Hébergement en Belgique
Posté : dimanche 9 novembre 2008 à 19:28
L'hébergement des jeunes handicapés
LE MONDE
Faute de place ou de moyens, nombre de jeunes handicapés français sont placés en Belgique. Mais la qualité des soins est-elle au rendez-vous ?
Mon fils, âgé de 16 ans, est atteint du syndrome de Cornelia de Lange, une maladie rare qui se manifeste notamment par des automutilations. Lorsqu'il se sent mal à l'aise ou menacé, il s'inflige des morsures", explique notre lectrice.
A la suite d'une crise particulièrement grave, l'adolescent a été exclu de l'institut médico-éducatif (IME) dans lequel il était accueilli en externat. Selon l'association Autisme France, il n'est pas rare que des jeunes atteints de troubles du comportement soient renvoyés chez eux dès qu'ils ont dépassé l'âge de l'obligation scolaire.
Depuis lors, notre lectrice, mère de quatre enfants, a dû cesser de travailler pour s'occuper à plein temps de son fils, et se trouve dans une situation difficile. La maison des personnes handicapées (MDPH), qui fait office de guichet unique en la matière, n'a pu lui proposer qu'un placement en Belgique.
Après avoir visité l'établissement, notre lectrice reste réservée : "Les locaux sont superbes, mais les nombreuses salles d'activités et de motricité restent désertes. Les dortoirs des enfants sont spartiates, et l'optique de la direction m'a paru très commerciale : l'établissement ne reçoit que des Français, et vit des contributions de la Sécurité sociale."
Le code de la Sécurité sociale (articles L332-3 et R332-2) prévoit une dérogation pour la prise en charge des soins dispensés hors de France. Les caisses régionales d'assurance-maladie (CRAM) ne paient pas plus cher que pour un hébergement en France, et les établissements belges sont gagnants car les prix de journée français (de 120 à 300 euros) sont supérieurs au prix moyen belge (80 euros).
"Chez nous, le financement est global et annuel. L'éducateur spécialisé polyvalent est le pivot du système, et le personnel paramédical plus réduit, ce qui explique la différence de coût", indique Jean Riguelle, de l'Agence wallonne pour l'intégration des personnes handicapées (Awiph).
L'agence délivre soit un "agrément", qui certifie la qualité des prestations des établissements et leur permet de bénéficier des subventions des administrations belges, soit une simple "autorisation de prise en charge" (APC), qui ne garantit que les conditions d'hygiène et de sécurité. " Or, cette APC est souvent interprétée à tort, en France, comme une sorte de label de qualité", constatait en septembre 2005 un rapport de l'inspection générale des affaires sociales (IGAS).
" Les 1 770 jeunes handicapés français hébergés en Belgique se trouvent pour la plupart dans les 75 instituts qui ne bénéficient que d'une simple autorisation de nos services", précise M. Riguelle. La conception de ces grands établissements est très éloignée des objectifs de l'Awiph, qui préfère les petites structures intégrées dans leur environnement. "On tente de freiner cette logique commerciale qui a explosé au cours de ces dernières années. Ces établissements devraient basculer en 2009 dans une nouvelle réglementation, plus contraignante que l'actuelle", conclut M. Riguelle.
Le placement des personnes handicapées en Belgique sera-t-il remis en cause ? Cécile Gallez, députée (UMP) du Nord qui prépare un rapport sur ce thème, plaide pour une meilleure concertation entre les autorités belges et françaises, en matière d'agréments et de contrôles.
Une convention existe entre le département des Ardennes et l'Awiph, une autre est en préparation avec le Pas-de-Calais. En attendant, les parents concernés peuvent contacter l'Awiph pour obtenir des listes d'établissements agréés, sans garantie toutefois que ceux-ci pourront leur être accessibles.
Les familles qui préfèrent maintenir l'adolescent handicapé à domicile pourront bientôt demander la prestation de compensation du handicap (PCH), jusqu'alors réservée aux adultes. Attribuée par le conseil général, la PCH permet de financer une aide à domicile (de 11,57 à 17,19 euros de l'heure) si l'adolescent est dans l'impossibilité d'accomplir seul une des actions essentielles (se laver, s'habiller, marcher, se nourrir) ou éprouve une difficulté grave à en accomplir deux.
La PCH n'est pas cumulable avec le complément d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) versé par la caisse d'allocations familiales, et le taux de prise en charge dépend des ressources patrimoniales de la famille.
Awiph,
21, rue de la Rivelaine, 6061 Charleroi (Belgique) ; www.awiph.be
Michaëla Bobasch
Article paru dans l'édition du 09.11.08
http://www.lemonde.fr/web/imprimer_elem ... 491,0.html
LE MONDE
Faute de place ou de moyens, nombre de jeunes handicapés français sont placés en Belgique. Mais la qualité des soins est-elle au rendez-vous ?
Mon fils, âgé de 16 ans, est atteint du syndrome de Cornelia de Lange, une maladie rare qui se manifeste notamment par des automutilations. Lorsqu'il se sent mal à l'aise ou menacé, il s'inflige des morsures", explique notre lectrice.
A la suite d'une crise particulièrement grave, l'adolescent a été exclu de l'institut médico-éducatif (IME) dans lequel il était accueilli en externat. Selon l'association Autisme France, il n'est pas rare que des jeunes atteints de troubles du comportement soient renvoyés chez eux dès qu'ils ont dépassé l'âge de l'obligation scolaire.
Depuis lors, notre lectrice, mère de quatre enfants, a dû cesser de travailler pour s'occuper à plein temps de son fils, et se trouve dans une situation difficile. La maison des personnes handicapées (MDPH), qui fait office de guichet unique en la matière, n'a pu lui proposer qu'un placement en Belgique.
Après avoir visité l'établissement, notre lectrice reste réservée : "Les locaux sont superbes, mais les nombreuses salles d'activités et de motricité restent désertes. Les dortoirs des enfants sont spartiates, et l'optique de la direction m'a paru très commerciale : l'établissement ne reçoit que des Français, et vit des contributions de la Sécurité sociale."
Le code de la Sécurité sociale (articles L332-3 et R332-2) prévoit une dérogation pour la prise en charge des soins dispensés hors de France. Les caisses régionales d'assurance-maladie (CRAM) ne paient pas plus cher que pour un hébergement en France, et les établissements belges sont gagnants car les prix de journée français (de 120 à 300 euros) sont supérieurs au prix moyen belge (80 euros).
"Chez nous, le financement est global et annuel. L'éducateur spécialisé polyvalent est le pivot du système, et le personnel paramédical plus réduit, ce qui explique la différence de coût", indique Jean Riguelle, de l'Agence wallonne pour l'intégration des personnes handicapées (Awiph).
L'agence délivre soit un "agrément", qui certifie la qualité des prestations des établissements et leur permet de bénéficier des subventions des administrations belges, soit une simple "autorisation de prise en charge" (APC), qui ne garantit que les conditions d'hygiène et de sécurité. " Or, cette APC est souvent interprétée à tort, en France, comme une sorte de label de qualité", constatait en septembre 2005 un rapport de l'inspection générale des affaires sociales (IGAS).
" Les 1 770 jeunes handicapés français hébergés en Belgique se trouvent pour la plupart dans les 75 instituts qui ne bénéficient que d'une simple autorisation de nos services", précise M. Riguelle. La conception de ces grands établissements est très éloignée des objectifs de l'Awiph, qui préfère les petites structures intégrées dans leur environnement. "On tente de freiner cette logique commerciale qui a explosé au cours de ces dernières années. Ces établissements devraient basculer en 2009 dans une nouvelle réglementation, plus contraignante que l'actuelle", conclut M. Riguelle.
Le placement des personnes handicapées en Belgique sera-t-il remis en cause ? Cécile Gallez, députée (UMP) du Nord qui prépare un rapport sur ce thème, plaide pour une meilleure concertation entre les autorités belges et françaises, en matière d'agréments et de contrôles.
Une convention existe entre le département des Ardennes et l'Awiph, une autre est en préparation avec le Pas-de-Calais. En attendant, les parents concernés peuvent contacter l'Awiph pour obtenir des listes d'établissements agréés, sans garantie toutefois que ceux-ci pourront leur être accessibles.
Les familles qui préfèrent maintenir l'adolescent handicapé à domicile pourront bientôt demander la prestation de compensation du handicap (PCH), jusqu'alors réservée aux adultes. Attribuée par le conseil général, la PCH permet de financer une aide à domicile (de 11,57 à 17,19 euros de l'heure) si l'adolescent est dans l'impossibilité d'accomplir seul une des actions essentielles (se laver, s'habiller, marcher, se nourrir) ou éprouve une difficulté grave à en accomplir deux.
La PCH n'est pas cumulable avec le complément d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) versé par la caisse d'allocations familiales, et le taux de prise en charge dépend des ressources patrimoniales de la famille.
Awiph,
21, rue de la Rivelaine, 6061 Charleroi (Belgique) ; www.awiph.be
Michaëla Bobasch
Article paru dans l'édition du 09.11.08
http://www.lemonde.fr/web/imprimer_elem ... 491,0.html
