Compte-rendu de la conférence du 17 octobre (Josef Schovanec)
La conférence a eu lieu dans une salle de spectacle assez grande. Plusieurs centaines de personnes étaient présentes.
En attendant que nous nous installions, JS paraissait assez peu à l’aise, ce qui était compréhensible puisqu’il était sur la « scène » à faire les cent pas en attendant de commencer.
L’une des organisatrices a dit un petit mot d’introduction, puis la conférence a pu commencer.
Mon ressenti était que le public visé était plutôt un public « non autiste ». En effet, l’ensemble de la conférence permettait d’essayer de faire comprendre la manière de percevoir le monde et de fonctionner d’une personne avec TSA.
Je n’ai personnellement pas appris de nouvelles choses, mais la manière de présenter et d’expliquer de JS était intéressante.
Concernant le contenu de la conférence en elle-même, JS a utilisé beaucoup de vidéos, sur lesquelles il s’est appuyé pour expliquer des comportements « typiquement TSA », de manière simple à comprendre.
Je citerai notamment des vidéos Disney dans lesquelles on voit Donald assez maladroit socialement parlant :
- l’une dans laquelle il ne perçoit pas les charmes qui lui sont faits par Daisy, par laquelle JS voulait illustrer la « cécité sociale »
- l’une dans laquelle il fait du porte à porte pour vendre des brosses à des humains, qui le refoulent systématiquement, pour illustrer le rejet du « différent » (difficulté pour les personnes TSA à s’insérer dans une société assez peu encline à accepter les différences perçues chez les autres)
JS a également utilisé une autre vidéo (dont voici le lien :
https://www.youtube.com/watch?v=-LF5M9nlFQs) pour montrer comment une personne avec TSA va « intégrer » une histoire (dans le cas présent, il s’agit de l’histoire du petit chaperon rouge, version « autiste »). La vidéo est probablement assez caricaturale, mais je l’aime bien (et la bande son également, contrairement à JS qui a dit regretter que le fond sonore choisi soit celui-là), et je crois qu’elle a « parlé » a pas mal de personnes présentes dans le public.
JS a également évoqué le fait que le décalage ressenti par les personnes avec TSA était très dépendant de leur environnement. Il a pris l’exemple de l’un de ses voyages à l’étranger (où il a vécu plusieurs mois) et où il ne ressentait pas ce décalage, ou plutôt où on ne le lui faisait pas ressentir, car ses « particularités » étaient mises sur le compte de la différence de culture.
J’oublie probablement beaucoup de choses, mais ce sont les principaux points qui m’ont interpellée.
La conférence a été suivie de questions du public. Je ne les citerai pas toutes, uniquement les plus intéressantes à mon avis.
Une maman d’un enfant avec TSA non verbal (d’après ce que j’ai pu comprendre) a témoigné en disant qu’elle n’avait eu d’autre choix que d’expatrier son enfant dans un institut en Belgique, car aucune solution de prise en charge ne lui était proposée en France. Cette situation était très difficile pour elle, comme on peut l’imaginer. Elle demandait à JS ce qu’il pensait de ce type d’instituts (notamment ceux de Belgique). JS a répondu que pour lui, ce n’étaient pas des solutions miracles, qu’il avait visité bon nombre de ces institutions et que les conditions d’accueil étaient souvent loin d’être optimales, qu’elles coutaient cher à la société (c’est effectivement la sécurité sociale française qui finance les institutions de ce genre qui accueillent des enfants français en Belgique) et aux parents, mais qu’il était conscient que les parents n’avaient parfois pas d’autre choix que de recourir à cette solution, et qu’il comprenait le désarroi de cette maman.
Une autre maman disait qu’elle avait deux grands enfants (dans la vingtaine) qui selon elle étaient concernés par un TSA, mais qu’elle ne parvenait pas à les faire diagnostiquer par manque de ressources médicales compétentes dans sa région. JS a répondu qu’il y avait effectivement un manque de moyens à ce niveau, mais qu’il devait être possible de trouver un professionnel compétent. Il a conseillé à la maman de se rapprocher des associations de sa région afin d’obtenir des contacts.
Un jeune homme Asperger, d’une douzaine d’années je pense, est intervenu pour dire qu’il était diagnostiqué, mais qu’il avait du mal à comprendre en quoi c’est lui qui n’était pas « normal », alors que de son point de vue, ce sont plutôt ses pairs qui sont « anormaux », et que lui ne se sentait pas vraiment en décalage. Son témoignage a fait rire beaucoup de monde dans l’assemblée. J’ai trouvé ça dommage car, même si j’imagine que cela ne partait pas d’une mauvaise intention du public, je pense que c’est ce genre de réactions qui peuvent altérer la confiance en soi. JS lui a répondu que c’était une bonne chose qu’il perçoive les choses de cette manière, et qu’il devrait « continuer comme ça ». Je ne me souviens plus très bien de l’ensemble de la réponse …
Un autre enfant, plus jeune, est intervenu pour poser une question dont je ne me souviens plus. Ce qui m’a interpellée dans cet échange a été le fait que JS lui réponde en le vouvoyant. J’ai l’habitude dans le cadre de mon activité professionnelle de tutoyer les enfants, en tout cas jusqu’à un certain age. Je trouve que ça les met plus en confiance, plus à l’aise, et que ça enlève le sentiment de « mise à distance » qu’engendre le vouvoiement. Par ailleurs, d’expérience personnelle, j’ai toujours eu beaucoup de mal à me faire vouvoyer, encore à l’heure actuelle dans des situations où c’est pourtant censé être approprié. Alors que j’ai beaucoup de mal à tutoyer moi-même, même dans des situations où ce serait « logique » et malgré des sollicitations explicites qui me sont faites dans ce sens. Je me demande si le fait que JS réponde à cet enfant en le vouvoyant était approprié ou non du coup (interrogation personnelle qui n’apporte rien à ce compte rendu, mais si quelqu’un a un avis sur la question, cela m’intéresse).
Après la conférence, JS est resté dédicacer ses livres je crois. Je me suis éclipsée rapidement, j’avais besoin d’être au calme, il était tard (la conférence a du finir vers 23h15 environ) et j’habite loin de Rambouillet.