Bonsoir,
Je rebondis sur la réaction de la blogueuse
Petite Loutre :
Différente, de Lola Doillon : pourquoi il faut cramer ce film (et le patriarcat).
Surpris par cette critique très sévère, j’ai profité de l’occasion pour revoir ce film samedi dernier. En tant qu’autiste, il m’est difficile de saisir toutes les scènes dès les premiers visionnages, malgré le sujet traité. Mais, même après l’avoir regardé une nouvelle fois, je ne rejoins pas du tout
Petite Loutre.
Je laisse de côté les incohérences de scénario. Il y en a fréquemment dans les films, soit parce que la mise en scène est mal préparée, soit pour éviter de compliquer un récit d'une durée limitée à 1h30 à 2h. Je trouve son analyse parfois alambiquée. Je me focalise sur la question de l’autisme ci-après.
"Le diagnostic d’autisme ne tombe jamais sur personne par hasard au détour d’un chemin bucolique."
Personnellement je suis tombé par hasard sur
cette vidéo, en zappant sur Youtube.
"Qui n’est ni en interrogation, ni en dépression, ni en burn out, ni en situation sociale précaire, ni…rien de ce que traversent classiquement les personnes autistes non diagnostiquées."
J'ai connu des hauts et des bas dans ma vie à cause du caractère tardif de mon diagnostic. Mais je traversais une période plutôt sereine lorsque j'ai découvert la vidéo précédemment citée.
"Elle mentionne vite fait avoir du mal à garder un job, mais la mise en scène de sa situation dit complètement l’inverse : elle fait n’importe quoi dans son taf mais n’en subit aucune conséquence, son boss veut la garder malgré des restrictions budgétaires, "
Katia ne fait pas n'importe quoi. Son travail de documentaliste est très apprécié.
Lors de mes 5 stages en entreprise, je n'aurais jamais espéré obtenir une proposition de prolongation car ça s'est passé au mieux moyennement. Mais peut-être par chance, j'ai fini par avoir un emploi durable, malgré mes difficultés relationnelles.
J’ai 40 ans d’ancienneté dans mon travail. Dans les années 1990, mon entreprise a traversé une période de crise, avec le licenciement d'environ 10 % du personnel, touchant surtout les catégories les moins qualifiées, donc celles pour lesquelles il était plus difficile de trouver des missions auprès des clients. Comme Katia, je suis au moins apprécié pour la qualité de mon travail.
" son collègue lui demande de prendre le relai sur un boulot qui n’est même pas le sien, et tout passe crème."
En partie d'accord sur ce point. Cela peut sembler invraisemblable, mais pas toujours. J'ai moi même replongé dans la chimie lors d'une mission, un domaine que je n'avais pas pratiqué depuis 30 ans, autrement dit depuis mes études.
"Bref, on a l’impression que l’idée de l’autisme vient se poser sur elle comme un papillon sur une fleur de printemps, tout en douceur. Pas besoin de cheminement quelconque, d’acceptation ou de quoi que ce soit. Pas de détour via un quelconque bullshit pseudo psy médical, pas de bataille pour trouver des pros ok, tout lui est servi sur un plateau – c’est propre, rapide et efficace (oui oui, quand on reprend la chronologie du film, tout se passe en max un mois), complètement à l’inverse de la réalité des personnes en errance."
Katia a été diagnostiquée par une neuropsychologue. A notre époque, c'est très compliqué de trouver un psychiatre disponible, mais pas un psychologue. Les 2 psychologues que j'ai consultés en août 2024 puis fin décembre 2025 sont spécialisés a minima TSA. Je n'ai pas connu d'errance diagnostique parmi les psychologues.
Par contre, le film fait l'impasse sur une éventuelle recherche d'un psychiatre par Katia, pour confirmer et/ou valider l'avis de la psychologue.
" Il n’y a aucune tentative de représentation du masking : Katia est comme elle est, elle n’essaye pas de se fondre dans la masse, envoie bouler son boss quand il lui propose un sujet qui ne l’intéresse pas et se pointe oklm avec casque et lunettes de soleil au boulot dès le lendemain de son diag."
D'accord sur ce point. Depuis mon diagnostic, j’ai pris l’habitude de porter un casque à réduction de bruit dans les transports en commun, mais je n’affiche pas ouvertement ma particularité sur mon lieu de travail. J’ai aussi la chance d’évoluer dans un environnement plutôt calme (hors rares chantiers) et de pouvoir télétravailler.
"On s’attend à un moment d’intensité autistique : stimming débridé ou infodump passionné. Mais, sans aucune justification sensorielle ou psychologique, sans aucun avertissement, tout bifurque : en quelques secondes, emballée par la situation (???) Katia se déshabille sur un rond-point, sa poitrine brusquement exposée à l’écran, dans un moment de pur male gaze"
D'accord aussi. Je n'ai moi-même pas compris la raison de cette scène dans le présent film.
"Les histoires d’amour au cinéma ne sont pas innocentes. Elles suggèrent aux spectateurices ce qui est acceptable dans une relation, quelles concessions sont normales, où se situent les limites. Dans Différente, la relation entre Katia et Fred est présentée comme imparfaite mais valable. Evidemment y’a rien qui va. Fred est tout simplement toxique, et j’insiste, du début à la fin. Victimisation, gaslight, infantilisation, harcèlement (non, on ne dort pas sur le palier de sa meuf pour la forcer à avoir une discussion, merci), possessivité et coercition reproductive : tout ceci est emballé pour faire mignon dans une comédie romantique à la gloire des relations abusives."
Là, je suis en total désaccord, y compris lorsqu'elle parle ensuite de "valorisation du sacrifice féminin".
Je ne saisis pas le rapport avec le patriarcat vu qu'une femme pourrait se comporter de la même manière avec son amoureux.
Le terme "harcèlement" est très exagéré. Katia a découvert la présence de Fred dans les parties communes en sortant de chez elle le matin. Il n'avait même pas frappé à sa porte en arrivant la nuit.
Je me demande où
Petite Loutre relève du "gaslight" dans ce film.
Les attentes de Fred étaient celles d'un neurotypique qui, bien qu'ayant relevé certaines bizarreries chez elle, considérait Katia comme une "neurotypique" jusqu'à son diagnostic.
La "coercition reproductive" ne me paraît pas flagrante :
- La première fois que Katia lui a parlé de sa grossesse, ils étaient tous les deux indécis.
- La deuxième fois, ok. Elle lui fait part de son intention d'interrompre sa grossesse en invoquant son autisme (et sans doute aussi parce qu'elle croit son job menacé) ; alors que, précisément pour le bébé, Fred lui annonce renoncer à son opportunité professionnelle située à des centaines de km.
- La rencontre avec Julie DACHEZ (alias Romane dans le film, et également autiste) et de sa fille ado, ainsi que les propos rassurants de son boss sur le maintien son job, ôtent finalement à Katia sa réticence à la maternité.
- La troisième fois, après avoir relu le diagnostic TSA de Katia, Fred lui dit "Je suis incapable de vivre sans toi. Donc, avec ou sans enfants, c'est toi". Katia lui apprend ensuite qu'elle n'est pas allée au rendez-vous pour l'avortement.
"Mais Katia reste seule face à Fred, et les normes patriarcales (et racistes) sont confortablement reproduites."
Racistes ??? Pas plus flagrant que "patriarcales" je trouve.
Ce film a le mérite d’aller au bout de ses propos catastrophiques. L’histoire n’aurait pas été complète sans une grossesse non désirée, et finalement acceptée par Katia qui renonce à l’avortement. Par amour, mais pas que : elle comprend que malgré son handicap, elle peut avoir des enfants !
Là encore, je trouve que c'est d'un rapport lointain avec le patriarcat.
Et pour fêter ça, elle boit un verre de cidre, parce que l’alcool et la grossesse, en France, par contre, c’est ok.
Ok, ok, c'est une erreur de scénario.
En résumé, je trouve l'analyse de
Petite Loutre globalement alambiquée, notamment sur ledit "patriarcat". Si Fred avait dit à Katia
"J'ai une belle opportunité professionnelle à 500 km d'ici, donc tu gardes notre bébé et tu viens avec moi. Tu pourras t'en occuper en restant à la maison", j'aurais mieux compris le point de vue de
Petite Loutre.
En tout cas, je vous encourage à voir ce film vous-même pour vous forger votre propre opinion.

Diagnostiqué TSA en février 2025.
Diagnostiqué TDA (sans le H) et QI hétérogène en février 2026.