Ceux qui ont assisté aux Aspiedays en 2017 se rappellent peut-être de Vianney, qui en tant que président de l'Ass des As', avait introduit le colloque.
Vianney Sénéchal sort toujours équipé de sa montre connectée. | DR
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PORTRAIT. Sport et autisme : Vianney Sénéchal «évacue ses pulsions» grâce au running et aux chiffres
Atteint du syndrome d’Asperger, Vianney Sénéchal est parvenu à dépasser ses troubles du spectre autistique grâce à la pratique intensive de la course à pied et son amour pour les chiffres. À chacune de ses sorties, ce Nordiste de 28 ans compte, mesure ses performances et évacue un peu plus ses angoisses.
Ouest-France Christophe PENOIGNON. Modifié le 24/02/2021 à 09h47 Publié le 24/02/2021 à 07h02
« Qui est en première base ? » Tout le monde se souvient de Raymond Babbitt, ou plutôt Rain Man, savant autiste aussi drôle drôle qu’attachant, immortalisé par Dustin Hoffman à l’écran. Celui-ci avait, dans le film éponyme, popularisé le syndrome d’Asperger, l’associant (à tort) au syndrome dit « du savant ». Il y a un peu de Rain Man en Vianney Sénéchal. Lui ne répète pas inlassablement la même formule de baseball, mais les mêmes courses à haute intensité pour se sentir bien.
Pendant trois jours, Prolongation, le nouveau produit numérique de la rédaction des sports de Ouest-France, se penche sur les rapports entre sport et autisme, et notamment sur les bienfaits du sport auprès des publics atteints de troubles du spectre autistique.
Ce Nordiste de 28 ans, atteint de troubles du spectre autistique (TSA) sans déficience mentale, a trouvé en la course à pied un salut. Ou du moins, une bien belle façon de mieux vivre sa vie. Les chiffres, c’est son truc. Alors, montre connectée serrée en permanence sur son poignet, il mesure, encore et encore, ses performances. " Il y a un mois et demi, j’ai fait 21 kilomètres à l’entraînement en 1 h 47,"relate-t-il. "Mon record sur 10 kilomètres est de 44 minutes, et 57 minutes sur 12 kilomètres. "
Son insertion sociale et professionnelle, il la doit au sport et à sa seule volonté. Il y a de ça une dizaine d’années, Vianney était atteint de troubles du spectre autistique (TSA) considérés comme « profonds » par les spécialistes. " Quand je n’arrivais pas à comprendre un problème de maths par exemple, je déchirais mes cours et ça se terminait en crise," raconte-t-il. "C’était très dur de se maîtriser. "
Une scolarité décousue
Son parcours scolaire a vite pris des allures de parcours du combattant. Dès la maternelle, il est contraint de quitter le tronc commun. Il passe alors la frontière belge pour rejoindre des classes adaptées à des handicaps plus lourds que le sien, comme la trisomie 21. Vianney change encore à l’entrée au collège, tente une 6e et 5e Segpa (Section d’enseignement général et professionnel adapté). " J’avais du retard sur la lecture mais ça se passait plutôt bien, jusqu’à ce qu’on me maltraite un peu à la fin de la 5" e. » Direction une école pour malvoyants et non-voyants, afin de terminer ses années collège. " C’était particulier mais ça me permettait d’être inséré car c’étaient des classes à petit effectif ", se souvient Vianney.
Ce n’est donc qu’en seconde qu’il rejoint le cursus classique. Au lycée, le jeune Lillois, perfectionniste, se met une lourde pression sur les épaules. " Une encadrante ULIS était là pour m’accompagner et me rassurer quand j’avais une note que j’estimais trop basse. " Et c’est au lycée qu’un " ami " provoque un déclic chez lui : " Adolescent, je n’étais pas du tout sportif. Il me disait de manière blessante que j’étais trop gros. Mais du coup, il m’a fait réagir. "
Il évacue « ses pulsions » en course
Son beau-frère lui apprend alors à faire des pompes. En cours d’EPS, beaucoup remarquent aussi sa " bonne allure ". Le bac S en poche, mention bien (15,13 de moyenne), Vianney Sénéchal quitte le cocon familial et part en université. " Je logeais à ce moment-là dans une résidence pour les personnes avec autisme. J’y ai rencontré un autre garçon atteint du syndrome d’Asperger qui courait, et j’ai commencé à courir avec lui. " Il découvre alors la course fractionnée, s’inscrit dans un club de sport, où il établit des programmes et des objectifs avec un coach.
À ses 22 ans, les crises ont totalement disparu. " Au début, lorsqu’on n’a jamais fait de course à pied, on trouve ça dur, mais ensuite, on trouve ça agréable, on se sent encore mieux qu’avant la séance," confie Vianney. "Il y a une recherche de dopamine. Je ressens la même chose lorsque j’écoute du métal extrême. Cela me permet d’évacuer mes pulsions. " La course à pied lui permet aussi d’abandonner " ses angoisses ", " de prendre confiance " ou encore d’améliorer son sommeil.
« Une dimension de comptage majeure dans l’autisme »
À Noël, Vianney a reçu une toute nouvelle montre connectée. Lorsqu’on lui demande ce qu’il aime surveiller à l’écran, son élocution s’accélère, preuve de la passion qui l’anime : " Le temps, la distance, la vitesse moyenne et l’allure moyenne. C’est un repère, un parcours étalonné. C’est important que je me fixe une certaine routine et certains objectifs, ça m’aide à progresser. "
" La dimension de comptage, dans l’autisme, est majeure,"analyse Olivier Brisson, psychomotricien qui a croisé la route de Vianney. "Et donc, dans la pratique sportive, quand ça marche, ça marche en général vraiment beaucoup. "
Depuis, Vianney Sénéchal a aussi découvert le renforcement musculaire, la natation, le vélo et a participé à ses premières foulées. " Au départ, je pensais que je ne pouvais pas en faire parce que je suis très sensible aux détonations. Donc j’ai essayé en mettant des bouchons dans mes oreilles au moment du coup de pistolet du départ, et ça a été. " Il s’est même essayé aux sports collectifs comme le badminton. " J’ai quelques problèmes de coordination mais je pense que ce serait possible avec de l’entraînement ", assure-t-il, avant de poursuivre : " Je me dis que mon ami a bien fait de me booster. Au départ, ses remarques ne me faisaient pas trop plaisir, mais au final, il a bien fait. "Désormais, il souhaite encourager les autres personnes avec TSA à faire du sport, avec un peu plus de bienveillance que son camarade.
Depuis décembre, Vianney est technicien métrologue prestataire pour Ariane Group, en Gironde, où il contrôle des appareils de mesures dans les domaines de l’aérospatial et de la Défense. Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que les chiffres, c’est vraiment son truc.
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