Jean a écrit :Quarante bénévoles autour d'un petit autiste
À Brest, durant un an et demi, ils vont se mobiliser pour aider Sid à sortir de sa bulle.
BREST. - La méthode des 3 « i " - pour « individuelle, intensive et interactive" - suscite de grands espoirs chez de nombreux parents: Elle se fonde sur une stimulation soutenue de l'enfant autiste, axée sur le jeu. Quarante heures par semaine, y compris les week-ends et vacances, à raison d'une heure et demie par semaine, par bénévole. Une quarantaine de bénévoles sont nécessaires.
A Brest, Sid Ahmed, 6 ans, a commencé lundi 13 octobre, Les bénévoles ont été recrutés par annonces dans les journaux ou sur des affiches en ville, Des mères de famille et de nombreuses retraitées, souvent anciennes enseignantes ou soignantes.
Sans formation particulière
Beaucoup d'étudiants sont aussi volontaires. Ils sont en école d'infirmiers, d'éducateurs, en tac de médecine. Ou en lettres comme Aude, 21 ans, en troisième année d'histoire, qui veut « se rendre utile, aider les autres ».
Même si des bilans collectifs auront lieu chaque mois, l'unique formation est prodiguée lors d'une réunion d'information par Éric de Labarthe, responsable régional de « Autisme-Espoir vers l'école". Ce grand-père a aussi testé la méthode sur son petit-fils.
Les «3 i » sont inspirés de méthodes américaines adaptées en France par cette association créée il y a trois ans. Au cœur du dispositif : une salle de jeu. Les jouets sont en hauteur, pour obliger l'enfant à les « demander ", Une balançoire; un trampoline, un miroir, une table et deux chaises.
Objectif: rechercher l'interaction avec l'enfant, pour qu'il parvienne à communiquer par le regard, le geste et la parole ». Si l'enfant veut se reposer, pas de problème. « C'est lui qui décide. »
A Brest, le docteur Éric Lemonnier, spécialiste reconnu au Centre régional de l'autisme, affirme: « Je suis authentiquement intéressé. » Même s'il est encore trop tôt pour faire un bilan, les « progrès sont très importants» chez les enfants.
Daniel Meunier, membre d'une association de parents d'enfants autistes, émet des réserves: « J'ai du mal à croire que des personnes non formées peuvent faire mieux que des orthophonistes ou des psychomotriciens. »
En France, plus de 80 familles expérimentent la méthode. L'objectif ? Permettre l'intégration dans une école, «creuset indispensable au développement », selon Éric de Labarthe, Et, à terme, une vie « aussi normale que possible ».
Laurence GUILMO.
Ouest-France 28 octobre 2008 (p. 5)
La suite un an après :
Ouest-France le 17 octobre 2009
Sid Ahmed, autiste, s'est « éveillé » aux autres
Sid Ahmed dans sa salle de jeu. Depuis un an, huit heures par jour, des bénévoles se relayent pour le stimuler, capter son regard, et l'inciter à dire les choses. Ses parents sont impressionnés par ses progrès comme Lémine, son père (notre photo).
Depuis un an, une quarantaine de bénévoles se sont mobilisés pour aider le garçon à sortir de sa bulle. Ses parents ont repris espoir. Ils recherchent des bénévoles pour une 2e année.
Rencontre
En un an, d'énormes progrès
« Tu veux lequel ? », demande Lybi Saleck à Sid Ahmed, 7 ans, en lui montrant des jeux de société sur une haute étagère. « À, B, C », répond son fils, autiste. « Chante Au clair de la lune », sollicite Lémine, le père. Sid Ahmed s'exécute. Face aux exploits de leur fils, Lybi et Lémine sont aux anges. « En un an, il a énormément progressé. On a retrouvé espoir. »
« Il nous prenait pour des meubles »
Il y a un an, leur garçon parlait peu. Il vivait dans son monde. Coupé de ses proches. « Il faisait des crises, et pouvait alors se cogner la tête contre les murs ! » Aujourd'hui, Sid n'en fait quasiment plus. « C'est grâce à l'acquisition du langage. Il peut dire ce qu'il ressent. » Sid Ahmed est leur fils unique. « Nous sommes de Mauritanie. On est venu en France spécialement pour ses soins. »
La méthode des 3 « i »
« Tous ces progrès, c'est d'abord grâce à la méthode des 3 « i » et aux bénévoles. » Cette méthode « individuelle, intensive et interactive » se fonde sur une stimulation intensive de l'enfant, par l'intermédiaire du jeu. Soit quarante heures par semaine, effectuées par des bénévoles qui se relayent. Elle est développée par l'association « Autisme-espoir vers l'école ». « L'enfant se repose quand il en a envie. »
La salle de jeu
Au premier étage de la maison, une pièce toute simple est dédiée au jeu. Ou à « l'éveil » comme dit Lémine. Elle comprend un tableau, un miroir, une balançoire, un bureau... et des étagères où des jouets sont placés pour obliger l'enfant à demander. « Il n'y a pas d'activités structurées. On s'adapte. L'objectif est de stimuler l'enfant. De capter son regard. Et d'échanger avec lui », explique Nelly, bénévole, jointe par téléphone. Cette psychologue scolaire retraitée intervient une heure et demie chaque mercredi matin. « Sid Ahmed a fait de gros progrès. » Motivée, Nelly se « réengage pour une deuxième année ».
Il commence son CP
Une Auxiliaire de vie scolaire (AVS) lui a enfin été trouvée. Lundi, Sid Ahmed intégrera la classe de CP comme le préconise son pédopsychiatre. À raison de quatre demi-journées par semaine. L'an passé, il était en grande section de maternelle, trois demi-journées par semaine. Il est aussi suivi par une orthophoniste et une psychomotricienne.
Manquent 15 bénévoles
Ils sont actuellement 16 bénévoles contre une quarantaine au début. Des étudiants ont dû quitter le groupe. D'autres aussi l'ont fait pour des raisons individuelles. Il en manque donc une quinzaine pour relancer le dispositif un an de plus. Une réunion d'informations aura lieu après les vacances de la Toussaint. La date sera précisée dans nos colonnes.
Laurence GUILMO. - Ouest-France
PS : pédopsychiatre, psychomotricienne, orthophoniste, CP et AVS, psychologue retraitée ... Il y a du monde autour, sans compter les parents et des bénévoles motivés;