Le phénotype élargi de l’autisme et ses implications

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Le phénotype élargi de l’autisme et ses implications

#1 Message par Jean » dimanche 2 octobre 2011 à 19:22

The Broader Autism Phenotype and Its Implications on the Etiology and Treatment of Autism Spectrum Disorders
Le phénotype élargi de l’autisme et ses implications sur l'étiologie et le traitement des troubles du spectre autistique

Jennifer Gerdts 1et Raphaël Bernier 2
1 Department de psychologie, Université de Washington, Seattle, WA 98195, Etats-Unis
2 Département de psychiatrie et sciences comportementales, Université de Washington, Seattle, WA 98195, USA
accepté le 9 mai 2011

Résumé : La présence de traits liés à l'autisme a été bien documentée dans des membres non diagnostiqués de la famille de personnes atteintes de troubles du spectre autistique (TSA). La constatation la plus commune est des déficiences légères en compétences sociales et de communication qui sont similaires à celles présentées par les personnes atteintes d'autisme, mais présentées à un degré moindre. Appelés phénotype élargi de l’autisme [broader autism phenotype BAP], ces traits suggèrent une responsabilité génétique pour les caractères liés à l'autisme dans les familles. L'influence génétique dans l'autisme est forte, avec des jumeaux identiques montrant une concordance élevée pour le diagnostic et les traits liés et environ 20% des cas de TSA ayant un mécanisme génétique identifié. Ce document souligne les études menées à ce jour concernant le BAP et considère les implications de ces résultats pour l'étiologie et le traitement des TSA.

Source (version intégrale en ligne) : http://www.hindawi.com/journals/aurt/2011/545901/
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#2 Message par Jean » lundi 3 octobre 2011 à 7:51

Extraits : traduction
2.1. Aptitudes sociales, compétences en communication, et caractères de la personnalité

La preuve la plus consistante pour le BAP a émergé à partir d'études évaluant directement les compétences de communication sociale, les traits de personnalité, et les antécédents des proches. Début les critiques de ces études se centraient sur l'utilisation des proches des enfants au développement normal comme groupes de contrôle. Les critiques soulignaient que les différences constatées chez les parents d'enfants atteints de TSA pouvaient avoir résulté des effets environnementaux de la vie avec et / ou d'élever un enfant ayant une incapacité grave plutôt que de la similarité génétique. Par conséquent, les chercheurs ont changé la nature de leurs groupes de contrôle pour inclure les membres de la famille des enfants ayant une déficience intellectuelle, souvent le syndrome de Down (SD), afin de contrôler les effets d'avoir un enfant avec un handicap comme membre de la famille. Pendant qu’en incluant les familles d'enfants avec un handicap non familial tels que SD la recherche aborde les influences de l'environnement de vie avec un enfant ayant un handicap significatif, certains chercheurs ont préféré inclure un second groupe de contrôle pour tenir compte des autres aspects familiaux des TSA. Par exemple, les troubles développementaux du langage ont souvent une forte composante génétique et sont inclus dans certaines études pour le contrôle des influences génétiques dans les TSA (par exemple, [56]). Les caractères sociaux, tels que l'intérêt diminué dans les interactions sociales réciproques et une focalisation sur les intérêts particuliers comme sujet de conversation, identifiés à l'aide d'entretiens cliniques ont été observés plus souvent chez les parents et frères et sœurs de personnes avec TSA par rapport aux parents, frères et sœurs dans les groupes témoins [8, 12, 16]. Les types de personnalité liés à la diminution de l'intérêt dans les interactions sociales («distant»), montrant une gamme restreinte d'expression affective («réservé»), et utilisant un comportement qui est interprété comme étant rebutant ("sans tact") sont aussi plus souvent plus fréquents chez les parents et la fratrie de TSA par rapport aux contrôles [13, 15, 18].

D’autres traits de personnalité («rigide») relatifs à la flexibilité diminuée et à la difficulté à s'adapter aux changements (par exemple, les routines modifiées) ont également été signalés chez les parents de TSA par rapport aux contrôles [15, 33]. L’auto-rapport [évaluation par la personne] corrobore généralement les résultats des évaluations cliniques et des entretiens [20, 21].

Les parents, frères et sœurs de TSA montrent aussi systématiquement des différences par rapport aux groupes témoins en techniques de communication sociale en utilisant l'entrevue clinique [10, 15, 23, 57]. L’auto-évaluation de la pragmatique de la langue, l'utilisation sociale du langage dans le contexte des échanges verbaux ou non verbaux, chez les parents soutient ces constatations [27].

Le tableau 1 donne un aperçu des principales conclusions tirées d'études menées à ce jour sur le BAP examinant aptitudes sociales, aptitudes à la communication, et traits de personnalité liés aux TSA chez les parents et la fratrie de TSA.
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Le tableau 2 présente des mesures conçues spécialement pour évaluer ces traits.
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#3 Message par Jean » lundi 3 octobre 2011 à 23:25

2.2. BAP dans l’enfance

La majorité des études de BAP ont porté sur les parents et frères et sœurs d'âge scolaire des enfants atteints de TSA. Cependant, des études prospectives suivant la fratrie infantile des enfants plus âgés atteints de TSA sont en cours pour déterminer la nature et le calendrier du BAP dans la petite enfance. Bien que la présentation précise du BAP dans la petite enfance et sa relation avec le développement ultérieur reste incertaine, plusieurs études ont documenté les différences sociales et de la communication chez les nourrissons / bambins frères et sœurs d'enfants atteints de TSA qui ne vont pas être diagnostiqués comme atteints de TSA (ci-après appelés fratrie non TSA) (par exemple, [58-60]). Une étude sur le BAP des fratries de bambins non TSA a signalé une communication sociale, des capacités cognitives, adaptatives et linguistiques diminuées à travers des mesures d'observation et de rapport des deux parents [58]. L'utilisation du pointage, des expressions faciales dirigées, et la qualité des ouvertures sociales a discriminé la fratrie non TSA des frères et sœurs du nourrisson de contrôle dans un autre échantillon de 18 mois d'âge [61]. Hutman et ses collègues [62] ont rapporté que, bien que la réponse au nom et montrant une réponse appropriée à la détresse était affaiblie dans la fratrie des enfants qui ont été diagnostiqués atteints de TSA, ces variables ne distinguent pas les fratries non TSA des enfants typiques. Cela suggère que la réponse au nom et la réponse à la détresse ne sont pas les premiers signes du BAP, mais peuvent être partie de la présentation précoce des TSA [62]. Gamliel et al. [52] ont rapporté que certains frères ou soeurs non atteints de TSA avec des retards cognitifs à 14 et 24 mois ont été plus retardés cognitivement dans les années préscolaires. Toutefois, des retards d'expression et de langage est restés dans une partie de ces fratries non TSA [52]. Les retards liés au langage se sont poursuivis dans les années d'âge scolaire et ont émergé comme des difficultés liées à la langue d'apprentissage et scolaires pour 40% des frères et sœurs atteints de TSA contre 16% des enfants du groupe contrôle, tel que rapporté dans une étude de suivi [63]. Par conséquent, il peut y avoir une variabilité dans la trajectoire de développement des frères et sœurs non-TSA, avec des retards de certains défis précoces résolus en fin d'enfance et d'autres continuant lors des années d'âge scolaire.

Christensen et ses collègues ont rapporté de moindres compétences fonctionnelles et une augmentation des jeux répétitifs non fonctionnels chez les fratries non-TSA par rapport aux contrôles [53]. Les intérêts répétitifs accrus et des comportements sensoriels atypiques ont aussi été observés chez les fratries non-TSA par rapport à des nourrissons typiques dans une étude distincte longitudinale [61]. Un certain nombre d'études sur la fratrie des nourrissons ont signalé une attention visuelle diminuée par rapport aux stimuli sociaux, une attention accrue aux stimuli non-sociaux, et la difficulté se désengager d'un stimulus à l'autre [59, 64, 65].

Toutefois, les résultats en termes de diagnostic n'ont pas encore été rapportés dans ces études, il est donc difficile de savoir si ces traits sont des marqueurs précoces de TSA lui-même ou une manifestation précoce de BAP. Globalement, les caractères liés au TSA peuvent être présents à un âge très précoce dans les familles des personnes atteintes de TSA ; cependant, le suivi de ces bébés et bambins est nécessaire bien que certains résultats sont contradictoires selon les études et que certaines de ces différences sont résolues plus tard dans la vie. Voir Rogers [66] et Zwaigenbaum et al. [54] pour des examens plus complets de ce nouveau domaine d'intérêt.
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#4 Message par Jean » dimanche 23 octobre 2011 à 22:41

3. Dépression et anxiété

Piven et ses collègues [67] ont d'abord fait état de taux accru de dépression et d'anxiété chez les frères et sœurs adultes des personnes atteintes de TSA en se fondant sur des évaluations directes. Des études complémentaires ont corroboré ces premiers rapports, avec dépression majeure, trouble obsessionnel-compulsif et phobie sociale comme étant les diagnostics les plus fréquemment observés chez les parents au premier degré [68-71]. Les diagnostics de dépression et d'anxiété semblent être plus répandus chez les parents féminines, surtout les mères, par rapport aux parents masculins [71]. Il est raisonnable de supposer que d'avoir un enfant atteint d'autisme a un impact significatif sur les niveaux d'humeur et anxiété. Cependant, des études ont montré que les épisodes de ces affections dans la famille avaient un début avant la naissance de leur(s) enfant (s) ayant un TSA et suggèrent que le stress d'élever un enfant atteint d'autisme n'a pas causé la psychopathologie [68, 70]. En outre, les symptômes de l'humeur et de l'anxiété sont largement indépendants de la présence de traits de BAP chez un individu [68, 70], bien qu'une étude plus récente a signalé une relation entre la symptomatologie de dépression et les traits de BAP par auto-rapport sur l'AQ [72].
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#5 Message par Jean » samedi 5 novembre 2011 à 23:50

4. Cognition

4.1.Intelligence / Capacités cognitives générales

L'intelligence et les capacités cognitives générales chez les individus TSA peuvent varier de manière significative en-dessous de la moyenne dans l'ordre de la déficience intellectuelle à au-dessus de la moyenne dans celui des intellectuellement doués. Compte tenu de ces niveaux d'intelligence variables, les chercheurs ont examiné le fonctionnement intellectuel chez les parents d'enfants atteints de TSA. Bien que les premiers comptes-rendus ont suggéré un fonctionnement intellectuel en-dessous de la moyenne et des troubles cognitifs dans la fratrie TSA [45, 46], de nombreuses études ultérieures n'ont pas réussi à appuyer ces résultats initiaux [11, 17, 48]. Une grande gamme de QI chez les parents, frères et sœurs de TSA a depuis été trouvée comme étant dans la la moyenne à la moyenne haute dans la plupart des études (par exemple, [11, 42, 48, 73-75]). Une autre découverte souvent signalée chez les personnes avec TSA est un style de variabilité importante dans les capacités cognitives, comme des capacités de meilleure représentation visuelle spatiale et de raisonnement non verbal par rapport à la connaissance du vocabulaire et à la compréhension du langage [76, 77]. Les études des parents, frères et sœurs de TSA ont fourni des preuves de façon similaire d'une variabilité accrue dans les capacités cognitives générales, telles que mesurées par des tests d'intelligence comparés à des groupes témoins suggérant une association possible de la variabilité cognitive du BAP [17, 56, 73, 78, 79].

4.2. La Cohérence centrale

Il y a plusieurs théories cognitives qui tentent d'expliquer la triade des déficiences en matière de TSA. Une de ces théories implique un processus cognitif appelé la cohérence centrale. La cohérence centrale est un modèle de style du traitement cognitif allant de la tendance à se focaliser sur de petits détails avec une faiblesse à voir plus en perspectives globales (biais de traitement local) à une propension à voir la gestalt [forme] tout en sacrifiant les détails (biais de traitement global). La cohérence centrale faible résulte de plus d'accent sur les parties plutôt que sur l'ensemble tandis que la forte cohérence centrale implique une bonne compréhension du tableau plus grand, mais moins d'attention aux détails. Le sous-test de conception de bloc inclus dans de nombreux tests d'intelligence a été considéré comme un document pour la cohérence centrale depuis que décomposer l'image à reproduire en ses parties est la stratégie la plus efficace pour réaliser la tâche. Les individus avec TSA ont été considérés par certains groupes comme ayant une faible cohérence centrale [80, 81] tandis que d'autres ont rapporté une cohérence centrale intacte chez les enfants atteints de TSA [82-84]. Ainsi, la validité de la théorie de la cohérence centrale dans les TSA demeure incertaine. Dans une exploration en deux parties de la cohérence centrale dans la famille, Briskman et ses collègues [20, 85] ont comparé la cohérence centrale chez les parents et la fratrie des individus en trois groupes : aucune anomalie du développement, dyslexie, et TSA. Les pères d'enfants atteints de TSA ont démontré une performance différentielle évocatrice d'une cohérence centrale faible sur toutes les mesures [85]. Il n'y avait pas de différences entre les mères d'enfants atteints de TSA et du groupe contrôle sur toutes les tâches, suggérant des différences liées au sexe dans la cohérence centrale chez les parents. Sur l'auto-rapport évaluant ls aspects du BAP sociaux et non sociaux (par exemple, des intérêts particuliers, les sensibilités sensorielles, et la préférence pour les routines), ces parents (surtout les pères) avec de plus grands scores nonsociaux ont tendance à avoir une plus faible cohérence centrale [85]. Un groupe de recherche séparé a également apporté des preuves de faible cohérence centrale par rapport aux groupes contrôles [49]. Toutefois, la cohérence centrale faible a été signalée comme absente dans la fratrie TSA, suggérant qu'il n'y a aucune différence apparente dans la cohérence centrale dans la fratrie TSA, masculine ou féminine [20]. Un certain nombre d'autres études ont rapporté une cohérence centrale intacte et n'ont pu trouvé de preuves de différences entre les parents de TSA et des groupes contrôles dans les tâches censées exploiter la cohérence centrale, comme la conception de bloc [28, 29, 78, 86]. Par conséquent, comme le débat sur la validité de la théorie de la cohérence centrale chez les individus avecTSA, la relation de la cohérence centrale faible pour le BAP reste à déterminer.
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#6 Message par Jean » mercredi 9 novembre 2011 à 23:56

4.3. Fonctions Exécutives

Une autre théorie cognitive du mécanisme sous-jacent de traitement dans les TSA implique un déficit primaire des fonctions exécutives (FE). Le FE englobe les capacités qui sous-tendent le comportement orienté vers un but, y compris la mémoire de travail, l'inhibition, la flexibilité cognitive, et la planification. Les personnes atteintes de TSA ont souvent des difficultés avec les tâches FE [87, 88]. Cependant, il y a un important débat sur la nature exacte des challenges FE dans les TSA et les différences observées peuvent être une mesure spécifique. Des différences dans les FE sont documentées chez les parents, frères et sœurs atteints de TSA ainsi que par rapport aux groupes contrôles. Comparativement aux parents d'enfants ayant des difficultés d'apprentissage ou d’enfants au développement normal, les parents atteints de TSA, notamment les pères, ont montré des challenges sur des tâches informatisées des quatre composantes des FE: la flexibilité attentionnelle, la planification, la mémoire de travail, et la mémoire dans l'espace à court terme [89]. La flexibilité attentionnelle a été particulièrement difficile avec la moitié des parents de TSA montrant une capacité réduite de changement des stratégies de résolution de problème lorsque cela est nécessaire par rapport à un faible pourcentage de parents du groupe contrôle. Dans une autre étude, les parents au sein des familles TSA avec multiple incidence ont démontré une moins bonne performance par rapport aux parents d'enfants trisomiques sur la tâche de la Tour de Hanoï, une mesure de la planification [78]. Les études de la fratrie des TSA ont montré la même tendance générale. Hughes et ses collègues [50] ont trouvé un pourcentage plus élevé de la fratrie des TSA qui ont démontré une difficulté accrue avec la flexibilité attentionnelle et des stades plus avancés de planification sur une tâche informatisée de FE par rapport à la fratrie des enfants avec des retards de développement sévère à modéré et des enfants neurotypiques. Dans une autre étude, il y avait une différence significative entre les performances de la fratrie des TSA sur la tâche de la « Tour de Hanoi » par rapport à la fratrie des enfants avec divers autres troubles d'apprentissage [90]. Les précurseurs de capacités des fonctions exécutives ont été récemment examinés dans l'enfance. La latence à se dégager d'un stimulus pour participer à un autre a été signalée dans un sous-ensemble de la fratrie infantile des enfants atteints de TSA par rapport aux nourrissons du groupe de contrôle [91]. Wong et ses collègues [92] suggèrent que la mauvaise planification peut refléter une FE mise en question dans la générativité chez les TSA, ce qui signifie une difficulté à générer plus d'une stratégie pour résoudre un problème (appelé aussi la fluidité). Dans leur étude comparant les parents et frères et sœurs des TSA à des parents d'enfants ayant une déficience intellectuelle légère, ils ont trouvé des différences dans plusieurs mesures de la générativité / fluidité verbale et non verbale entre les membres de la famille répertoriés et ceux du groupe contrôle [92]. Les difficultés de mémoire de travail qui sont souvent présents chez les individus avec TSA sont également présents à un degré moindre chez les parents des TSA. Une étude a signalé que les parents de TSA ont obtenu un score significativement plus faible sur une tâche de mémoire de travail verbale par rapport aux parents d'enfants au développement normal [74]. Les parents de TSA ont fait plus d'erreurs dans une tâche de réponse différée oculomotrice pour évaluer la mémoire de travail spatiale grâce au suivi des saccades (ou mouvements rapides des yeux) par rapport aux adultes du groupe contrôle [93]. Cependant, beaucoup de ces mêmes études de FE n'ont pas documenté les différences de chaque mesure dans leur série [11, 50, 74, 92, 94] et certaines n'ont pas constaté de différence sur toute mesure de FE [29].
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#7 Message par Jean » vendredi 11 novembre 2011 à 22:15

4.4. Cognition sociale

Une théorie supplémentaires visant à expliquer les difficultés sous-jacentes et de communication sociale observées dans les TSA implique un déficit primaire en cognition sociale: une construction spécifiquement appelée théorie de l'esprit (TE). La TE implique la capacité à comprendre les émotions des autres, les motivations et intentions. Il permet aux individus de prendre la perspective d'une autre personne et ‘avoir une intuition de son état mental. De faibles réussites de TE en utilisant des indices faciaux et d'autres caractéristiques afin de déterminer les états mentaux ont été constatées chez les parents des personnes atteintes de TSA. Par exemple, Baron-Cohen et Hammer[49] ont trouvé que les parents de TSA, notamment les pères, sont un peu moins en mesure de déterminer les pensées et les sentiments des gens fondés uniquement sur des photographies de leurs yeux (Epreuve Reading the Mind from the Eyes) par rapport à l'adulte du groupe contrôle. Une autre étude utilisant cette tâche a trouvée une tendance à des différences dans les parents TSA comparativement aux parents des enfants au développement normal [74], un modèle similaire de résultats a été noté dans la fratrie TSA par rapport au groupe de contrôle des enfants en utilisant la même mesure [95]. Des différences significatives dans une tâche de TE avancée ont été détectés dans la capacité des parents de TSA à raisonner sur les émotions afin de corriger les incohérences dans les expressions émotionnelles. Des études complémentaires ont rapporté des différences similaires en utilisant des tâches expérimentales de TE avancée [23] et d'auto-évaluation des capacités de traitement des émotions, notamment l'identification des émotions [96], chez les parents de TSA par rapport aux parents du groupe contrôle. Cependant, plusieurs études n’ont rapporté aucune difficulté dans les tâches de la TE dans la fratrie TSA par rapport aux frères et sœurs de personnes atteintes d'autres troubles du développement [11, 90, 97]. La relation entre les compétences sociales et de communication et des aptitudes de TE chez les parents de TSA a également été examinée. Les résultats de deux études récentes suggèrent que des dépréciations sur des aspects spécifiques de la cognition sociale peuvent être pertinentes seulment pour des sous-groupes de parents atteints de TSA avec les caractéristiques sociales du BAP: à savoir, ceux qui ont des styles de personnalité "distante" impliquant des dispositions sociales relatives à la préférence pour du temps seul et l'utilisation peu fréquentes du bavardage lors des échanges sociaux [25, 29]. Les parents de TSA sans ce style de personnalité n'ont pas démontré de difficultés dans les tâches de théorie de l’esprit.
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#8 Message par Jean » dimanche 13 novembre 2011 à 22:42

7. Modérateurs du BAP

7.1. Traits des enfants touchés


Des aspects variés du BAP semblent être présents dans la famille à travers les sous-types d'individus avec TSA. Les parents dont les enfants atteints de TSA connaissent une régression dans les compétences manifestent les caractéristiques du BAP au même niveau que ceux dont les enfants ne connaissent pas une régression (27,8% versus 32,9%; [75]). Le sexe de l'enfant ne semble pas non plus être lié au degré d'expression du BAP chez les parents [12, 55]. La capacité cognitive des enfants atteints de TSA n'est pas lieé au degré d'expression du BAP chez les parents [13, 17, 21, 48]. Toutefois, Szatmari et ses collègues [55] ont rapporté que les déficiences sociales et de communication ont été plus fréquentes dans la famille immédiate et élargie des enfants touchés avec un QI au-dessus de 60 par rapport à ceux qui avaient un QI inférieur. La sévérité des symptômes de TSA chez les enfants atteints semble être liée à des traits du BAP chez les membres de la famille. Pickles et ses collègues [19] ont trouvé que la sévérité des symptômes chez les enfants verbaux avec TSA était liée au degré d'expression du BAP chez les membres de la famille, mais n'était pas liée chez les enfants touchés non-verbaux. De même, les auto-évaluations et les rapports par informateurs des caractères liés à l'autisme dans la population typique indiquent que les familles dont les deux parents montrent des problèmes de réciprocité sociale sous le seuil sont plus susceptibles d'avoir des enfants avec des scores dans la gamme de déficience du comportement social suggérant un diagnostic de TSA [ 125]. De plus, tandis que la réactivité sociale (évaluée via le SRS) chez les parents, cas index, frères et sœurs ne permet pas de prédire l'état du diagnostic de la fratrie du nourrisson dans une seule étude, la réactivité sociale chez les pères a prédit la réactivité sociale du cas index et la réactivité du cas index a prédit [30] la réactivité de la fratrie. Par conséquent, il existe des preuves que la sévérité des traits liés à l'autisme est corrélée au sein de certaines familles, particulièrement chez les hommes.

7.2. Structure de la famille

Le nombre des enfants touchés dans une famille concerne aussi les caractères de BAP dans les membres de la famille. Un certain nombre d'études jusqu’à présent ont comparé les proches dans les familles avec un seul ou plusieurs TSA sur les mesures du BAP. Szatmari et ses collègues [55] ont analysé près de 2.000 proches de la famille restreinte et étendue et ont constaté que les déficiences sociales, mais pas les problèmes de communication ou la présence de comportements restreints, ont été plus fréquents chez les parents de proches de plusieurs TSA par rapport aux parents d’un seul [55]. Bolte et Poustka [126] ont trouvé que les parents et frères et sœurs d’un seul TSA ont démontré une performance supérieure dans la reconnaissance des émotions par rapport aux parents, frères et sœurs au sein des familles avec plusieurs TSA. Virkud et ses collègues [127] ont constaté que les scores moyens sur les échelles de réactivité sociale (SRS) dans la fratrie masculine de familles avec un seul TSA ont été sensiblement inférieurs aux scores moyens dans la fratrie de familles avec plusieurs TSA. Il y avait une tendance allant dans la même direction sur l’évaluation du SRS par le conjoint pour les pères, mais pas pour les mères, [127]. Une étude plus récente examinant les parents au sein des familles avec plusieurs ou un seul TSA et les parents des enfants au développement normal a reproduit les conclusions d’intensité accrue de BAP dans la fratrie [30]. Les frères et sœurs au sein de familles avec plusieurs TSA avaient des scores SRS significativement plus grands que les frères et sœurs au sein des familles avec un seul, et les deux groupes montrant une plus grande intensité du BAP que la fratrie typique. Aucune différence entre les pères ou les mères de plusieurs TSA et n’a été rapportée [30]. Dans l'échantillon le plus large phénotypé à ce jour, Losh et ses collègues [128] ont trouvé une tendance linéaire quasi uniforme à travers des mesures de traits de personnalité associés au BAP, les préférences d'amitié, et la pragmatique du langage entre les parents d’un seul TSA ou de plusieurs et les parents DS. Les parents avec plusieurs TSA avaient plus de traits du BAP que les parents d’un seul TSA et les parents d’un seul TSA avait plus de traits que les parents DS. En outre, il était plus fréquent chez les familles avec plusieurs TSA que chez celles avec un seul, que les deux parents montrent les caractéristiques du BAP [128]. Schwichtenberg et ses collègues [30] ont suivi de façon prospective la fratrie infantile des enfants atteints de TSA et ont découvert que les bébés au sein des familles avec plusieurs TSA étaient plus susceptibles (64%) de développer des TSA que celles avec un seul (9%) et les familles du groupe de contrôle (4%). Globalement, ces résultats appuient la théorie selon laquelle les familles ayant plusieurs enfants avec TSA comportent une charge plus élevée pour des caractères liés aux TSA étant donné que la présence de tels traits est plus fréquente dans ce type de famille que dans les familles contenant juste un enfant atteint de TSA. De plus, un certain nombre d'études génétiques ont révélé que les CNV de novo ou sporadiques (un type de mutation génétique) sont plus fréquentes dans les familles avec un seul TSA par rapport à la fois aux familles avec plusieurs TSA et aux familles sans antécédents de TSA [129-131]. Par conséquent, il est possible que les types de causes génétiques de TSA peuvent varier entre les familles avec une seule incidence et plusieurs. Si des enfants affectés issus de familles avec un seul TSA sont plus susceptibles que ceux des familles avec plusieurs de développer des TSA comme résultat d'un événement génétique « de novo » survenant seulement dans cette personne, alors les résultats d'une présence accrue des caractères liés aux TSA dans des familles avec plusieurs pourraient suggérer que les membres de ces familles sont plus vulnérables aux symptômes de TSA étant donné la variance génétique partagée. Toutefois, la validité de ce phénomène nécessite une attention de futures recherches, dès lors que peu d'études ont directement testé cette hypothèse et que les résultats ne sont pas universels [96, 132].
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Re: Le phénotype élargi de l’autisme et ses implications

#9 Message par Jean » lundi 9 avril 2012 à 23:46

Conference report : BioAutism 2012
Extraits du compte-rendu d’une conférence sur le blog Cracking The Enigma - Traduction Asperansa
Phénotype élargi de l’autisme dans les familles étendues

Le premier exemple provient d'une présentation par Natasha Brown, considérant le phénotype élargi de l'autisme - l'idée que les parents de personnes autistes ont tendance à avoir certains traits caractéristiques de l'autisme, même si ils ne répondent pas vraiment aux critères de l'autisme eux-mêmes.

L'approche classique consiste à simplement regarder un groupe de personnes qui ont un parent autiste et de les comparer à un groupe de personnes qui n'en ont pas. Cependant, comme Brown l’a souligné, il devient de plus en plus évident qu'il y a un large éventail de différents événements génétiques qui sont impliqués de causer l'autisme, aussi rassembler les parents de différentes personnes autistes ensemble risque de perdre ou diluer un grand nombre d'informations utiles à la fois au plan clinique et génétique.

L'approche que Brown et ses collègues ont pris est d'identifier les familles élargies qui incluent plusieurs personnes autistes, de regarder comment les différents traits autistiques se regroupent, puis de rechercher les anomalies génétiques qui permettent de prédire si une personne au sein de la famille sera autiste ou présente des traits autistiques importants .

Brown a présenté des données d'une famille qui comprenait neuf personnes atteintes d'autisme et 15 avec le phénotype élargi. En regardant l'arbre de la famille et en la comparant à des résultats de tests génétiques, ils ont pu établir un lien en principe entre la présence d’autisme ou de traits autistiques dans une petite région sur le chromosome 17.
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Re: Le phénotype élargi de l’autisme et ses implications

#10 Message par Jean » dimanche 28 avril 2013 à 20:13

Clinical research: Short test finds autism traits in families
Recherche clinique: Un test bref trouve des traits de l'autisme dans les familles
Jessica Wright - 26 Avril 2013 - SFARI

Une enquête de 36 questions détecte des caractéristiques de l'autisme chez 23 % des parents d'enfants atteints d'autisme et 9 % des parents du groupe contrôle, ont rapporté des chercheurs le 20 février dans Autism Research (1).

Les chercheurs ont conçu le questionnaire du phénotype élargi de l'autisme (BAPQ) en 2007 et l'ont testé sur 150 participants (2).

Le Phénotype élargi de l'autisme (BAP) se réfère à des traits de l'autisme qui atteignent un seuil, mais ne sont pas assez importants pour justifier un diagnostic d'autisme. Le BAP est plus fréquent dans les familles qui ont plusieurs enfants atteints d'autisme.

Les 36 questions du BAPQ mesurent trois caractéristiques: la distanciation sociale, une personnalité rigide et des problèmes de langage, trois des symptômes communs de l'autisme.

Les chercheurs ont analysé les réponses aux questions de 711 parents d'enfants atteints d'autisme et 981 parents d'enfants au développement normal. Un conjoint ou un ami proche a également rempli un questionnaire au sujet de chaque parent. Dans le groupe de l'autisme, 12 % des parents ont plus d'un enfant avec le désordre.

Les parents d'enfants atteints d'autisme ont des scores similaires globaux au BAPQ, mais les pères ont tendance à être plus à l'écart que les mères, selon le questionnaire. En général, ceux qui ont un score élevé dans un domaine ont tendance à le faire dans les autres aussi.

Par exemple, 18 % des mères et environ 11 % des pères ont plus d'une fonction BAP, comparativement à environ 3 % des mères et à 5 % des pères du groupe contrôle. Le questionnaire peut être utilisé pour classer le BAP pour les études génétiques, disent les chercheurs.

References:
1: Sasson N.J. et al. Autism Res. Epub ahead of print (2013) PubMed
2: Hurley R.S. et al. J. Autism Dev. Disord. 37, 1679-1690 (2007) PubMed

Voir aussi :
Do the Nature of Communication Impairments in Autism Spectrum Disorders Relate to the Broader Autism Phenotype in Parents?
Est-ce que la nature des troubles de la communication dans les troubles du spectre autistique est liée à un phénotype de l'autisme plus large chez les parents?
père d'une fille autiste "Asperger" de 36 ans

weirda
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Re: Le phénotype élargi de l’autisme et ses implications

#11 Message par weirda » mercredi 1 mai 2013 à 9:59

merci
Interessant et très parlant...
Asperger diagnostiquée à 30 ans... (pré-diag en 2013 - diag officiel en 2014)

Depuis, a réalisé une licence de psychologie, un master de neuropsychologie et neurosciences pour travailler sur l'autisme.
Actuellement en thèse à Grenoble.

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