Hmmm... oui, il y a de la diversité politique et idéologique... y compris au sein des personnes Asperger.
1. Asperger et rationalité :
Une personne Asperger n'est pas forcément rationnelle. L'angoisse et la réticence au changement ne sont pas du genre à corroborer un esprit rationnel.
Certes, une personne Asperger (comme une personne non Asperger) peut se révolter contre la mauvaise répartition, mais la mauvaise répartition de quoi ? des ressources naturelles ? du cacao ? des ananas ? des individus ? la rationalité écologique voudrait que nous n'allions pas habiter dans les régions sans ressources naturelles nutritives, et que nous n'ayons alors pas le besoin de transporter des fruits et des légumes de régions par trop éloignées.
De plus, les flux de Syriens (entre autres) vers l'Europe (pour fuir les régimes djihadistes, Boko Haram, Al Kaïda, etc.) modifient la répartition des individus sur la surface terrienne.
Surtout, une personne (Asperger ou non) peut se rendre compte que la rationalité, portée à l'extrême (vers l'utilitarisme, par exemple), peut avoir de mauvaises conséquences au niveau humain : faire fi du sentiment de liberté, déshumaniser les individus (en faire de la pure marchandise économique [ou électorale ; "on élimine la mauvaise herbe, les voix discordantes"]), nier l'auto-détermination de chaque individu, nier ses sentiments, ses sensations, ses pensées, ses ressentis.
Rajoutons enfin... la question de la gouvernance... Qui déciderait de la répartition ? Est-ce que ce serait une seule personne (ou un seul groupe de personnes) avec le monopole du "pouvoir de décision" ? Ou est-ce que le peuple aurait voix au chapitre (démocratie participative ; comme en Suisse) ?
2. Asperger et préjugés :
Les personnes autistes ne sont pas épargnées par les préjugés et les stéréotypes. Certes, elles les remettent plus aisément en question, avec leur sens du détail, voire avec leur pensée arborescente. Mais la simplification de nos représentations (avec ce flux continu de nombreuses informations que nous percevons) est nécessaire pour traiter l'information sans trop se fatiguer. Certes, cette sélection des informations semble moins opérer chez les personnes autistes (dont Asperger). Mais on peut avoir des idées fausses sur un sujet : il suffit qu'on soit ignare sur le sujet, que celui-ci ne fasse pas partie de nos intérêts spécifiques. Il y a bien une époque où je croyais que les blondes étaient plus stupides et plus gentilles.
3. Asperger et justice :
Il est vrai que l'on attribue souvent un grand sens de la justice aux personnes Asperger et aux personnes haut potentiel (au haut QI). Pourtant, pour ma part, je n'aime pas trop le mot "justice".
Primo, il y a
la croyance en un monde juste, à laquelle beaucoup de personnes aiment recourir pour se rassurer. Cette croyance me semble être un des facteurs favorisant une pensée méritocratique. D'aucuns brandissent leur "dieu" comme "juge", comme prétexte, comme autorité suprême, pour
justifier crimes et châtiments, pour justifier toute punition (comme si la punition était la seule et meilleure solution pour améliorer la situation...). Ou serait-ce une mauvaise gestion de la dopamine et du système de récompense ? La pensée méritocratique a pour corollaire "On ne prête qu'aux riches." et "Rien n'est gratuit.", "Sus au partage !", "Sus au pardon !"
Secundo,
summum jus, summa injuria. Pour voir à quoi peut amener un déterminisme juridique, lisons, par exemple,
Le Procès, de Kafka. Il y a la même question sur le déterminisme technologique, le refus du hasard, alors que que le hasard est l'un des piliers de la liberté. But you can read
A Theory Of Justice, pour embrasser la complexité du sujet, et les divergences d'avis qu'elle peut amener au sein des individus.
Tertio, faut-il tout justifier ? Avons-nous vraiment besoin de justifier un acte ? aller acheter des pommes, aider une personne à porter ses sacs, lire un livre, utiliser un logiciel libre, courir dans la forêt, etc. Ce faux besoin de justification, ne cacherait-il pas une insidieuse présomption de culpabilité ? Une tentation de désigner un bouc émissaire (quitte à ce que "je sois le bouc émissaire", qui culpabilise alors) ? Quid des actions désintéressées ? Quid des actions non fonctionnelles et sans but ? Faut-il valoriser la recherche appliquée et négliger la recherche fondamentale sous prétexte que cette dernière serait inutile, n'aurait pas d'application pratique pour le quotidien ? C'est quoi le problème si j'écoute de la musique québécoise (a priori inutile) tout en cuisinant (très utile) ?
Quarto, l'égalité. Sommes-nous réellement toutes et tous égaux ? Faisons-nous toutes et tous le même poids ? Pouvons-nous toutes et tous manger du gluten ? Autistes, pas autistes, toutes et tous les mêmes ? Aimons-nous toutes et tous résoudre des équations ? Profitons-nous toutes et tous du même climat ? Voulons-nous toutes et tous manger la même quantité de patates ? Ou de fenouil ? Est-ce que les hommes et les femmes ont les mêmes quantités des différentes hormones ? Sommes-nous toutes et tous autant myopes ?
Certes, il y a l'égalité en droits à encourager. Mais l'égalité en application quantitative, hmmm... pas évident. Bien entendu, il faudrait qu'hommes et femmes d'une même entreprise reçoivent le même barème salarial (qui ne fasse pas de distinction de genre). Mais faut-il qu'hommes et femmes fassent autant le ménage ? Faut-il que chacune et chacun dispose d'une voiture ? Peut-être que l'un préférera le vélo tandis que l'autre préfèrera les transports en commun.
Quinto, si la justice devient une morale, un ensemble de règles déterministe, je préfère me mettre à l'éthique en tant qu'art de faire cohabiter les sources de motivation (les intérêts, les buts, les projets, etc.). Et c'est aux différentes parties de négocier entre elles. On ne recourrait au droit que si les différentes parties n'arrivent pas à se mettre d'accord. Discuter et négocier est plus authentique qu'obéir à des règles prédéfinies (et immuables).
4. Asperger et démocratie :
Sur ce point, je suis d'accord que nous devons encourager la démocratie, et ne peux que déplorer que si peu de pays adoptent une démocratie à la Suisse. C'est d'ailleurs une des raisons qui fait que la grande partie de la population suisse ne veut pas adhérer à l'Union Européenne : la grande partie des pays de l'Union Européenne ne sont pas des démocraties. En plus, la situation socio-économique des pays de l'Union Européenne n'est pas très alléchante non plus. Ces maudits gouvernements qui pensent plus au pouvoir et à l'argent qu'à écouter les avis du peuple. Comprenez que tout cela ne met pas l'eau à la bouche d'une bonne partie des Suissesses et des Suisses (autistes ou non). Manuel Valls et sa clique qui imposent la loi Renseignement en faisant fi des avis du peuple français et des organisations diverses (Gandi, la Quadrature du Net, Reporter sans Frontières, etc.). Philippe Couillard qui impose l'austérité au Québec, quitte à mettre en danger le système de santé québécois. Bruxelles qui, pour la tenir par les couilles, refuse d'effacer la dette grecque. [Le système d'endettement, une sacrée mélasse ! Si vous pouvez éviter l'endettement, évitez-le !] La démocratie, ce n'est pas que la voix du peuple, c'est le peuple informé, et le peuple qui informe. Comment peut-on prétendre à une démocratie quand le peuple ne peut pas partager ? Voir
les ennemis d'internet. Rajoutons enfin que... la démocratie, ce n'est pas que voter, élire, informer et être informé, poser des initiatives et des référendums. C'est aussi donner le droit aux citoyennes et aux citoyens de s'approprier l'espace public (bars, restaurants, places, rues, routes, forêt, montagne, etc.), de s'y rassembler, de manifester, d'y discuter, d'y chanter, de partager.
Voilà ! Tout ce que j'ai dit n'implique que moi. Laissons maintenant aux autres personnes le soin de donner leurs avis autistico-politiques.
