Suriciole a écrit :D'abord, parce qu'une personne ne dit pas forcément la vérité. Si les autistes sont réputés pour être des gens sincères, les non-autistes eux savent mentir et cela fait partie de leur environnement, ils restent donc à l'affut d'une tromperie. Il y a bien sûr des nuances, des gens plus naïfs que d'autres, mais globalement ils se méfient et préfèrent se faire leur propre avis sur les choses (ce qui à la base, n'est pas un mauvais principe).
Mais SI une personne neurotypique détecte aisément le mensonge, elle n'aura pas besoin de le suspecter, puisque, par hypothèse, elle l'a tout de suite détecté, spontanément, sans grand effort.
Et puis c'est cognitivement fatigant que de toujours envisager une dissonance entre ce que l'autre dit et ce que l'autre pense. Je pense alors qu'il vaut mieux ne pas tomber dans une méfiance des vingt-quatre heures. D'ailleurs, la plupart des personnes font a priori confiance aux personnes qu'elles croisent (même un certain type d'éducation nous dit de ne pas faire confiance aux personnes inconnues). On voit qu'il y a plusieurs degrés de confiance.
Quant au jugement, je pense que les personnes, surtout les neurotypiques, ont le besoin de tout interpréter, du geste à la mimique du visage. Elles s'y sont habituées. De plus, il est plus facile (pour les personnes neurotypiques) de mentir verbalement que non verbalement. Pour détecter des mensonges, on conseille surtout d'observer le non verbal (cela dit : attention aux recettes miracles). Alors, raison de plus pour observer puis interpréter le non verbal. Et si le langage verbal et le langage non verbal ne convergent pas (ne donnent pas le même message), elles vont plus se fier au langage non verbal (surtout si leur interlocuteur ne sait pas mentir avec le langage non verbal, ce qui est aussi plus difficile, tout neurotypique qu'il soit).
Remarquons, pour l'anecdote, que le mensonge n'est pas toujours puni. Loin de là, il est régulièrement utilisé. C'est peut-être aussi une figure de style proche de la comédie. Il convient de la lever régulièrement sinon on risque de se prendre au jeu, ne plus distinguer la comédie de la réalité. Le contexte aide (est censé aider) à indiquer qu'il s'agit d'une comédie. Si on ne lève pas la comédie (la suite de mensonges), ce n'est plus de la comédie. On a réellement donné de mauvaises réponses à l'autre personnes. C'est que les neurotypiques, il me semble, ont plein de cases (champs) vides à remplir. Et ils les remplissent rapidement (pas forcément consciemment), quitte à ce que les données (dans les champs/cases) ne correspondent pas exactement à la réalité.
Suriciole a écrit :Ensuite, une personne peut se tromper sur elle-même, soit quand elle ne veut pas voir quelque chose, soit quand elle ne voit tout simplement pas cette chose. Par exemple, une personne peut être particulièrement égoïste et destructrice et se plaindre abondamment qu'on est agressif avec elle alors qu'elle fait du mieux qu'elle peut (selon elle). Dans cette situation, pourrait-on se contenter de se dire "elle pense que c'est une bonne personne, donc c'est forcément vrai et toutes les saletés qu'elle fait autour d'elles sont excusables et de notre faute" ? Sans doute pas, on déciderait qu'elle se trompe, qu'elle se voile la face.
Ou, comme tu dis, elle ne s'en rend pas compte. Elle n'a pas reçu d'avis extérieur contraire, ou les néglige (
biais de confirmation. Une possibilité est de se laisser filmer pour s'observer ensuite. Mais, même en se regardant, on ne s'en rend pas toujours compte. Un exemple bien connu est
le cas des personnes anorexiques.
Bref, nous sommes d'accord, il me semble, qu'il vaut mieux régulièrement se confronter à des avis contraires, à des idéologies contraires, pour éviter que nous prenions les nôtres pour absolues (et tout le reste est faux).
Suriciole a écrit :La parade, à mon avis, ne consiste pas à essayer de démontrer un cas particulier ("je souris mais je suis gênée") mais à essayer d'expliquer le fonctionnement en général. Évidemment, ce n'est pas chose facile, justement parce que de l'extérieur, rien ou presque rien ne différencie un aspi d'un non-autiste. Si tous les aspis avaient les cheveux bleus, les autres ne se demanderaient pas s'ils sont différents ou non, ils auraient la preuve irréfutable que c'est le cas.
Tout-à-fait. Expliquer me semble être la meilleure variante, encore faut-il en avoir l'énergie, le courage, la volonté, et que l'autre soit à l'écoute, ouvert(e) à accepter d'autres normes (car il y en a plusieurs). Quand on visite d'autres régions de la planète, nous nous adaptons aux autres normes culturelles (à moins que nous soyons des personnages hautains).
Pour ma part, si j'arrive en retard, j'essaie de garder un regard neutre. Je me confonds en quelques excuses verbales brèves. Quant à savoir si je dois justifier mon retard, je m'adapte : certaines personnes veulent que je le justifie, d'autres n'en tiennent pas rigueur. Mais en tous les cas, je ne fais pas le fier, et je ne fais pas non plus le surapitoiement, la personne qui s'autoflagelle ("Punissez-moi !", "Je suis le plus irrespectueux des irrespectueux !"). J'évite les exagérations (les hyperboles). J'use plus d'euphémismes. Je relativise, par automatisme "réaliste", le négatif comme le positif. Je ne parle ni de héros ni de boucs émissaires. D'un côté, les chasses aux sorcières ; de l'autre la mise sur piédestal. Je suis plutôt neutraliste, et je neutralise les provocations en faisant exprès de ne pas y réagir, de ne pas ajouter d'huile sur le feu.
Bon, c'est plus facile pour moi - il me semble - je m'y suis pas mal adapté, à ces personnes neurotypiques. Elles se posent moins de questions sur moi, j'ai donc moins besoin de leur donner des explications, et peux alors consacrer mon temps à ce que je veux. Bon, il y a des sujets que certaines personnes aiment rabâcher (t'as pas d'copine ? tu rêves de femmes et de sexe ?). Bande d'obsédé(e)s !