c'est un constat évident, d'autant plus qu'elle est âgée et ne me reconnaît toujours pas comme un enfant différent de celui qu'elle croyait avoir depuis tout ce temps...)

Et honnêtement je ne sais pas quoi te/nous répondre. Depuis quelques temps j'aimerais aller quelque part tenter une expérience qui implique des prises de risques et un gros investissement pour le vivre en situation réelle (par juste "en visite"). Mon épouse ne semble pas avoir la conviction de me suivre, elle a peur de l'inconnue (et me demande des choses/garanties auxquelles je suis bien incapable de répondre, ne le sachant pas moi-même) car il pourrait s'y reproduire des choses déjà mal vécues. Je me fais la réflexion forcée que je devrais avoir confiance en moi et "y aller seul", pour me le prouver et lui prouver quelque chose (réussite ou échec), mais à chaque fois que je l'exerce (mentalement) je ressens une sorte d'illumination (Ah mais oui, je pourrais !) qui est suivie dans les heures par une attaque de panique (Non, car si et si et ça, et seul, pas d'assurance, AAAAHHH!), comme si je m'emportais trop haut et restait paralysé par le vertige (peur du vide au sens figuré ?).

Même l’AAH, qui arrivera bien tardivement dans ma vie si elle m’ait accordé, ne permettra pas de garantir à long terme l’accès à un logement, à des vêtements, de la nourriture, des soins médicaux, jusqu’à la retraite et la mort.
Ca c'est certainement embêtant (aussi pour celui qui te parle ici et se sent impuissant pour toi). Cela dit, les moyens (matériels) ne font vraiment pas tout. J'ai personnellement une petite rente AI (Suisse) qui clairement ne me permet pas de ne serait-ce qu'exister dans mon pays, il y a des compensations qui peuvent venir s'y ajouter, mais ça restera misérable. Bref.
Par contre j'ai des réserves qui me permettraient d'envisager de quitter ce pays, à défaut d'y trouver et d'investir dans quelque chose sur place, car tout est trop cher ou ne rentre pas dans ce que je pense avoir déterminer comme bon/nécessaire pour moi (calme presque absolu, possibilité de se rapprocher des autres sans risque que ce soit eux qui m'envahissent par la terre, le ciel, etc, tout ça sur des aspects principalement auditifs, mais aussi visuels et olfactifs).
Pourtant, je reste bloqué, de part mes caractéristiques et des verrous qu'ils engendre. Il n'est pas non plus simple de s'extraire d'une zone administrative pour s'installer dans une autre, ce qui semble être des formalités pour certains sont des vraies gageurs pour moi, même découpées étape par étape, bout par bout, le risque d'être rattrapé par l'une ou l'autre à cause d'une lacune de ma part me décourage et m'effraie instantanément.

Etant bien conscient que la "thune" ne me sortirait pas toute seule de mon "trou noir", j'ai répété tout au long des procédures que j'avais besoin d'un coup de main, d'un élan, d'une "remise à zéro" de mon état. On ne m'a répondu que par : "Désolé, mais pour ça nous ne pouvons rien pour vous... nous comprenons bien vos besoins et que ce serait bien plus sensé (économiquement aussi) que de simplement vous caser là avec ça (TSA=incapacité=rente=>problème résolu), mais il n'existe rien de tel malheureusement". A vrai dire on m'avait pousser à y réfléchir, je l'ai bien conçu, je n'y ai pas trouvé de "parade", je peux le constater et dorénavant le déplorer.

J'ai une psychiatre, consciente de la problématique chez plusieurs de ces patient-e-s, qui se dit qu'elle doit tenter quelque chose mais sans trop savoir comment s'y prendre. Depuis peu elle nous a solliciter au travers de quelques questions sur ce qui serait pour nous un lien de repos/vacances adapté. Elle souhaiterait pouvoir établir une sorte de label "Autism Friendly" qui nous aiderait ainsi à trouver les bons plans dont nous pourrions profiter. Le hic c'est que ça restera privé, car passer par des voies officiels (cantonales en Suisse par exemple) prendrait assurément des décennies (selon elle, sûrement au vu des combats menés depuis déjà longtemps par des associations comme Autisme Suisse Romande), et qui dit privé dit financement personnel ou trouvé des soutiens privés.

En tout cas, comme je lui ai dit, ses efforts sont louables et font déjà du bien en soi. A suivre...

Je souffre d’une maladie étrange qui ne m’ôte pas entièrement l’espoir d’être autonome et me donne même l’apparence de pouvoir y prétendre, mais qui dans les faits, par toutes sortes de petits bâtons dans les roues, aboutit à l’inaptitude.
D'une maladie, de quoi parles-tu ?

Pour le reste, comme dit plus haut, rien à redire, c'est exactement ça et c'est justement très frustrant à mesure que l'on les énumère sans y trouver de solutions car bien trop souvent indépendant de nous et on ne peut se plier à tout sans finir par rompre entièrement.

Quand je vois mon petit frère et ma petite sœur construire leurs vies, j’ai honte de moi.
Moi c'est exactement l'inverse, car je ne les vois pas réussir leurs vies autrement qu'en détruisant petit à petit leur Monde d'inconscients. Ou alors ils ont transcendé une vérité sur la vie, et la condition humaine en particulier, qui m'échappe totalement.

Non vraiment, sans être imbu de moi-même, je suis vachement fier d'être ce que je suis et de penser comme je pense. Je déplore aussi simplement que tristement le fait que j'en sois réduit à ce que je ressens sans l'écho absolument nécessaire de la part des autres (ils reçoivent du bruit, en émettent, mais ne réfléchissent pas, donc ce n'est pas de l'écho ^^).

Je ne serai jamais normal, je ne pourrai jamais m’intégrer et le mieux qui puisse m’arriver, c’est de réussir à faire mon propre nid à l’écart des autres, à ma façon, sur mesure pour et par moi.
Le point qui m'intéressait le plus. Je ne vais pas te contredire, encore une fois ça me paraît se suffire. Juste que être normal n'est pas un but, mais que de trouver ton nid est essentiel !

Par contre j'aurais une question : dans quel cadre de vie es-tu ? (type d'habitat, situation environnante : ville, village, hameaux, maison esseulée, ...) Anonymement bien sûr, je ne veux pas savoir où tu habites, c'est surtout pour comprendre voire simplement confirmer le lien entre bonheur/malheur et l'endroit de vie pour nous.

Moi j'habite une petite résidence (assez vétuste et qui penche, 3%) transformée en 3 logements, au bord d'une rivière/canal navigable, en marge d'une petite ville (grande pour la Suisse ^^) où trains, voitures, bateaux et avions (de ligne, de tourisme et de saut en parachute voire acrobatie) se croisent et s'entrecroisent incessamment en se faisant voir et entendre, voire sentir. Beaucoup de mobilité douce aussi, donc beaucoup de mouvements visibles tout autour, des bruits aussi (cris, etc). Autour de cette zone urbaines l'ont retombe très vite sur les zones habitées des villages et petites villes environnantes, peu d'espace intermédiaires qui de plus sont exploitées pour l'agriculture ou envahies par les habitants durant leurs loisirs (plus ou moins impactants, de la simple marche à la virée à moto vociférante ^^).

En clair, que je n'arrive pas à m'en sortir là au milieu ne m'étonne pas. Par contre, comment j'ai pu me retrouver là et comment m'en sortir, je l'ignore...
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