[Guide / Défouloir : Conseil pour un environnement hostile]

Je suis autiste ou Asperger, j'aimerais partager mon expérience. Je ne suis ni autiste ni Asperger, mais j'aimerais comprendre comment ils fonctionnent en le leur demandant.
Message
Auteur
Avatar du membre
Benoit
Intarissable
Messages : 8889
Enregistré le : lundi 28 septembre 2009 à 13:55
Localisation : オルセー
Contact :

Re: [Guide / Défouloir : Conseil pour un environnement hosti

#31 Message par Benoit » lundi 9 mars 2015 à 20:11

Moins chouette que leurs pratiques ?
la Bête a écrit : Je dis juste que je crois qu'il y a aussi des chefs qui ne se comportent pas comme ça, qui sont bienveillants envers leurs employés, et dont les motivations à encadrer et aider les gens sont sincères. Y'en a pas assez, mais ça existe, non ?
C'est méritoire mais attention, on se fait très vite des idées fausses sur ce que les gens veulent.
En gros, la bienveillance je trouve que ce serait uniquement aux subordonnés de la définir (de toute façon on et toujours le subordonné de quelqu'un) dans le cadre économique actuel.

Par exemple il faut savoir accepter que quelqu'un qu'on aime bien et pour lequel on croit que c'est réciproque, soit en fait dans un tout autre état d'esprit et soit (par exemple) un autiste qui cache son mal être parce que sinon c'est la porte.
Identifié Aspie (広島, 08/10/31) Diagnostiqué (CRA MP 2009/12/18)

話したい誰かがいるってしあわせだ

Être Aspie, c'est soit une mauvaise herbe à éradiquer, soit une plante médicinale à qui il faut permettre de fleurir et essaimer.

Avatar du membre
la Bête
Assidu
Messages : 275
Enregistré le : dimanche 31 août 2014 à 0:25
Localisation : Montréal

Re: [Guide / Défouloir : Conseil pour un environnement hosti

#32 Message par la Bête » mardi 10 mars 2015 à 15:21

Aussi chouette que leurs pratiques, si ton objectif est de te mettre à leur niveau, félicitations… :|

Bon, sinon, pour mieux expliquer ma réaction…
C'est sûr que dans de trop nombreuses situations la hiérarchie n'est pas du tout à l'écoute des employés alors que ça serait dans leur intérêt au long terme.
Moi j'essaye de faire ça au boulot, et c'est pas tout le temps facile.

Il y a des gens qui reçoivent souvent injustement une étiquette négative dans le milieu du travail, et rectifier cette injustice est d'autant plus difficile que de l'autre côté, il y a des gens qui sont de réels tire-au-flanc profiteurs qui se font mettre une étiquette de saint ou de martyr.

J'ai à l'esprit des gens avec qui j'ai pu travailler qui sont vraisemblablement des manipulateurs et qui n'ont de cesse de s'exclamer et d'essayer de répandre l'idée que moi et mes collègues chefs d'équipes les opprimons... parce qu'on leur demande gentiment de respecter leur temps de pause (des débordements systématiques de plus de 30 minutes) ou de se concentrer sur leurs tâches (au lieu de raconter des blagues oiseuses à la nouvelle jolie blonde du bureau pendant la moitié de la journée, ou de partager des vidéos youtube sur le réseau de l'entreprise).

On est les premiers à écouter et à défendre les collègues souffrant d'hyperacousie, d'anxiété sociale, qui ont besoin d'horaires ou de régimes alimentaires ajustés, etc. On est beaucoup dans le milieu. On discute, on identifie ce qui pose problème, on les défend auprès du big-boss, on fait en sorte qu'ils puissent travailler dans les conditions où ils sont à leur meilleur, et ils font du super boulot. Ces mecs manipulateurs dont je parlais, on a déjà essayé de discuter et de résoudre le problème avec eux, ils ne veulent pas de ce dialogue. Ils crient systématiquement à l'oppresseur précisément parce qu'ils savent qu'on est très soucieux de ça, et ils pensent qu'en disant ça on va culpabiliser et peut-être ne plus rien oser leur dire, et ils pourront faire ce qui leur chante plutôt que de fournir le travail pour lequel on les paie.

Or notre but c'est de manager de façon adaptée des gens qui sont de bonne volonté, mais quand même pas de bichonner des tire-au-flanc agressifs et de mauvaise volonté. On est dévoués mais pas cons. Si on regarde les horaires qu'on fait, on n'est pas mieux payés à l'heure que ceux qu'on encadre, ont fait même pas mal de volontariat. J'ai jamais été chef de quoi que ce soit dans ma vie car j'ai jamais aimé imposer quoi que ce soit aux autres, mais là je me dis que je peux faire quelque chose de bien dans ce sens que ça me permet d'avoir un rôle dans la mise en valeur les talents de chacun, de contribuer à un travail d'équipe harmonieux, de permettre à tout le monde d'apporter et de s'améliorer. Malgré le titre de chef, notre mission ressemble le plus souvent à assister les employés, en fait. Bref, j'y gagne déjà pas grand chose personnellement, mais mon abnégation n'autorise pas qu'on me fasse ce genre de coup et qu'on se serve de moi.

Si par un concours de circonstances quelques manipulateurs arrivent à se mettre à plusieurs contre des gens comme nous, s'ils racontent leurs affabulations aux nouveaux employés qui ne savent encore rien de la boîte, ou au big boss qui n'est pas toujours au courant des détails de ce qui se passe en dehors de son bureau... ils peuvent vraiment monter toute une histoire et mettre tout ce qu'on fait en danger.

Donc je sais bien que la réalité du marché est pleine de petits chefs imbus, de boss abusifs, de gens qui te disent ce qui est bien pour toi, ou qui s'en moquent… il existe aussi des subordonnés malhonnêtes qui ne sont pas tous des Aspies oppressés ni des cœurs purs à l'opinion neutre…
C'est vraiment très difficile d'essayer de faire quelque chose d'un peu plus juste dans ce monde, et c'est d'autant plus décourageant de tomber sur des gens qui abusent, ou sur des gens qui se sont laissés convaincre que tous les chefs sont forcément des méchants. :(
Donc je voulais juste dire ils sont pas tous comme ça, faut y croire...

Avatar du membre
Benoit
Intarissable
Messages : 8889
Enregistré le : lundi 28 septembre 2009 à 13:55
Localisation : オルセー
Contact :

Re: [Guide / Défouloir : Conseil pour un environnement hosti

#33 Message par Benoit » mardi 10 mars 2015 à 15:52

Je ne me suis laissé convaincre de rien du tout, je travaille depuis une vingtaine d'année, dans différentes structures en France ainsi qu'à l'étranger, et je parle exclusivement de (ou je ne me défoule de) choses qui me sont personnellement arrivées ou m'arrivent encore.

Les personnes bienveillantes sont minoritaires dans la population, il ne faut pas se le cacher, et pire encore il est préjudiciable de faire preuve de bienveillance en environnement professionnel.
Même quand on est soit même bienveillant, je pense que la probabilité d'avoir un supérieur lui même bienveillant est infime.

Or ça n'a pas forcément à être un problème si l'on est suffisamment pragmatique.
En France (mais pas seulement), il y a un énorme manque de pragmatisme sur ce que j'appellerai l'intérêt économique de faire travailler une personne autiste (asperger) dans de bonnes conditions, sous réserve évidemment d'un intérêt partagé entre elle et les besoins de la structure.

Mettre quelqu'un capable de s'investir de façon approfondie (certains diraient déraisonnable) dans son travail dans des bonnes conditions pour s'exprimer, cela n'a pas besoin d'être de la bienveillance. Simplement du bon sens, de la logique économique.

Mais la plupart du temps, ça ne suffit pas. Les mécanismes de "vie de groupe" font que la personne qui peut faire marcher (parfois à elle seule) toute une équipe va se voir reprocher de ne pas s'investir dans les situations sociales, de ne pas faire attention à autrui, de ne pas (faire semblant de ) s'intéresser à l'actualité.
D'autres sociétés et environnements bien plus pragmatiques ont bien compris qu'à un moment il faut accepter des compromis. Le fait qu'une personne qui vit avec l'autisme et rapporte à l'entreprise ne ressente pas (par exemple) le besoin de faire des réunions de teambuilding ou tout ce genre de trucs à la mode (souvent issus de la télé par dessus le marché) ne doit pas être perçu comme un traitement de faveur mais simplement une contrepartie au reste.

Sans même évoquer le fait que la personne en question aura dû pour se faire recruter montrer ses capacités à cacher son incompétence sociale avec un "recruteur" qu'en général elle ne rencontrera plus jamais dans sa vie professionnelle, ce qui montre bien à quel point ce système lui est inapproprié.

Ce n'est pas pour rien que des grosses boîtes étrangères œuvrant (par exemple) dans le domaine de la gestion informatique cherchent à recruter des aspies en nombre alors qu'elles sont loin d'être connues pour leur "tendresse" vis à vis de leur salariés.

Mais en France on préfère considérer la "vie d'équipe" comme une compétence obligatoire pour tout professionnel, alors que comme tu l'expliques si bien c'est un marigot ou sévissent des prédateurs (qui ont l’œil pour identifier et profiter des autistes, mais c'est un autre sujet).

Tout ça pour dire que oui, travailler avec le SA c'est le parcours du combattant au quotidien, encore aujourd'hui en 2015.
Identifié Aspie (広島, 08/10/31) Diagnostiqué (CRA MP 2009/12/18)

話したい誰かがいるってしあわせだ

Être Aspie, c'est soit une mauvaise herbe à éradiquer, soit une plante médicinale à qui il faut permettre de fleurir et essaimer.

Avatar du membre
la Bête
Assidu
Messages : 275
Enregistré le : dimanche 31 août 2014 à 0:25
Localisation : Montréal

Re: [Guide / Défouloir : Conseil pour un environnement hosti

#34 Message par la Bête » mardi 10 mars 2015 à 20:02

Benoit a écrit :Je ne me suis laissé convaincre de rien du tout, je travaille depuis une vingtaine d'année, dans différentes structures en France ainsi qu'à l'étranger, et je parle exclusivement de (ou je ne me défoule de) choses qui me sont personnellement arrivées ou m'arrivent encore.
Oui, mais à la base de mon côté je répondais à certains posts où il est dit de façon générique "les petits chefs", "les chefs", font ceci, sont comme cela, comme si c'était une espèce à part entière...
Les personnes bienveillantes sont minoritaires dans la population, il ne faut pas se le cacher, et pire encore il est préjudiciable de faire preuve de bienveillance en environnement professionnel.
Ah bon ?
Ce qu'il ne faut pas, c'est se laisser prendre pour un con, il ne faut pas laisser en bénéficier ceux qui en abusent…
Mais j'y crois, on peut s'en sortir en étant quelqu'un de bien. Il y a des façons de s'affirmer et de se défendre, c'est moins facile que d'être simplement malhonnête et vicieux, mais on peut y arriver.
Mettre quelqu'un capable de s'investir de façon approfondie (certains diraient déraisonnable) dans son travail dans des bonnes conditions pour s'exprimer, cela n'a pas besoin d'être de la bienveillance. Simplement du bon sens, de la logique économique.
Je crois que les personnes "bienveillantes" ont le pressentiment instinctif de quelque chose que les sciences commencent seulement à démontrer et à découvrir d'un air de tomber des nues.
"Comment donc, vous voulez dire que quand les gens sont sympas entre eux plutôt que de lutter les uns contre les autres, on arrive collectivement à de meilleurs résultats et en plus c'est plus agréable pour tout le monde ? Mais c'est incroyable, on n'avait pas vu ça venir…"

Un peu comme les amoureux de la nature et des animaux militent depuis longtemps avec leurs émotions, et ce n'est que tardivement que la science vient à leur secours pour dire "ha mais oui mais les mecs, on a refait nos calculs, et en fait, si on pourrit tout l'écosystème on va mourir nous aussi, dites-donc. C'est peut-être pas complètement débile d'avoir un peu plus de considération pour ce qui nous entoure, finalement."

Le problème c'est que la compétitivité et l'élimination de la concurrence est un avantage sélectif à court-terme, tandis que l'entraide et la bienveillance mutuelle est un avantage sélectif sur le long-terme.

La survie des "prédateurs" dépend paradoxalement de ceux qu'ils éliminent, ils évoluent donc facilement parmi des individus inoffensifs, moins facilement parmi d'autres prédateurs, et le jour hypothétique où il n'y aura plus de victimes inoffensives, à terme, il n'est pas avantageux pour l'espèce que sa population soit intégralement auto-destructive.
Quand il n'y aura plus d'agneaux, les loups s'entredévoreront jusqu'au dernier.

Mais ça me révolte toujours qu'il faille de la science et des démonstrations par A+B pour comprendre ça, c'est triste, pourquoi ça ne vient pas à tout le monde comme moi, ça me vient des tripes, cette intuition que non, ce genre de comportement ne mène à rien et ne rend personne heureux à terme, pas même celui qui "gagne" en fait.
C'est ça qu'on devrait enseigner à tous les enfants.

Répondre