Ouest-France / Bretagne / Paimpol - 15 janvier 2012
Handicap. À Paimpol, l’autisme au quotidien dans la famille de Brieuc, 12 ans
À Paimpol, Brieuc et sa maman, en plein travail, hier matin, dans la salle que les parents ont aménagée spécialement pour lui dans la maison afin de prendre en charge, avec des bénévoles, l’apprentissage de l’enfant dans son milieu familial.
L’autisme est déclaré « grande cause nationale » de 2012. Ce handicap est devenu, par la force des choses, le combat de chaque jour de Bérengère et Loïc Guenanen, à Paimpol. Leurs deux enfants en sont atteints avec des formes différentes de handicap.
La plus jeune a 9 ans et est scolarisée en milieu ordinaire. L’aîné, un garçon de 12 ans, est pris en charge par sa maman et par une équipe de bénévoles.
« Il y a un peu plus d’un an, expliquent les parents, nous avons abandonné la méthode des 3I. Les comportements problématiques de notre fils réapparaissaient. On est passés à la méthode ABA-VB, une méthode comportementaliste, qui, comme les 3I, part du jeu, mais qui structure beaucoup mieux les apprentissages qui en découlent. »
« En prenant notre fils en charge nous-même, en refusant qu’il soit placé en institution, nous lui avons permis de progresser dans ses apprentissages sans plus prendre de médicaments contre sa violence. Il n’est plus sous neuroleptiques. »
Un témoignage à lire dans Ouest-France de lundi.
Entretien
Avec Bérengère et Loïc Guenanen, parents de Brieuc, 12 ans, autiste « typique » et d'Héloïse, 9 ans, autiste « haut niveau ».
Comment va Héloïse ?
Bérengère. Elle est en CM1, scolarisée en milieu ordinaire. Ça va bien. Elle a une intelligence vive, et un petit retard de langage. Ce qui est difficile, avec les autistes « haut niveau », qui paraissent normaux, c'est de faire prendre conscience à l'entourage qu'un comportement différent est dû au handicap, et qu'il n'est pas un caprice.
Et Brieuc, comment va-t-il ?
Loïc. Mieux. Cela fait trois ans et demi maintenant qu'il est aidé par des bénévoles que nous avons formés. Il y a un peu plus d'un an, nous avons abandonné la méthode des 3I. Les comportements problématiques de Brieuc réapparaissaient. On est passés à la méthode ABA-VB, une méthode comportementaliste, qui, comme les 3I, part du jeu, mais qui structure beaucoup mieux les apprentissages qui en découlent.
Comment êtes-vous arrivés à cette nouvelle méthode ?
Bérengère. Par un stage que nous avons tous les deux été suivre en Suisse. Cela faisait des années que je voulais le faire mais je me le refusais parce que c'était trop cher. Là, on a pu y aller, parce qu'on a été sponsorisés par nos parents !
C'est toujours avec des bénévoles ?
Loïc. Oui. Et ça a été une grande victoire : tous les bénévoles, formés à la première méthode, ont voulu se reconvertir à la méthode ABA. Brieuc arrive maintenant à 35 ou 40 minutes de travail sur table d'affilée.
Bérengère. Je vais aussi voir avec Brieuc, trois ou quatre fois dans l'année, une psychologue américaine. Mais il faut toujours se déplacer : c'est en Loire-Atlantique. Et nous avons aussi une psychologue française, comportementaliste, qui, elle vient à la maison, une fois par mois.
Loïc. Autre nouveauté, nous avons obtenu par le conseil général une aide financière qui nous permet de rémunérer de l'aide à domicile. Bérengère, qui a arrêté de travailler depuis 5 ans, assume le travail éducatif de Brieuc. Et l'aide nous permet d'alléger la vie courante. Les personnes que nous employons sont d'anciens bénévoles.
Vous, Loïc, vous continuez de travailler ?
Loïc. Oui, je suis prof de musique à temps plein. Grâce à la loi de 2005 sur le handicap, j'ai pu être muté, cette année, à Tréguier. Auparavant, j'allais enseigner à Bourbriac et à Belle-Isle. Ces trajets ont duré 10 ans. Le fait de travailler moins loin a amélioré notre vie.
Bérengère. Mais nous sommes toujours fauchés ! Les stages, le matériel pédagogique, les psychologues, tout cela est à notre charge. J'ai 40 ans, j'aimerais immensément recommencer à travailler, quand Brieuc n'aura plus besoin de moi.
Le choix de vous occuper vous-mêmes de Brieuc vous oblige à soulever des montagnes...
Loïc. Oui, mais en prenant Brieuc en charge nous-même, en refusant qu'il soit placé en institution, nous lui avons permis de progresser dans ses apprentissages sans plus prendre de médicaments contre sa violence. Il n'est plus sous neuroleptiques.
Bérengère. Ce n'est pas rose tous les jours. Il fait encore des crises. Mais on sait comment s'y prendre. C'est moins grave qu'avant. Nous avons des bénévoles qui sont là depuis trois ans et demi. D'autres sont plus récents. Ils sont tous super. Sans eux, on aurait craqué depuis longtemps.
Propos recueillis par Anne KIESEL.
3I, ABA-VB, qu'est-ce que ça veut dire ? - Paimpol lundi 16 janvier 2012
La méthode des 3I, élaborée par l'association AEVE (autisme espoir vers l'école), est basée sur le jeu et sur les interactions avec des bénévoles qui se succèdent auprès de l'enfant.
L'ABA (Applied Behavior Analysis, ou analyse appliquée des comportements) VB (Verbal Behavior, ou comportement verbal) est également d'origine américaine, et a pour but l'apprentissage de comportements sociaux appropriés, en favorisant, par différentes techniques, la motivation de l'enfant à apprendre.