Jean a écrit :Le diurétique bumétanide diminue le comportement autistique pour 5 enfants traités pendant 3 mois sans effets secondaires.
Lemonnier E, Y Ben - Ari.
Centre de Ressources Autisme de Bretagne , CHRU de Brest, hôpital Bohars , route de Ploudalmézeau, Bohars .
Extrait d'une interview intéressante parue dans "Le nOuvble Economiste" du 1er décembre :
Yehezkel Ben-Ari, neurobiologiste
Il faut investir dans la recherche sans la téléguider
Eloge de la complexité en général par un expert de celle du cerveau en particulier
- Né en 1943 au Caire, ce lauréat du grand prix 2009 de l’Inserm a étudié en Israël avant de s’établir en France où il a fondé l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée (Inmed) à Marseille. Il est reconnu pour ses découvertes sur les particularités du cerveau du nouveau-né et les déductions qui ont suivi : les interférences entre gènes et environnement - les médicaments consommés pendant la grossesse autant que les pesticides répandus dans la nature – ont une influence sur la maturation cérébrale. De là, il dénonce autant les prétentions de la thérapie génique à faire office de panacée que l’attitude timorée du pouvoir politique réticent à donner du temps aux chemins longs et sinueux de la découverte.
Né en Egypte, étudiant en Israël, chercheur en France, fondateur, à Marseille, de l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée (Inmed), il parle quatre langues et a tôt appris à ne pas regarder le monde sous un seul angle. Il en reste, solidement chevillé dans le discours de ce spécialiste de l’épilepsie et du développement cérébral, un rejet instinctif de ce qu’il nomme “le réductionnisme”, cette tendance à faire trop simple lorsqu’il faudrait avoir la modestie d’admettre la complexité.
« Il faut accepter de ne pas pouvoir tout expliquer tout de suite sans se précipiter sur les solutions miracles”, explique celui qui a mis en évidence, contre toute attente, la nature physico-chimique particulière du cerveau du nouveau-né, qui en fait un organe aux réactions différentes de celles du cerveau adulte. De là, il peut décocher quelques flèches. La première vise les effets moutonniers capables d’aimanter les talents et les financements vers la discipline à la mode, en l’occurrence la génétique, dont il parle comme d’une nouvelle religion, lui qui, élevé dans les trois grands cultes monothéistes, les a finalement rejetés en bloc : “Je suis athée”, dit-il. Le second trait s’adresse aux responsables du long terme, les dirigeants politiques, à leurs logiques comptables et à leur évaluation tatillonne d’un retour sur investissement programmé, inadaptées aux voies inattendues de la recherche. La découverte de l’interférence de l’ARN, l’inhibition d’un gène par un autre, couronnée par un prix Nobel, est partie d’un travail sur le bleu des pétunias, rappelle-t-il.
« Le cerveau est, par excellence, le lieu de la complexité. Il suffit de penser aux dix puissance quinze connexions concentrées dans une boîte crânienne. Chaque être humain transporte avec lui l’équivalent de 300 000 téléphones portables. Mes travaux abordent les relations entre le programme génétique, disons les informations pour construire le cerveau, et l’environnement, événements ou molécules, des médicaments aux pesticides, qui peuvent interférer dans le développement cérébral. On sait par exemple que l’homme ouvre les yeux in utero et que cela génère une activité électrique. Celle-ci ne fait pas sens, puisqu’elle a lieu dans l’obscurité. Pourtant, elle est cruciale pour construire le cerveau. Si l’on empêche les yeux de fonctionner à ce stade-là, le développement cérébral est mis en danger. Le champ d’application clinique de cette observation des événements qui peuvent affecter la croissance neuronale est immense. On a aussi montré que, pendant l’accouchement, intervient un mécanisme régulé par une hormone, crucial pour un bon déroulement de la suite du développement cérébral.
Plus précisément, mon travail est orienté sur les épilepsies infantiles et sur l’autisme, à partir d’un élément décrit il y a une vingtaine d’années au départ sans lien apparent avec ce sujet : le fait que les neurones jeunes utilisent un langage très différent du langage adulte. Vouloir soigner les bébés et les adultes avec une même molécule en faisant une règle de trois par le poids pour obtenir le dosage adéquat est absurde. Une femme enceinte prend du Valium pour calmer son anxiété, mais cette molécule aura l’exact effet inverse sur l’embryon
Idées reçues
« Cette observation du développement du cerveau et de l’importance des interactions entre gènes et environnement, m’a amené à critiquer fortement l’idée très répandue selon laquelle la thérapie génique serait capable à elle seule de venir à bout des maladies neurologiques. La mutation d’un gène entraîne toute une série de conséquences qui créent une configuration sans rapport avec celle du départ. Le cerveau s’adapte, pour le meilleur ou pour le pire, tente de se corriger. Et ce n’est pas en “réparant” le gène fautif que l’on retourne à la situation antérieure. Il ne faut donc pas céder à la tentation du réductionnisme qui est clairement la tendance actuelle. Il y a trente ans, c’était les mères que l’on disait responsables de l’autisme de leur enfant. Aujourd’hui, tout s’expliquerait par un gène. Les deux thèses sont trop simplificatrices. De même, il y a vingt ans on mettait en avant telle ou telle protéine pour expliquer les maladies neurologiques, aujourd’hui ce sont les gènes. En réalité, personne n’est totalement programmé par ses gènes, comme un sou neuf à un moment et dix ans plus tard autiste ou parkinsonnien. Le cerveau réagit à l’environnement et la maladie survient, ou pas, d’où la complexité du problème et son caractère encore très largement intact. Seules quelques rares maladies génétiques suivent un processus invasif à 100 %. Face à cette complexité, l’achèvement de la carte du génome humain a fait croire au miracle. Il faut pourtant admettre que l’on ne sait pas tout expliquer et qu’il faudra du temps pour y arriver, sans s’en remettre pour autant au Bon Dieu ; personnellement je suis athée après avoir été autre chose ; ou à une discipline unique présentée comme la panacée. Au passage, sciences et spiritualité ne sont pas incompatibles, l’erreur, c’est de vouloir expliquer l’un par l’autre. L’homme moderne, trop pressé, est constamment soumis à cette tentation de tout simplifier pour gagner du temps. » (...)
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