L'avenir vous a-t-il fait peur ? Moi, il me terrifie...
Posté : dimanche 4 juin 2017 à 21:22
J'espère ne pas me tromper d'endroit pour en parler. Ni lâcher une beuglante dans un exutoire de façon vaine et futile...
Je suis sans doute dans une période de dépression profonde parce que je suis en examen, plein de stress et d'angoisses, angoissé pour l'avenir car je suis à la frontière entre le monde adulte et le monde adolescent. Officiellement, je suis responsable de tout ce que je fais, je dois apprendre à m'émanciper, à survivre en automonie, à me détacher et à commencer à vivre... Ce n'est pas pour tout de suite mais c'est imminent.
Cependant, il y a un problème : Je suis un quadruple A : Autiste Asperger, Anormal et Anomalie.
Depuis le jour de ma naissance, je traîne cette cicatrice (ainsi que pleins d'autres) et la pire d'entre toutes est de réfléchir sans doute beaucoup trop : Dans le monde naturel, un individu non adapté à son environnement ne tend pas à survivre ni à bien vivre. Dans le monde naturel, les inadaptés ou les tarés sont épurés, détruits et ne laissent pas de descendance.
J'aimerais affirmer que je suis fier d'être Aspie et je n'ai pas peur ni honte de le dire... mais j'ai l'impression que les gens que j'aime ne le sont pas ou n'aiment pas entendre dire que j'accepte d'afficher ma différence.
Quand je fais le point sur ma vie, j'ai l'impression d'être né pour ne pas être digne de vivre :
-Distrait au point de tout oublier jusqu'à son sourire ou la réponse à la question qu'il vient de poser il y a 5 minutes.
-Associal sur le fait de ne jamais sortir dans des boîtes, des fêtes, ou ailleurs que ce soit avec des gens de mon âge.
-Négligeant au point d'être incapable d'avoir de l'ordre et de se perdre dans son propre chaos.
-Gras de cheveux, hirsute de toison, puant de transpiration... Un physique de bête humaine ou d'humain bestial.
-Emotif au point de se tracasser des plus petits soucis comme rêveur au point d'oublier les vrais soucis.
-Rageux et haineux, envers qui ? contre qui ? En premier envers moi... Puis envers le reste du monde.
Quand je déclare que je suis Aspie, certaines personnes prennent cela comme une lubie, comme un mal mineur ou imaginaire. Mes parents me disent "tu n'es presque pas autiste". Qu'est-ce que cela veut dire ? Que je ne presque pas "mauvais" ? Ils savent mieux que personne que j'ai des difficultés, ils m'aident depuis tout petit... Mais pourquoi ? Qu'ont-ils à y gagner ?
Depuis le premier jour où j'ai fréquenté des psys, où j'ai causé du souci à mes parents, je m'en veux tellement de devoir autant leur coûter, de devoir autant prendre de leur temps, d'avoir toujours besoin de leur aide, y compris pour calmer mes angoisses. De tant les énerver par mon chaos, par mon manque de soin pour moi-même mais aussi pour toutes ces lubies que j'énonces ou pratiques :
Le respect de toutes les bestioles qui envahissent la maison, l'irrespect du gouvernement, m'imaginant qu'une anarchie sans roi ni gouvernement serait préférable à la dictature de la démocratie, les idées bizarres d'un homme voulant être lui-même et normal (deux objectifs contradictoires), l'absence de peur pour tout ce que les gens considèrent comme anormal et la peur de tout ce que les gens considèrent comme normal.
De nous cinq, je suis le seul à aller à la messe tous les dimanches et à entendre régulièrement des conversations tournant autour de l'église et de tout ce qu'elle a fait de mal... de tous ce que les religieux ont fait de mal. Cela veut dire quoi ? Que le mal attire le mal ? Que je suis anormal et que, dans mon anormalité, je vais dans des institutions mauvaises ?
Je n'arrives pas à lire l'ironie pourtant censée être acquis à l'apprentissage de la parole, je n'arrives pas à ôter ce sentiment de mal-être lorsque je vois mes ami(e)s embrasser quelqu'un. Mes parents me rassurent en disant que l'amour peut venir et se construire tard ou au moment le plus inattendu. Mais suis-je capable d'aimer ? Ai-je le droit d'aimer ?
Et si, un jour, j'ai la chance de rencontrer quelqu'un, de l'aimer, de fonder une famille... est-ce que je vais laisser derrière moi une lignée de tarées, d'anormaux, de monstres et de dégoûtés de vivre ?
Mes parents m'encouragent en disant que j'ai surmonté beaucoup de difficultés mais jusqu'où irai-je ? Pour remédier à mon problème social, j'ai découvert les JDR et cela m'a beaucoup aidé... mais encore une fois, c'est une activité marginale. Ce qui contribue à me rendre atypique. Et puis, peut-on vraiment baser sa vie sur des jeux ? N'est-ce finalement pas juste une fuite du monde réel et de sa dureté ? Cela est addictif chez moi, est-ce que cela n'aggrave pas les choses ? J'ai l'impression que même ce que j'aime ne me mènera nulle part.
J'entends parler de tous ces autistes aspergers qui ont réussi ou sont devenus des légendes de la science, de l'art ou de la philosophie. Mais et moi ? Puis-je caresser l'illusion que je puisse un jour devenir quelqu'un ou serai-je à jamais une vaine existence qui mourra comme les milliards d'autres dans l'effroyable machine de l'éternité ?
Quand je vois le monde actuel, comment il évolue et de quoi il est jalonné, j'ai peur : Peur de la culture de la peur et de la haine par les médias, de l'art intarissable du commérage, de l'agonie écologique de la planète (même si c'était pire avant, ce n'est en rien résolu), de la disparition progressive des écosystèmes, de la montée en puissance de la politique d'un monde qui se fonde sur la haine et la méconnaissance d'autrui. Dans quoi vais-je évoluer ? Suis-je prêt à vivre dans un tel monde ? Comment accepterai-je ma vie dans un monde qui me fait peur ? Comment un naïf comme moi peut-il ne pas être la cible des esprits malveillants qui voudront en profiter ? Comment un être qui arrive à se perdre dans sa propre chambre réussira-t-il à trouver son chemin à travers les papiers, les administrations complexes et les prérequis ésocryptiques d'une vie "normale" ?
Peut-être que j'oublierai tout demain ou dans un an, voire deux. Peut-être que mes craintes seront vraies. En attendant, dans l'instant présent, je n'arrive pas à me convaincre qu'une anomalie comme moi ait le droit à la vie ou à l'amour dans un monde où la norme est reine même si elle refuse de le reconnaître ("soyez vous-même" qu'on se plaît à dire. tu parles !).
Je suis sans doute dans une période de dépression profonde parce que je suis en examen, plein de stress et d'angoisses, angoissé pour l'avenir car je suis à la frontière entre le monde adulte et le monde adolescent. Officiellement, je suis responsable de tout ce que je fais, je dois apprendre à m'émanciper, à survivre en automonie, à me détacher et à commencer à vivre... Ce n'est pas pour tout de suite mais c'est imminent.
Cependant, il y a un problème : Je suis un quadruple A : Autiste Asperger, Anormal et Anomalie.
Depuis le jour de ma naissance, je traîne cette cicatrice (ainsi que pleins d'autres) et la pire d'entre toutes est de réfléchir sans doute beaucoup trop : Dans le monde naturel, un individu non adapté à son environnement ne tend pas à survivre ni à bien vivre. Dans le monde naturel, les inadaptés ou les tarés sont épurés, détruits et ne laissent pas de descendance.
J'aimerais affirmer que je suis fier d'être Aspie et je n'ai pas peur ni honte de le dire... mais j'ai l'impression que les gens que j'aime ne le sont pas ou n'aiment pas entendre dire que j'accepte d'afficher ma différence.
Quand je fais le point sur ma vie, j'ai l'impression d'être né pour ne pas être digne de vivre :
-Distrait au point de tout oublier jusqu'à son sourire ou la réponse à la question qu'il vient de poser il y a 5 minutes.
-Associal sur le fait de ne jamais sortir dans des boîtes, des fêtes, ou ailleurs que ce soit avec des gens de mon âge.
-Négligeant au point d'être incapable d'avoir de l'ordre et de se perdre dans son propre chaos.
-Gras de cheveux, hirsute de toison, puant de transpiration... Un physique de bête humaine ou d'humain bestial.
-Emotif au point de se tracasser des plus petits soucis comme rêveur au point d'oublier les vrais soucis.
-Rageux et haineux, envers qui ? contre qui ? En premier envers moi... Puis envers le reste du monde.
Quand je déclare que je suis Aspie, certaines personnes prennent cela comme une lubie, comme un mal mineur ou imaginaire. Mes parents me disent "tu n'es presque pas autiste". Qu'est-ce que cela veut dire ? Que je ne presque pas "mauvais" ? Ils savent mieux que personne que j'ai des difficultés, ils m'aident depuis tout petit... Mais pourquoi ? Qu'ont-ils à y gagner ?
Depuis le premier jour où j'ai fréquenté des psys, où j'ai causé du souci à mes parents, je m'en veux tellement de devoir autant leur coûter, de devoir autant prendre de leur temps, d'avoir toujours besoin de leur aide, y compris pour calmer mes angoisses. De tant les énerver par mon chaos, par mon manque de soin pour moi-même mais aussi pour toutes ces lubies que j'énonces ou pratiques :
Le respect de toutes les bestioles qui envahissent la maison, l'irrespect du gouvernement, m'imaginant qu'une anarchie sans roi ni gouvernement serait préférable à la dictature de la démocratie, les idées bizarres d'un homme voulant être lui-même et normal (deux objectifs contradictoires), l'absence de peur pour tout ce que les gens considèrent comme anormal et la peur de tout ce que les gens considèrent comme normal.
De nous cinq, je suis le seul à aller à la messe tous les dimanches et à entendre régulièrement des conversations tournant autour de l'église et de tout ce qu'elle a fait de mal... de tous ce que les religieux ont fait de mal. Cela veut dire quoi ? Que le mal attire le mal ? Que je suis anormal et que, dans mon anormalité, je vais dans des institutions mauvaises ?
Je n'arrives pas à lire l'ironie pourtant censée être acquis à l'apprentissage de la parole, je n'arrives pas à ôter ce sentiment de mal-être lorsque je vois mes ami(e)s embrasser quelqu'un. Mes parents me rassurent en disant que l'amour peut venir et se construire tard ou au moment le plus inattendu. Mais suis-je capable d'aimer ? Ai-je le droit d'aimer ?
Et si, un jour, j'ai la chance de rencontrer quelqu'un, de l'aimer, de fonder une famille... est-ce que je vais laisser derrière moi une lignée de tarées, d'anormaux, de monstres et de dégoûtés de vivre ?
Mes parents m'encouragent en disant que j'ai surmonté beaucoup de difficultés mais jusqu'où irai-je ? Pour remédier à mon problème social, j'ai découvert les JDR et cela m'a beaucoup aidé... mais encore une fois, c'est une activité marginale. Ce qui contribue à me rendre atypique. Et puis, peut-on vraiment baser sa vie sur des jeux ? N'est-ce finalement pas juste une fuite du monde réel et de sa dureté ? Cela est addictif chez moi, est-ce que cela n'aggrave pas les choses ? J'ai l'impression que même ce que j'aime ne me mènera nulle part.
J'entends parler de tous ces autistes aspergers qui ont réussi ou sont devenus des légendes de la science, de l'art ou de la philosophie. Mais et moi ? Puis-je caresser l'illusion que je puisse un jour devenir quelqu'un ou serai-je à jamais une vaine existence qui mourra comme les milliards d'autres dans l'effroyable machine de l'éternité ?
Quand je vois le monde actuel, comment il évolue et de quoi il est jalonné, j'ai peur : Peur de la culture de la peur et de la haine par les médias, de l'art intarissable du commérage, de l'agonie écologique de la planète (même si c'était pire avant, ce n'est en rien résolu), de la disparition progressive des écosystèmes, de la montée en puissance de la politique d'un monde qui se fonde sur la haine et la méconnaissance d'autrui. Dans quoi vais-je évoluer ? Suis-je prêt à vivre dans un tel monde ? Comment accepterai-je ma vie dans un monde qui me fait peur ? Comment un naïf comme moi peut-il ne pas être la cible des esprits malveillants qui voudront en profiter ? Comment un être qui arrive à se perdre dans sa propre chambre réussira-t-il à trouver son chemin à travers les papiers, les administrations complexes et les prérequis ésocryptiques d'une vie "normale" ?
Peut-être que j'oublierai tout demain ou dans un an, voire deux. Peut-être que mes craintes seront vraies. En attendant, dans l'instant présent, je n'arrive pas à me convaincre qu'une anomalie comme moi ait le droit à la vie ou à l'amour dans un monde où la norme est reine même si elle refuse de le reconnaître ("soyez vous-même" qu'on se plaît à dire. tu parles !).