Re: Ecole Steiner-Waldorf (anthroposophie)
Posté : vendredi 30 octobre 2020 à 19:28
Intéressant, cet article.
Voici ce que je peux partager à ce sujet : mes enfants ont fréquenté une école Steiner après avoir vécu l'instruction en famille avec moi et la pédagogie Montessori à laquelle je me suis formée (avec un immense bonheur). Cette réorientation est liée à ma séparation avec leur père, l'obligation pour moi de reprendre une activité rémunérée et l'impossibilité - de fait - de les garder à la maison alors, mais j'ai beaucoup cherché pour leur trouver un cadre qui leur permette de continuer à se construire individuellement en dehors d'une confrontation violente avec la société (que je considère comme inhérente au système traditionnel) : dans ma région, rien de satisfaisant en Montessori (où comme pour tout enseignement, les personnes comptent encore bien davantage que les philosophie affichées) alors j'ai élargi, à Freinet d'abord (mais pas de possibilité des les inscrire) et nous avons finalement atterri dans une école Steiner, en Belgique (j'habite en France mais tout près de la Belgique).
Avec mon tempérament, impossible que j'ignore où je les mettais donc j'avais connaissance de l'anthroposophie, des soupçons de dérives sectaires, etc. et j'arrivais avec méfiance mais ce qui m'a convaincue de les mettre là-bas, c'était des éléments du quotidien qui me semblaient essentiels et tristement négligés dans le système traditionnel, et d'autant plus en France, à savoir pour résumer :
- grand contact avec la nature (un vrai grand jardin à leur disposition, avec des arbres auxquels grimper, de la place dans les apprentissages pour les matières en lien avec la nature : jardinage, botanique... et beaucoup de temps passé en extérieur, quel que soit le temps ou presque),
- grande place à l'art et au travail manuel (musique avec un apprentissage du collectif ayant un vrai sens, diverses techniques d'art plastique, motricité et confrontation à la matière par le tricot, le crochet, le travail du bois, le modelage, etc.),
- une bienveillance qui semblait de rigueur,
- un souci d'équilibre tête/corps/coeur,
- une volonté affichée de prendre les enfants tels qu'ils étaient,
- de petits effectifs dans les classes et beaucoup de douceur,
- la possibilité pour les parents d'être assez présents dans la vie de l'école (par les événements festifs très réguliers et par des temps partagés avec les profs pour expliquer aux parents la pédagogie en la leur faisant vivre sur des points précis)
Je précise qu'ils sont arrivés là-bas respectivement à 7 et 9 ans, avec un très solide bagage d'apprentissages (plutôt précoces puisqu'en Montessori, contrairement à Steiner, on profite des "périodes sensibles" où l'enfant s'intéresse à quelque chose pour le faire avancer en saisissant l'opportunité de l'enthousiasme naturel lié à ces intérêts) et ont été intégrés dans leur classe d'âge puisque l'objectif était surtout qu'ils s'ouvrent davantage à l'aspect social (je me moquais des apprentissages vue leur avance dans ce domaine). S'il avait fallu les mettre plus tôt, je n'aurais probablement pas été aussi motivée.
D'autre part, quand j'ai posé des questions sur la spiritualité, on m'a répondu qu'on suivait les fêtes chrétiennes (je m'en fous mais on vit dans une société de culture chrétienne donc bon...) et basta.
Dans les faits, ce qu'il s'est passé (ils ont maintenant 12 et 14 ans et sont en secondaire) :
- le principe du même enseignant sur tout le primaire est à double tranchant : génial pour ma fille qui a eu une enseignante extra à tous points de vue, catastrophique pour mon fils qui a subi un binôme d'enseignants très toxiques (aujourd'hui hors circuit) et à l'enseignement très critiquable.
- les apprentissages ne me semblent pas extraordinairement efficaces mais ils se font en douceur et autant que possible dans la joie, du moins, c'est ce qu'il semblait de mon point de vue de parent (les récits de mes enfants ne vont pas forcément toujours en ce sens, surtout ceux de mon fils qui en est sorti avec un rapport à l'adulte très abimé, une grosse perte de confiance en lui mais sans doute était-ce plus lié à la personnalité de ses profs qu'à la pédagogie elle-même...).
- j'ai été choquée à plusieurs reprises par la tonalité très spirituelle donnée à tout (même si les fêtes sont très joyeuses, il n'en reste pas moins qu'il y a une forme de bourrage de crâne et que sans avoir de possibilité de contrebalancer en dehors de l'école, difficile en effet pour les enfants de s'en sortir avec un réel esprit critique) et même par une forme d'obligation de pensée (pour des exposés, par exemple, mon fils avait interdiction de chercher sur internet et même les livres devaient être en quelque sorte choisis par les profs car "il y a plein de mensonges dans les livres" selon sa prof).
Ce qu'il en gardent aujourd'hui :
- d'excellents souvenirs de l'esprit de communauté (c'était une école parentale en plus donc beaucoup de présence des parents et les petits groupes-classe (10 enfants pour mon fils, 15 pour ma fille) favorisent une vraie connaissance les uns des autres et de nombreux événements sans sectorisation par classe donc un esprit de grande famille et aucun rejet des plus petits par les plus grands),
- un goût pour la beauté des choses et une belle ouverture culturelle, une capacité à s'engager dans des projets nécessitant d'apprendre des compétences, notamment manuelles, (ils n'ont pas peur de ce qu'ils ne savent pas (encore) faire)
- mais aussi le sentiment de n'avoir pas appris grand chose intellectuellement et d'avoir été même freinés sur ce plan,
- l'impression d'avoir baigné dans une atmosphère très colorée d'ésotérisme, de fantastique (les petits lutins sont omniprésents) et de sentiment religieux auxquels ils sont plutôt hermétiques.
Ils n'ont eu aucune difficulté à s'intégrer dans un système plus traditionnel ensuite (ma fille est dans un collège on ne peut plus classique en France, avec une excellente moyenne et une très bonne intégration, mon fils est resté en Belgique, sans difficultés majeures en dehors du fait qu'il a fallu lui réapprendre à apprendre, mais comme il est dans un chouette établissement à caractère artistique, il est réellement pris comme il est et a retrouvé le goût des études qu'il avait perdu un peu perdu en primaire, selon moi surtout en raison de la personnalité de ses profs).
Ce que j'en garde :
- beaucoup de questionnements, donc aussi d'évolution dans ma pensée, avec des hauts et des bas.
- la joie qu'ils aient pu découvrir tant de compétences manuelles que j'ai, moi, apprises avec mes grands-parents mais c'était un autre temps, et qu'ils aient grandi dans un bel environnement avec de belles personnes (sauf exception notable), ce qui est très important pour moi, surtout dans ce monde ultra-technologique (je précise que je ne suis pas anti-technologie mais je le suis quand il s'agit de jeunes enfants).
- le regret de ne pas avoir su mieux réagir pour que l'expérience soit aussi positive pour mon fils que pour ma fille et l'impression d'avoir été manipulée par cette personne toxique dans l'équipe enseignante qui représentait pourtant la philosophie Steiner dans cette école qu'elle avait contribué à fonder.
Au final, si c'était à refaire, je le referais, mais avec une vigilance bien plus grande et probablement moins de temps de latence à la réaction face aux difficultés de mon fils.
Je ne sais pas si c'est très utile d'avoir raconté tout ça, mais voici un retour d'expérience de la part d'un parent (j'ai lu des retours d'ex-élèves mais pas encore de parents).
Voici ce que je peux partager à ce sujet : mes enfants ont fréquenté une école Steiner après avoir vécu l'instruction en famille avec moi et la pédagogie Montessori à laquelle je me suis formée (avec un immense bonheur). Cette réorientation est liée à ma séparation avec leur père, l'obligation pour moi de reprendre une activité rémunérée et l'impossibilité - de fait - de les garder à la maison alors, mais j'ai beaucoup cherché pour leur trouver un cadre qui leur permette de continuer à se construire individuellement en dehors d'une confrontation violente avec la société (que je considère comme inhérente au système traditionnel) : dans ma région, rien de satisfaisant en Montessori (où comme pour tout enseignement, les personnes comptent encore bien davantage que les philosophie affichées) alors j'ai élargi, à Freinet d'abord (mais pas de possibilité des les inscrire) et nous avons finalement atterri dans une école Steiner, en Belgique (j'habite en France mais tout près de la Belgique).
Avec mon tempérament, impossible que j'ignore où je les mettais donc j'avais connaissance de l'anthroposophie, des soupçons de dérives sectaires, etc. et j'arrivais avec méfiance mais ce qui m'a convaincue de les mettre là-bas, c'était des éléments du quotidien qui me semblaient essentiels et tristement négligés dans le système traditionnel, et d'autant plus en France, à savoir pour résumer :
- grand contact avec la nature (un vrai grand jardin à leur disposition, avec des arbres auxquels grimper, de la place dans les apprentissages pour les matières en lien avec la nature : jardinage, botanique... et beaucoup de temps passé en extérieur, quel que soit le temps ou presque),
- grande place à l'art et au travail manuel (musique avec un apprentissage du collectif ayant un vrai sens, diverses techniques d'art plastique, motricité et confrontation à la matière par le tricot, le crochet, le travail du bois, le modelage, etc.),
- une bienveillance qui semblait de rigueur,
- un souci d'équilibre tête/corps/coeur,
- une volonté affichée de prendre les enfants tels qu'ils étaient,
- de petits effectifs dans les classes et beaucoup de douceur,
- la possibilité pour les parents d'être assez présents dans la vie de l'école (par les événements festifs très réguliers et par des temps partagés avec les profs pour expliquer aux parents la pédagogie en la leur faisant vivre sur des points précis)
Je précise qu'ils sont arrivés là-bas respectivement à 7 et 9 ans, avec un très solide bagage d'apprentissages (plutôt précoces puisqu'en Montessori, contrairement à Steiner, on profite des "périodes sensibles" où l'enfant s'intéresse à quelque chose pour le faire avancer en saisissant l'opportunité de l'enthousiasme naturel lié à ces intérêts) et ont été intégrés dans leur classe d'âge puisque l'objectif était surtout qu'ils s'ouvrent davantage à l'aspect social (je me moquais des apprentissages vue leur avance dans ce domaine). S'il avait fallu les mettre plus tôt, je n'aurais probablement pas été aussi motivée.
D'autre part, quand j'ai posé des questions sur la spiritualité, on m'a répondu qu'on suivait les fêtes chrétiennes (je m'en fous mais on vit dans une société de culture chrétienne donc bon...) et basta.
Dans les faits, ce qu'il s'est passé (ils ont maintenant 12 et 14 ans et sont en secondaire) :
- le principe du même enseignant sur tout le primaire est à double tranchant : génial pour ma fille qui a eu une enseignante extra à tous points de vue, catastrophique pour mon fils qui a subi un binôme d'enseignants très toxiques (aujourd'hui hors circuit) et à l'enseignement très critiquable.
- les apprentissages ne me semblent pas extraordinairement efficaces mais ils se font en douceur et autant que possible dans la joie, du moins, c'est ce qu'il semblait de mon point de vue de parent (les récits de mes enfants ne vont pas forcément toujours en ce sens, surtout ceux de mon fils qui en est sorti avec un rapport à l'adulte très abimé, une grosse perte de confiance en lui mais sans doute était-ce plus lié à la personnalité de ses profs qu'à la pédagogie elle-même...).
- j'ai été choquée à plusieurs reprises par la tonalité très spirituelle donnée à tout (même si les fêtes sont très joyeuses, il n'en reste pas moins qu'il y a une forme de bourrage de crâne et que sans avoir de possibilité de contrebalancer en dehors de l'école, difficile en effet pour les enfants de s'en sortir avec un réel esprit critique) et même par une forme d'obligation de pensée (pour des exposés, par exemple, mon fils avait interdiction de chercher sur internet et même les livres devaient être en quelque sorte choisis par les profs car "il y a plein de mensonges dans les livres" selon sa prof).
Ce qu'il en gardent aujourd'hui :
- d'excellents souvenirs de l'esprit de communauté (c'était une école parentale en plus donc beaucoup de présence des parents et les petits groupes-classe (10 enfants pour mon fils, 15 pour ma fille) favorisent une vraie connaissance les uns des autres et de nombreux événements sans sectorisation par classe donc un esprit de grande famille et aucun rejet des plus petits par les plus grands),
- un goût pour la beauté des choses et une belle ouverture culturelle, une capacité à s'engager dans des projets nécessitant d'apprendre des compétences, notamment manuelles, (ils n'ont pas peur de ce qu'ils ne savent pas (encore) faire)
- mais aussi le sentiment de n'avoir pas appris grand chose intellectuellement et d'avoir été même freinés sur ce plan,
- l'impression d'avoir baigné dans une atmosphère très colorée d'ésotérisme, de fantastique (les petits lutins sont omniprésents) et de sentiment religieux auxquels ils sont plutôt hermétiques.
Ils n'ont eu aucune difficulté à s'intégrer dans un système plus traditionnel ensuite (ma fille est dans un collège on ne peut plus classique en France, avec une excellente moyenne et une très bonne intégration, mon fils est resté en Belgique, sans difficultés majeures en dehors du fait qu'il a fallu lui réapprendre à apprendre, mais comme il est dans un chouette établissement à caractère artistique, il est réellement pris comme il est et a retrouvé le goût des études qu'il avait perdu un peu perdu en primaire, selon moi surtout en raison de la personnalité de ses profs).
Ce que j'en garde :
- beaucoup de questionnements, donc aussi d'évolution dans ma pensée, avec des hauts et des bas.
- la joie qu'ils aient pu découvrir tant de compétences manuelles que j'ai, moi, apprises avec mes grands-parents mais c'était un autre temps, et qu'ils aient grandi dans un bel environnement avec de belles personnes (sauf exception notable), ce qui est très important pour moi, surtout dans ce monde ultra-technologique (je précise que je ne suis pas anti-technologie mais je le suis quand il s'agit de jeunes enfants).
- le regret de ne pas avoir su mieux réagir pour que l'expérience soit aussi positive pour mon fils que pour ma fille et l'impression d'avoir été manipulée par cette personne toxique dans l'équipe enseignante qui représentait pourtant la philosophie Steiner dans cette école qu'elle avait contribué à fonder.
Au final, si c'était à refaire, je le referais, mais avec une vigilance bien plus grande et probablement moins de temps de latence à la réaction face aux difficultés de mon fils.
Je ne sais pas si c'est très utile d'avoir raconté tout ça, mais voici un retour d'expérience de la part d'un parent (j'ai lu des retours d'ex-élèves mais pas encore de parents).